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Accord avec le FMI, entre optimistes et défaitistes
Publié dans Business News le 17 - 10 - 2022

La délégation tunisienne précipitée à Washington la semaine dernière ne rentre pas les mains vides. Samedi 15 octobre 2022, un accord préliminaire a été obtenu avec le Fonds monétaire international (FMI), en vertu duquel la Tunisie devrait avoir accès à un financement si, toutefois, le Conseil d'administration du bailleur de fonds approuve cet arrangement en décembre.
L'annonce de l'obtention de cet accord – in extremis – a fait réagir les experts économiques. Les avis sont d'ailleurs mitigés. Certains semblent optimistes bien que réticents, d'autres assurent qu'il ne faut point prendre les vessies pour des lanternes.
L'économiste et analyste financier, Moez Hadidane, a affirmé que cet accord avec le FMI pousserait « la communauté internationale à œuvrer au succès du programme présenté par les autorités tunisiennes à travers le déblocage rapide de financements supplémentaires », précisant que le montant que la Tunisie devrait obtenir – à compter de janvier 2023 probablement une fois l'accord finalisé – ne pourraient combler qu'une partie des besoins en financement de la Tunisie.
Le gouvernement tunisien a, rappelons-le, sollicité le FMI dans l'espoir d'obtenir entre deux et quatre milliards de dollars pour clôturer le budget de l'année 2022 sachant que ses besoins en financement s'élèvent à près de cinq milliards de dollars. Le programme objet de l'accord entre la Tunisie et le FMI s'étalera sur 48 mois au titre du Mécanisme élargi de crédit (MEC) d'environ 1,9 milliard de dollars.
L'économiste et ancien ministre du Commerce, Mohsen Hassan, est du même avis. Dans une déclaration à l'agence Tap, il a affirmé que cet accord ouvrirait à la Tunisie « les portes de financements extérieurs permettant de lancer les réformes économiques et financières », même si le « montant du crédit est faible au vu des besoins du pays ».
De même du côté du professeur en sciences économiques, Ridha Chkoundali. Notant que cet accord tient son importance des éventuelles nouvelles perspectives qu'il pourrait ouvrir à la Tunisie pour l'obtention de financements étrangers et bilatéraux, il a signalé, dans une déclaration à la Tap, que l'approbation finale du Conseil d'administration du FMI serait tributaire des résultats des législatives anticipées prévues en décembre 2022. Il a ajouté, dans ce même contexte, que le décaissement de la toute première tranche du crédit – d'une valeur de 500 millions de dollars environ – dépendrait de la stabilité politique et sociale qu'aurait atteint le pays.
L'économiste Ezzedine Saidane s'est félicité de la conclusion de cet accord exprimant, toutefois, son étonnement face à la façon avec laquelle le gouvernement avait géré ce dossier. Il a expliqué, au micro d'Elyes Gharbi sur Mosaïque FM, que le gouvernement était tout à fait conscient du système de quota du FMI et savait d'avance qu'il ne pourrait obtenir plus de deux milliards de dollars et, pourtant, il a sollicité quatre milliards. Il a précisé que la Tunisie obtiendrait le montant objet de l'accord dans la foulée de sa signature notant que cette somme serait répartie sur huit tranches d'environ 240 millions de dollars chacune. « La solution n'est donc pas uniquement dans le prêt du FMI mais également en nous », a-t-il lancé.

Le député d'Attayar et expert-comptable, Hichem Ajbouni, considère que la somme objet de l'accord préliminaire avec le FMI est « loin des besoins des finances publiques et de l'économie tunisienne et insuffisante pour financer les investissements, créer de la richesse et soutenir la balance des paiements ». M. Ajbouni est, également, pessimiste quant à l'aboutissement de cet accord. Selon lui, « aucun accord avec le FMI n'aboutira tant que la situation économique et sociale ne s'améliore pas et que les réformes nécessaires ne sont pas réalisées sous la dictature, l'incohérence de Kaïs Saïed et dans l'instabilité politique ».
Pour le professeur universitaire et ancien membre du conseil d'administration de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Nouri, parvenir à cet accord est « positif ». Cela permet à son sens, de passer de la négociation à la réalisation. Il a, toutefois, avancé, au micro de Myriam Belkadhi sur Shems FM, que cet accord ne peut être considéré « ni comme un succès, ni comme un échec, car il ne va pas résoudre les problèmes de la Tunisie ».
L'expert économique Aram Belhadj avance, lui, le même avis. Dans un statut publié sur sa page Facebook dimanche, il a fait savoir qu'en dépit de son importance, cet accord préliminaire que le gouvernement tunisien a réussi à négocier avec le FMI ne pourrait remédier aux problématiques financières et économiques de la Tunisie. « Doit-on en être contents ou tristes ? Soyons optimistes ! », a-t-il écrit appelant à entamer une réforme économique sur la base d'un dialogue entre ceux qui gouvernent le pays et ceux qui défendent ses intérêts pour un plan de sauvetage unifié.

Le constat du président de l'Ordre des experts-comptables de Tunisie, Walid Ben Salah, est, quant à lui, sans équivoque. L'accord avec le bailleur de fonds ne sert à rien ! « 1,9 milliard de dollars sur 4 ans !!! Ce qui veut dire moins de 500 millions de dollars par an... Si toutefois, nous sommes parvenus à les avoir !!! Car le décaissement du prêt est tributaire du respect des engagements mentionnés dans l'accord. Des engagements dont personne ne connait la teneur, jusqu'à maintenant !!! 500 millions de dollars par an sont à peu près l'équivalent des échéances qu'on doit verser au Fonds Monétaire International lui-même au cours des prochaines années au titre des anciens crédits !!! En d'autres termes, nous avons emprunté l'équivalent de ce que nous devons au FMI (…) Pas de financement de l'économie, pas d'investissement public, pas d'appui aux réformes, rien !!! », a-t-il écrit dans un post Facebook, dimanche 16 octobre 2022.

Cette course contre la montre dans laquelle la Tunisie s'est lancée depuis un an et demi devrait se terminer en décembre par un arrangement définitif qui permettra au pays d'encaisser une partie du 1,9 milliard de dollars négociée sans marge de manœuvre et sans l'approbation des organisations nationales – la Centrale syndicale notamment. Celle-ci assure qu'elle n'a aucune idée du programme présenté par le gouvernement au FMI.
Le programme de réformes des autorités tunisiennes devrait permettre, selon le communiqué du FMI annonçant la conclusion d'un accord avec la Tunisie, de :
* Renforcer l'équité fiscale en prenant des mesures pour intégrer progressivement le secteur informel dans le système fiscal et en élargissant l'assiette fiscale pour assurer une contribution équitable de toutes les professions ;
* Maîtriser les dépenses et dégager un espace budgétaire pour l'aide sociale. Les autorités ont déjà pris des mesures pour maîtriser la masse salariale de la fonction publique et ont commencé la levée graduelle des subventions généralisées et coûteuses des prix, en procédant à des ajustements réguliers pour aligner les prix nationaux aux prix mondiaux, tout en offrant une protection ciblée adéquate aux catégories vulnérables de la population (notamment par le biais de transferts sociaux) ;
* Renforcer le filet de sécurité sociale en augmentant les transferts monétaires et en élargissant les dispositifs existants de protection sociale afin de compenser les ménages vulnérables de l'impact des hausses de prix ;
* S'engager dans un programme complet de réforme des entreprises publiques, en commençant par l'adoption d'une nouvelle loi les encadrant ;
* Accélérer les réformes structurelles visant à stimuler la concurrence et à créer un environnement transparent et équitable pour les investisseurs, en rationalisant et simplifiant les mesures d'incitation à l'investissement ;
* Renforcer la gouvernance et la transparence dans le secteur public, notamment à travers un diagnostic exhaustif de la gouvernance en vue d'établir une feuille de route pour les réformes ;
* Favoriser l'adaptation et renforcer la résilience aux changements climatiques en encourageant l'investissement dans les énergies renouvelables ainsi qu'à travers la gestion des terres et de l'eau (y compris les eaux usées), et en prenant des initiatives pour la protection du littoral tunisien, et des secteurs de l'agriculture, de la santé et du tourisme ;
* Préserver le pouvoir d'achat des Tunisiens face à une inflation élevée et en accélération. Pour renforcer la stabilité macroéconomique, la Banque centrale de Tunisie a commencé à resserrer sa politique monétaire.


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