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Celles que le président a oubliées
Publié dans Business News le 04 - 10 - 2022

Au milieu de tout ce brouhaha, certaines voix demeurent inaudibles. Elles font, pourtant, tout pour se faire entendre.
Hier, devant le théâtre municipal de Tunis, les travailleuses agricoles sont sorties manifester. Une manifestation tenue sous le slogan « Reconnaissez-nous » et ayant pour but de faire entendre leurs voix concernant leurs droits économiques, sociaux et humains. Un minimum.

A travers ce genre de manifestation, les ouvrières du secteur agricole veulent se libérer de la tutelle qui est exercée sur elles et font parvenir leur voix de manière directe, sans intermédiaire. Elles n'étaient pas nombreuses, mais elles étaient venues de tout le territoire pour se rassembler à Tunis et se faire entendre.
Telles les Iraniennes qui avaient, ces dernières semaines, manifesté dans tout l'Iran, brandi et brulé leurs foulards en signe de colère, les travailleuses tunisiennes ont utilisé leurs foulards pour qu'on les remarque. Emblème des travailleuses agricoles, le foulard si caractéristique des travailleuses agricoles a été brandi par certaines manifestantes hier. Foulards en main pour certaines, les larmes aux yeux pour d'autres, toutes avaient perdu une part d'elles-mêmes ces dernières années. Un être cher ou tout simplement une partie de leurs droits et un peu de leur dignité.

Que demandent-elles ? De la reconnaissance avant tout. Qu'on se souvienne d'elles, de ce qu'elles traversent et vivent au quotidien. « Imaginez que les ouvrières agricoles décidaient de faire grève ! », avait brandi l'une d'elles. Mais elles demandent surtout une protection durant l'exercice de leur travail, un salaire décent ou au moins équivalent celui des hommes (qui exécutent pourtant les mêmes taches) et un transport sécurisé. Elles souhaiteraient ne pas mourir dans leur chemin vers le travail, ne pas être obligées de trimballer leurs enfants en bas âge avec elles dans les champs et être soignées si jamais elles sont, durant leur travail, blessées par une branche ou mordues par un serpent. Le minimum requis ? Une couverture sociale leur permettant de bénéficier de congés, d'assurance maladie, de repos maternité, de retraite…
Elles voudraient aussi qu'on n'oublie pas la précarité de leur travail, due à son caractère saisonnier, à l'absence d'un accès aux soins de premiers secours et à des endroits aménagés pour se restaurer ou pour faire leurs besoins physiologiques les plus élémentaires. Ce travail pour lequel elles n'ont pas droit à une rémunération respectueuse du taux journalier légal et où elles subissent de multiples violences physiques, verbales et économiques.

Si elles n'avaient pas exprimé leurs voix, l'opinion publique aurait presque oublié les conditions inhumaines dans lesquelles travaillent ces femmes depuis des années. Mais en parler fera-t-il réellement avancer les choses ?

On en oublierait presque le calvaire de ces travailleuses. En août dernier, une travailleuse a perdu la vie dans un accident de la route survenu à Sidi Bouzid. En 2019, douze travailleurs agricoles – travailleuses en majorité - ont été tués dans un accident de la route survenu à Sabellat Ouled Asker à Sidi Bouzid, alors qu'ils étaient en route pour leur travail. Vingt autres ont été blessés. Plein d'autres sont blessées chaque jour, sur la route ou durant l'exercice de leur travail.
Depuis 2015, cinquante travailleuses sont décédées sur le chemin du travail et plus de 700 ont été blessées. Pourtant, une circulaire portant création d'une catégorie de « transport de travailleurs agricoles » a été votée par le parlement en 2019. Depuis, rien n'a vraiment changé. 19 accidents impliquant des travailleuses agricoles ont été recensés depuis cette date.

Rien n'a changé d'ailleurs depuis la visite en 2020 du chef de l'Etat. Kaïs Saïed, qui avait cette année-là décidé de célébrer la journée de la femme dans la région d'El-Mraydia à Jendouba. Entouré de travailleuses agricoles, il avait tenu un discours en faveur de l'égalité et promis de faire bouger les choses. « Vous êtes moins payées que les hommes alors que vous travaillez souvent plus. L'égalité doit être garantie. Ne vous inquiétez pas, des lois seront promulguées bientôt pour préserver vos droits », a-t-il dit. Depuis…vous vous en doutez bien, leur situation est restée la même.

Une fois ce discours prononcé, le chef de l'Etat est rentré chez lui avec le sentiment du devoir accompli…sans rien accomplir dans les faits. Une fois leur manifestation terminée, les travailleuses agricoles sont rentrées chez elles pour reprendre leur vie telle qu'elles l'avaient laissée, avec l'espoir que les choses changeraient enfin. Elles devront attendre le prochain drame pour que l'on s'intéresse de nouveau à elles. Peut-être qu'elles auraient eu plus de chance si elles avaient été des adversaires politiques…


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