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Le racisme : une maladie de l'esprit et du cœur
Publié dans Business News le 12 - 06 - 2024

Dimanche dernier, l'Union Européenne était à deux doigts de basculer dans les bras de l'extrême droite. Les démocrates de ce côté de la Méditerranée observent avec inquiétude et dégoût la progression (la renaissance) en Europe de ces idéologies fondées quasiment exclusivement sur la haine des étrangers.
Mais nous avons aussi tous en mémoire ces tristes scènes où de paisibles citoyens pourchassaient des migrants d'Afrique subsaharienne, comme on les appelle poliment. L'argument avancé est toujours le même : ils auraient franchi illégalement la frontière nationale.
Cette évolution des sociétés européennes qui nous inquiète tant doit aussi nous alerter sur les risques de voir nos sociétés laisser germer ce mal.
Bien entendu, il est légitime de lutter contre le franchissement illégal des frontières, mais il y a des façons moins violentes de le faire. Non seulement rien ne justifie la violence, mais rapidement les discours qui dérivent vers des considérations racistes prouvent que le du rejet des migrants a des motivations inquiétantes qui sont à prendre au sérieux.
Le nombre de migrants illégaux en Tunisie serait d'environ 28 000, selon le FTDES (Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux), tandis que le journal étatique La Presse avance le chiffre de 60 000 dans son édition du 9 juin 2024. Alors, pourquoi cette crispation autour de ce qui ne représente, dans les estimations les plus extrêmes, que 0,5% de la population locale ?
La peur du grand remplacement ?
Un délire. Selon cette théorie, il y aurait un complot international visant à remplacer progressivement la population tunisienne par une population étrangère. Il faudrait fournir davantage d'arguments pour rendre cette théorie crédible. Mais, dans une société confrontée aux pires difficultés, elle a pris comme un feu de paille.
Il ne s'agit pas de négliger les colères des propriétaires d'oliveraies qui ne peuvent plus exploiter leurs terres ou des pêcheurs qui craignent d'être agressés par des passeurs en mer et qui ont dû réduire leurs activités pour se consacrer au sauvetage de vies... mais ces situations ne doivent pas nous faire oublier notre humanité.
Peu importe les explications des experts, selon lesquelles les mouvements migratoires et les changements démographiques sont des phénomènes complexes, influencés par les conflits régionaux, la pauvreté. Nous le constatons chaque jour : les migrants sont des personnes paisibles qui viennent de différents pays africains. Prenons le temps de leur parler ils sont admirables de courage et d'humanité.
Une amie m'a récemment raconté une scène qu'elle a vécue : "Une dame tunisienne âgée, vêtue d'un melia (habit traditionnel), mendiait dans une rue d'une banlieue chic de Tunis. Elle s'est approchée de plusieurs personnes pour demander quelques pièces, puis j'ai vu une personne aller vers elle sans qu'elle ne se dirige vers lui : un migrant subsaharien qui vendait des paquets de mouchoirs en papier de manière informelle."
Ils ne font que passer chez nous, ils sont en transit vers l'Europe, ils occupent des petits emplois pour rassembler la somme nécessaire pour traverser la Méditerranée. Même les plus racistes le savent parfaitement.
Beaucoup d'entre eux ont été maltraités, victimes de racket, exploités. Bien sûr nous devons rester lucides et ne pas tomber dans l'angélisme. Le trafic d'êtres humains attire inévitablement des trafiquants et des criminels parmi eux. Cependant il ne faut pas tout mélanger et donner libre court à des réflexes primitifs, les punitions collectives que nous observons depuis des mois sont intolérables. Rien ne peut justifier de priver des femmes, des hommes et des enfants de disposer de leur argent et de les jeter dans des zones désertiques, sans eau, sans nourriture.
Ce mal, le racisme, non dénoncé, finira par ronger notre société de l'intérieur, c'est une gangrène sociale. Les récentes réactions nous font craindre le pire.
Nous le constatons lors de conversations entre amis : nous avons tendance à classer les individus en fonction de leur appartenance géographique, religieuse ou culturelle, donc supposée raciale. "Ah, lui, il est de telle tribu, de tel pays ou de telle région, il est donc avare, intelligent ou roublard, etc." Cet essentialisme est le début de la dérive. Figer une personne dans une catégorie la réduire à sa seule appartenance géographique, ignorer la complexité des individus, rassurent et empêchent la reconnaissance de la personne en tant que telle. C'est un terrible biais qui nous prive du plaisir de découvrir la richesse de l'autre. "La véritable mesure d'un homme ne se trouve pas dans sa nationalité, sa religion ou la couleur de sa peau, mais dans la force de son caractère et de ses idéaux", disait Nelson Mandela.
Il est indéniable que ces croyances en l'existence de caractéristiques raciales sont la réelle motivation des réactions de rejet envers les immigrés. On aura beau leur démontrer que les "races" humaines n'ont aucun fondement scientifique, rien n'y fera. Le racisme a des fondements irrationnels, comme les croyances.
Longtemps justifié par des arguments pseudo-scientifiques, le racisme s'est ensuite mué en une idéologie complexe, imprégnant l'ensemble de la société. Au-delà des discours ouvertement racistes, c'est toute la manière de percevoir et de penser l'altérité qui doit être remise en question. Les catégories ethno-raciales, loin d'être des réalités objectives, sont le produit de constructions sociales visant à hiérarchiser les groupes humains.
Plutôt que de jouer au gendarme de l'Europe, nous devrions mettre l'Union européenne (UE) face à ses responsabilités. Les pays du nord, qui se présentent comme des donneurs de leçonsen matière de droits de l'Homme, tolèrent et encouragent en réalité ces pratiques inhumaines. Les migrants, dont on vole les moteurs et le carburant en pleine mer et que l'on laisse mourir en silence loin des regards, ne les émeuvent pas plus que cela.
Pourtant l'UE a une responsabilité historique et un rôle crucial à jouer dans la protection des droits des migrants. Elle doit prendre ses responsabilités et mettre en place des politiques qui favorisent l'accueil des migrants dans des conditions dignes et respectueuses de leurs droits fondamentaux, et non se défausser sur les pays du sud en promettant des crédits et du matériel. Cela implique également l'abandon des reliquats de la politique colonialiste et de s'engager dans une dynamique d'échanges nord-sud plus équitable. En encourageant le dialogue interculturel et en valorisant la diversité, l'UE peut contribuer à créer une dynamique vertueuse entre les pays pauvres et les pays riches.
"Le racisme est une maladie de l'esprit et du cœur. Il doit être guéri par l'éducation et la compréhension", a déclaré Mamphela Ramphele
Il est essentiel que la classe politique s'engage à rejeter fermement les discours de haine et à promouvoir des valeurs de diversité, d'égalité et de respect mutuel. C'est un engagement républicain. La lutte contre le racisme est non seulement possible, mais nécessaire. Elle conduira à des changements significatifs dans la société. La Tunisie, en tant que pays avec une histoire riche et une culture diversifiée, a le devoir de préserver cette richesse en encourageant le dialogue interculturel et en luttant contre toutes les formes de discrimination et de stigmatisation.


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