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Zied Dabbar : il y a un ciblage des journalistes et nous n'accepterons pas la censure
Publié dans Business News le 25 - 03 - 2024

Le président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Zied Dabbar a considéré qu'on adoptait une politique visant à emprisonner les journalistes pour l'exercice de leurs fonctions. Il a cité les exemples des affaires ayant conduit à la détention de Khalifa Guesmi, Chadha Hadj Mbarek et Mohamed Boughalleb. « Les ministres et responsables doivent comprendre que nous ne pouvons pas aller vers la censure », a-t-il dit.
Invité le 25 mars 2024 à « Midi Show » d'Elyes Gharbi sur Mosaïque Fm, Zied Dabbar a affirmé que huit journalistes font l'objet de poursuites en vertu de l'article 24 du décret liberticide 54. Il a appelé le ministère public à respecter la loi et à appliquer le décret 115 relatif à la liberté de la presse, l'imprimerie et l'édition. « Dans la plupart des cas, ce n'est pas le ministère public qui se saisit de l'affaire… Dans la plupart des cas, les autorités tunisiennes saisissent la justice… Il n'y a pas beaucoup d'affaires portant sur des citoyens lambda… Le pouvoir en place, le système et la justice tunisienne semblent cibler des journalistes tunisiens », a-t-il ajouté.
Zied Dabbar a considéré que les autorités tunisiennes s'étaient isolées et manœuvraient en solitaire : « Elles considèrent que le journaliste est coupable jusqu'à preuve du contraire ». Le président du SNJT a indiqué que le décret 54 était contradictoire aux dispositions de la constitution de 2022. Il a mis l'accent sur l'importance de la préservation d'un espace permettant de débattre des questions d'ordre public. Il a, également, évoqué les obstacles au niveau structurel, notamment l'absence voulue de la Haica, soit d'un organe de régulation.


« Nous ne pouvons pas créer un journalisme à la carte se conformant aux désirs du pouvoir… En temps de Ben Ali, il y avait le code des télécommunications… Par peur des sanctions pénales, il n'y avait pas d'œuvres journalistiques… Nous avions des journalistes, mais pas de journalisme… La Tunisie ne croyait pas en la démocratie… Par la suite, nous nous sommes retrouvés devant l'opportunité de changer cela… Mais, la législation en vigueur ne permet pas cela… La façon de traiter les erreurs des journalistes ne peut pas avoir la forme d'emprisonnement ou de l'application de textes répressifs… Nous ne devons pas appliquer une politique de deux poids, deux mesures », a-t-il poursuivi.
Zied Dabbar a par ailleurs affirmé que le journaliste avait de la difficulté d'accéder à l'information. Il a estimé que le président de l'Assemblée des représentants du peuple avait verrouillé l'accès aux commissions et qu'il était difficile de contacter les hauts responsables. Il a ainsi indiqué que les plus grandes démocraties et où le secteur du journalisme était fort, il y a eu de la manipulation de l'information et de l'opinion publique, notamment à l'occasion d'élections.
Revenant sur l'arrestation de Mohamed Boughalleb, Zied Dabbar a indiqué que le ministère public avait déjà refusé un certificat médical ou la représentation d'un avocat. Ceci, d'après lui, avait eu lieu dans le cadre des poursuites visant le journaliste Zied El Heni. Il a conclu que cette attitude reflétait une volonté d'arrêter cette personne. « Nous ne pouvons pas bâtir un Etat dans ce genre de conditions… C'est pour cela que nous nous sommes adressés aux députés… Ils ont accepté de réviser le décret 54… Malheureusement, on cherche à bloquer cette initiative… Il y a eu une seule rencontre uniquement avec le ministre de l'Education (Mohamed Ali Boughdiri)… Il n'y a pas eu de rencontres d'ordre politique… Je m'interroge sur la chose… Je n'ai pas été contacté à la suite de mon élection », a-t-il déclaré.
Zied Dabbar a affirmé que les journalistes se trouvaient dans une situation fragile. Il a indiqué que le secteur était sous l'emprise de l'emploi précaire et que 80% des médias pourraient fermer leurs portes durant l'année actuelle. Il a assuré être favorable à la transparence et à l'intégrité éthique des journalistes et des médias. Le SNJT appelle à cela depuis des années. Il a expliqué que la convention-cadre visant à protéger le journaliste et à encadrer le secteur n'a pas été publiée par le gouvernement. Il a pointé du doigt l'absence d'une politique d'Etat concernant le secteur des médias et de la presse.


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