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La migration climatique, une réalité en Tunisie
Publié dans Business News le 28 - 07 - 2023

La crise climatique est en train de remodeler notre monde. Le climat change plus rapidement que jamais et affecte notre quotidien. Les changements climatiques qui désignent les variations à long terme de la température et des modèles météorologiques, ont un impact non seulement sur l'environnement mais surtout sur l'être humain.
Cet impact peut être direct : hausse du niveau de la mer, hausse de la température, intensification des précipitations… et un impact non direct : intensification des crises alimentaires, proliférations des maladies… Les effets secondaires du changement climatique peuvent inclure le déplacement, la perte de moyens de subsistance, l'affaiblissement des gouvernements et, dans certains cas, l'instabilité politique.
Le changement climatique a même un impact sur la mobilité humaine. Ainsi, on parle aujourd'hui de la migration climatique, un concept qui décrit une multitude de changements liés au changement climatique. Cette migration peut être temporaire, saisonnière, circulaire ou permanente et peut être forcée par des conditions de plus en plus sévères ou se produire comme une stratégie proactive face aux impacts climatiques pour les moyens de subsistance et le bien-être. Selon l'OIM, les migrants environnementaux sont des « personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées au changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer habituel ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l'intérieur de leur pays ou en sortent.»

Avant, on parlait de migration du milieu rural à la ville ou d'une migration à l'étranger pour trouver une vie meilleure. Aujourd'hui, on parle d'une migration poussée par les facteurs environnementaux, le déplacement n'est plus un choix mais une obligation de survie. L'Institut pour l'économie et la paix indique que 1,2 milliard de personnes seront à risque de déplacement en raison du changement climatique d'ici 2050. Un rapport récent de la Banque mondiale estime que d'ici 2050, entre 125 et 216 millions de migrants climatiques pourraient effectivement se déplacer à l'intérieur des pays à revenu faible ou intermédiaire en fonction des résultats climatiques.
L'Afrique est l'une des régions du monde les plus vulnérables au changement climatique. Dans son rapport, la Banque mondiale prévoit que jusqu'à 19 millions de personnes deviendront des migrants climatiques internes rien qu'en Afrique du Nord d'ici 2050. Ce rapport souligne que les catastrophes environnementales ont causé 7,4 millions de personnes déplacées supplémentaires en Afrique subsaharienne.
La région MENA est déjà la région la plus pauvre en eau avec douze des dix-sept pays les plus soumis à un stress hydrique dans le monde, et avec 60% de la population de la région exposée à un fort stress hydrique.
En Tunisie, les inondations sont de plus en plus fréquentes, tandis que les grandes sécheresses sont un phénomène récurrent. Des chercheurs estiment que d'ici 2030, la température moyenne augmentera d'environ 1,1°C et atteindra une hausse de 2,1°C d'ici 2050. Cette augmentation contribuera à une baisse des précipitations de 11% dans le Nord et de 29% dans le Sud. Elle entraînera également une diminution de 28% des ressources hydriques et de 20% des terres arables d'ici 2030.

D'habitude, la migration interne en Tunisie est expliquée par des raisons économiques et sociales, dont notamment la recherche d'un travail et l'amélioration des conditions de vie. Cependant, les raisons climatiques commencent à se manifester en Tunisie, le facteur climatique et environnemental jouera, à l'avenir, un rôle important dans le mouvement de migration interne en Tunisie, ce qui implique l'urgence de mettre en place les stratégies nécessaires pour stabiliser les citoyens dans les régions menacées par les incendies de forêt et le manque d'eau.
Dans un pays dont l'économie se base sur l'agriculture et la pêche, le phénomène de la migration climatique se manifeste dans une direction unique, de la région Ouest vers le Est et les villes côtières, à la recherche de meilleures opportunités économiques et d'emploi, et ce en raison de l'augmentation du taux de chômage dans les régions de l'Ouest. Les habitants de l'Ouest, en particulier les régions forestières et frontalières, migrent également pour échapper aux incendies qui se déclenchent régulièrement dans leurs régions en été, entraînant de lourdes pertes pour eux en raison de la destruction de la couverture forestière qui leur fournit des moyens de subsistance.
La sécheresse entraîne également des vagues d'émigration collective des citoyens vivant dans de petites localités rurales qui souffrent du manque de sources d'eau naturelles et de l'absence de réseaux d'eau potable.

Ces facteurs environnementaux ont eu un impact sur la mobilité des Tunisiens et ont poussé les habitants à changer leur terre dans la quête d'une vie meilleure. C'est ce qui s'est passé au Cap Bon après l'élévation du niveau de la mer et c'est ce qui s'est passé aussi à Kasserine et à Jendouba après les incendies de 2021. Les régions attirant des vagues d'émigration interne en Tunisie sont la région du Grand Tunis, qui a enregistré entre 2009 et 2014 une migration estimée à environ 46.000 citoyens selon la banque mondiale, ainsi que les régions du Centre et du Sud-Est qui ont attiré 119.600 personnes, sur un total de 360.800 arrivants dans les régions côtières.
L'ingénieur en halieutique et environnement Hamdi Hached a estimé que les phénomènes climatiques que nous vivons aujourd'hui entraîneront l'effondrement des systèmes de production locaux répartis dans les campagnes, et affecteront les communautés agricoles et pastorales et les zones qui dépendent de l'agriculture en particulier et de la pluviométrie. Il a expliqué que la baisse des précipitations entrainera une instabilité de la production agricole, ce qui conduira à la fuite des flux humains, notamment en Afrique subsaharienne, « une grande partie d'entre eux deviendront des réfugiés climatiques ». Hamdi Hached a évoqué la possibilité d'enregistrer 270 millions de réfugiés environnementaux dans les années à venir, selon des rapports internationaux, « un nombre qui est susceptible d'augmenter », selon ses dires.
La semaine dernière, un incendie s'est déclaré dans la forêt de Melloula, au nord-ouest de la Tunisie, entraînant la destruction de près de 500 hectares de forêt dans la région, avant que les pompiers ne parviennent à le maîtriser.
Le feu a repris, lundi 24 juillet 2023 et s'est approché des quartiers résidentiels, ce qui a nécessité une évacuation complète des habitants par voies terrestres et maritimes à l'aide de bateaux.
Un certain nombre d'habitants de la ville de Tabarka ont exprimé leur intention de déménager, à l'instar de Soumaya, 43 ans, femme au foyer mariée et mère de deux enfants. Elle déclare : « La situation est devenue insupportable, l'été est devenu un fléau pour nous. Nous ne pouvons pas dormir par peur du retour des incendies ». Soumaya affirme que les incendies ont détruit les cultures agricoles dans sa région à Melloula, près de Tabarka, entraînant le chômage de plusieurs habitants, dont son oncle et sa famille qui travaillaient dans l'agriculture. « Mon oncle et ses fils avaient un projet agricole qu'ils exploitaient depuis des années, je ne sais pas ce qu'ils feront après les incendies », ajoute-t-elle.
Soumaya, qui n'envisageait pas de déménager auparavant, est désormais convaincue que c'est la seule solution pour protéger sa famille. « J'ai toujours été opposée à l'idée de déménager en ville, mais après les incendies, c'est devenu une question de vie ou de mort pour moi et mes enfants. Je ne resterai pas ici ».
Ces crises environnementales ont impacté la vie quotidienne des peuples mais peuvent même impacter la géopolitique dans le monde entier. Aujourd'hui, les gens se déplacent en raison du changement climatique et un nombre croissant le fera à l'avenir, volontairement ou non. La quantification de la migration future est délicate en raison de la complexité et des limites des données, et les résultats dépendent des scénarios climatiques futurs et de la définition d'un migrant climatique. On ne sait pas non plus quel sera le principal moteur (niveau de la mer, pertes de revenus ou instabilité, etc.), s'il s'agira de migrants plus pauvres ou plus prospères qui se déplaceront, et combien traverseront les frontières.
Les Migrations à grande échelle et la réponse à des événements climatiques déstabilisants dans des zones d'importance économique ou politique particulière peut entraîner un impact disproportionné sur la condition générale d'un pays. Ce sera probablement le cas pour les populations côtières du monde où l'élévation du niveau de la mer devrait déplacer un nombre disproportionné.
Améliorer la capacité de la Tunisie à prévoir les catastrophes naturelles est un mécanisme crucial pour traiter les migrations climatiques potentiellement à grande échelle avant qu'elles ne se produisent et qu'elles ne puissent influencer la vie des Tunisiens.


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