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Encore un droit constitutionnel bafoué : l'eau, bien commun sacrifié
Publié dans Business News le 01 - 06 - 2025

À l'approche de l'été, la Tunisie fait face à une crise de l'eau d'une gravité inédite. Dans un pays au riche héritage hydraulique – des ingénieurs romains d'El Jem aux oasis sahariennes nourries par des systèmes millénaires –, l'accès à l'eau potable devient aujourd'hui un privilège. Des millions de Tunisiens vivent au rythme des coupures, des citernes payantes et des bouteilles hors de prix. Cette dégradation dramatique n'est pas le fruit d'une fatalité climatique. Elle résulte d'un effondrement organisé, où se mêlent mauvaise gouvernance, marchandisation rampante et privatisation silencieuse d'un bien vital. Dans ce contexte, le droit à l'eau, pourtant garanti par l'article 44 de la Constitution, est chaque jour bafoué.
Une marchandisation insidieuse d'un droit fondamental
Le droit à l'eau ne se proclame pas, il se garantit. Or, sur tout le territoire national, 34% des citoyens renoncent à boire l'eau du robinet, craignant sa mauvaise qualité. Fluor, nitrates, hydrocarbures, métaux lourds : les analyses indépendantes révèlent une contamination croissante. S'y ajoutent les fuites, les coupures récurrentes, les bassins pollués… Et derrière ce chaos, une Sonede en ruine : réseau obsolète, ressources humaines démobilisées, finances à l'agonie. Un service public vital délaissé depuis des décennies, miné par les passe-droits, les nominations clientélistes et l'absence totale de transparence.

L'eau embouteillée : rente privée, fardeau populaire
Pendant que le service public agonise, le marché de l'eau en bouteille prospère dans l'ombre. Douze entreprises se partagent 80% du marché, exploitant des sources naturelles souvent situées dans des régions rurales appauvries. Ces entreprises accaparent une ressource commune pour la revendre à prix fort, sans réelle régulation, sans contrôle de l'impact écologique ni redistribution aux communautés locales. Le résultat est saisissant : les foyers les plus modestes consacrent jusqu'à 18% de leur revenu mensuel pour acheter de l'eau, alors que ce bien devrait être gratuit, universel, équitablement distribué.

Une bombe écologique à retardement
À cette injustice sociale s'ajoute un désastre environnemental. La Tunisie consomme chaque année plus de 2,3 milliards de bouteilles plastiques, dont seulement 7% sont recyclées. Le reste envahit les oueds, les plages, les terres agricoles. Le plastique s'accumule, se fragmente, s'infiltre dans les sols, dans l'eau… jusqu'à nos organismes. Et derrière chaque bouteille, ce sont des émissions massives de CO₂ liées à l'extraction, la fabrication, le transport. Ce modèle de consommation est écologiquement suicidaire.

Une faillite programmée du service public
La situation de la Sonede est révélatrice d'un abandon méthodique du service public. L'entreprise cumule plus de 1,6 milliard de TND de dettes, un réseau à bout de souffle, un personnel démoralisé. Le gel des recrutements, l'absence d'investissement dans la maintenance, l'obsolescence technologique sont autant de signes d'un système en chute libre. À cela s'ajoute un phénomène délétère : le vol institutionnalisé de l'eau, par des particuliers, des institutions, parfois avec la complicité de certains agents. Le tout dans l'impunité. Ce sabotage intérieur achève de discréditer une entreprise qui devrait incarner l'intérêt général.

Que faut-il faire pour garantir ces droits ?
Il est encore temps d'agir. Il est encore possible d'éviter la pénurie structurelle, mais cela exige du courage politique, des compétences, de la transparence, une vision à long terme et surtout du courage :
* Un audit public indépendant de la Sonede, suivi d'un plan décennal de rénovation des infrastructures (cinq milliards de TND sur dix ans).
* Un moratoire immédiat sur les nouvelles licences d'exploitation des sources d'eau minérale.
* Une taxe écologique progressive sur l'eau embouteillée, couplée à une obligation de recyclage atteignant 50% d'ici 2030.
* Le développement de la désalinisation par énergie solaire, avec un objectif de 30% de l'approvisionnement en eau d'ici 2030, en particulier pour les régions du Sud.
* Des campagnes massives de sensibilisation sur la préservation de l'eau, la lutte contre le gaspillage et les pratiques responsables.
* Un arsenal juridique renforcé pour criminaliser le vol d'eau, garantir la priorité au service public et imposer un principe de justice hydrique.
Une question de justice sociale et de dignité humaine
Chaque année, la Tunisie perd environ 3% de son PIB en raison des effets directs et indirects des crises hydriques : baisse de la productivité agricole, surcoût pour les ménages, dégâts environnementaux, perte de cohésion sociale. Mais au-delà des chiffres, c'est une question éthique et civilisationnelle : voulons-nous une société où l'eau devient un produit de luxe réservé à ceux qui peuvent payer ? Ou voulons-nous restaurer un modèle où l'eau est considérée comme un droit, un bien inaliénable, un pilier de la dignité humaine ?
Le tiers des Tunisiens sans accès régulier à l'eau potable ne peut être une donnée statistique. C'est un scandale. C'est une trahison des engagements de l'Etat. C'est une mise en danger de la nation.
"Et Nous avons fait de l'eau toute chose vivante."
﴾وجعلنا من الماء كل شيء حي﴿ — Sourate Al-Anbiya, verset 30

Le message est clair, qu'il vienne des droits humains ou du texte sacré : l'eau est la source de la vie, de la justice et de la paix.
Il est temps de reconquérir ce droit fondamental. Non pas par des déclarations creuses, mais par des actes concrets. L'eau ne doit plus être une rente pour les uns, mais une promesse de dignité pour tous.


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