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La post-vérité du régime
Publié dans Business News le 03 - 10 - 2023

Une information peut-être anodine, mais qui ne devrait pas passer inaperçue. La semaine dernière, des pages connues pour leurs critiques envers le pouvoir en place ont disparu des réseaux. Plus aucune trace. Le régime n'ayant évidemment pas les clés du géant Facebook, une campagne de signalements en masse a certainement eu raison de ces pages qui n'ont pas cessé de s'opposer aux mesures du 25-Juillet. Ceci est loin d'être une première.
Est-ce le fruit de la politique gouvernementale visant à lutter contre les complots menaçant la sûreté de l'Etat ? C'est du moins ce que les partisans du régime prétendent. Dans les faits, que vaut réellement cette politique ?

Rappelez-vous, en août dernier, les départements de l'Intérieur, de la Justice et des Technologies publiaient un communiqué conjoint dans lequel ils déclaraient la guerre aux sites et pages diffusant des intox et du contenu « propageant la haine ». Le régime promettait « des poursuites judiciaires pour révéler l'identité des propriétaires, des utilisateurs de pages, de comptes et de groupes sur les réseaux sociaux qui exploitent ces plateformes pour produire, promouvoir, diffuser, transmettre, ou préparer de fausses nouvelles, déclarations, rumeurs, ou des informations fallacieuses dans le but de diffamer, de dénigrer, d'attaquer les droits d'autrui, de porter atteinte à la sécurité publique et à l'ordre social, ainsi que de porter préjudice aux intérêts de l'Etat tunisien et de chercher à ternir ses symboles ».
Depuis, aucun site ni page n'a été officiellement annoncé faisant partie de cette fameuse liste noire. L'on se demande même comment cette liste sera composée et sur quelle base lesdites pages seront visées. En dehors de l'effet d'annonce, rien n'a été concrètement entrepris.
Il n'est un secret pour personne que, sur les réseaux, et sur la toile en général, n'importe qui peut publier n'importe quoi et les intox, rumeurs, fake news et diffamations en tout genre, courent plus vite qu'un chauffeur de taxi désireux de terminer sa dernière course de la journée.
Dans son numéro du mois d'août, le magazine Sciences Humaines décortiquait le concept de « post-vérité ». « Sommes-nous à l'âge de la post-vérité », s'interrogeait, en Une, Sebastian Dieguez, neuroscientifique et auteur du livre « Total Bullshit: au cœur de la post-vérité » (2018).
Elu « mot de l'année » en 2016 par le dictionnaire Oxford, le concept de post-vérité évoque « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence pour modeler l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux opinions personnelles » [Oxford]. Pour faire simple, les faits ont moins d'importance que les émotions et ce sont les émotions qui font la vérité et non les faits.
Comme l'explique Dieguez, « ici, le préfixe ''post'' ne devrait pas se lire dans un sens strictement chronologique […] mais plutôt dans un sens privatif : la vérité en tant que telle aurait perdu de son importance et de son influence ». La post-vérité est donc plus celle que l'on ressent que celle que l'on vit réellement. Chacun a sa propre perception, influencée évidemment par les grands événements de l'actualité, l'opinion publique et les mouvements de masse.

L'année 2016 est, rappelez-vous, celle de l'élection de Donald Trump à La Maison Blanche. Dans les rues New-Yorkaises, les vitrines des cafés, libraires, magasins de chaussures ou même dans la rue, s'affichaient des produits de la campagne. On voyait une Clinton insultée sur une tasse de café ou un Trump raillé sur le slip d'un musicien de rue. Même pour une campagne américaine, le sensationnalisme était à son paroxysme. Ce qu'on ressentait et la manière avec laquelle on percevait les candidats, primaient sur ce que les deux finalistes étaient réellement. Les sentiments s'étaient substitués à la vérité et l'avait terrassée, donnant naissance à la post-vérité.
Cette année-là, l'émergence de la post-vérité en tant qu'élément de langage a été, toujours selon la définition d'Oxford, « alimentée par la montée en puissance des réseaux sociaux en tant que source d'information et la méfiance croissante vis-à-vis des faits présentés par l'establishment ».
Nous ne sommes plus en 2016 aux Etats-Unis mais en 2023 en Tunisie et ces deux éléments sont réunis pour donner le paysage actuel : puissance des réseaux et méfiance vis-à-vis de l'ancienne classe dirigeante. Les réseaux sont, pour une large partie de la société, la source d'information principale, mais aussi le terrain privilégié du commentaire politique. C'est aussi le lieu rêvé pour la prolifération des intox, fake news et histoires farfelues de toute sorte. Que leurs auteurs soient réellement malintentionnés, ou tout simplement crédules. Pas étonnant de voir des annonces de décès touchant des personnes bien portantes, des mythes sur des chouettes dévoreuses d'enfants, des fortunes attribuées à tort à certaines personnalités publiques ou des affaires de corruption et de complot inventées de toutes pièces.
Cette source d'information est d'ailleurs l'organe de prédilection du régime pour s'adresser au peuple. C'est en effet uniquement via sa page Facebook que Carthage communique avec les Tunisiens. Les communiqués et vidéos – publiés généralement tard dans la soirée – font la pluie et le beau temps dans le pays. C'est aussi sur ces mêmes réseaux que le plus gros de la campagne de Kaïs Saïed à la présidentielle de 2019 a été mené, qu'il veuille ou non l'admettre.
Conscient du pouvoir de ces réseaux qui font et défont l'opinion publique, la stratégie du régime est très simple : semer le doute, jouer sur les sentiments et affaiblir, autant que faire se peut, la presse. La recette fait que les intox et autres rumeurs infondées sont tolérées tant qu'elles servent le pouvoir en place. Pas de place pour les voix dissidentes, les critiques acerbes, les caricatures affaiblissant le régime ou les articles de presse lui demandant des comptes.
Le pouvoir essaye, d'ailleurs, de faire croire qu'il mène la guerre aux fausses informations, alors qu'en réalité, il n'en fait que le tri pour ne laisser que ce qui est à son avantage. Et ce tri est fait non en fonction des faits, mais des sentiments, de ce qu'on a envie de croire ou de ne pas croire et de la vérité que l'on s'invente.
La « post-vérité » n'est donc pas la vérité qui vient après une autre vérité, c'est plutôt le fait « d'appartenir à une période dans laquelle le concept même de vérité est devenu sans importance » [Oxford]. À chacun sa propre vérité et celle du régime est au-dessus de tout.
Le chef de l'Etat n'avait-il pas dit que les médias « nationaux » et « patriotiques » devaient s'en tenir à la « ligne de libération nationale », au lieu de leur ligne éditoriale. Et cette ligne-là est uniquement basée sur les sentiments et non les faits…


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