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Pourquoi l'inflation officielle ne reflète plus la vie réelle
Publié dans Business News le 09 - 10 - 2025

Officiellement, l'inflation recule et s'établit à 5 %. Dans la vraie vie, le Tunisien n'y croit plus. Dix ans après la dernière enquête de consommation, le panier de l'INS ne reflète plus le quotidien du citoyen où le logement, l'énergie et les produits de base étranglent ses revenus, tandis que l'INS continue de calculer les meubles et les casseroles dans son indice mensuel.

L'Institut national de la statistique (INS) a annoncé que le taux d'inflation s'est établi à 5 % en septembre 2025, contre 5,2 % en août.
Un léger recul, qui semble suggérer une accalmie, mais qui cache une réalité bien plus douloureuse : les produits les plus achetés par les Tunisiens continuent d'afficher des hausses à deux chiffres.
Sur un an, les légumes frais ont grimpé de 21,1 %, la viande d'agneau de 20,2 %, les poissons frais de 10,3 % et les fruits frais de 9,9 %.
Ces produits sont ceux du quotidien, ceux que le consommateur retrouve chaque semaine dans son panier.
À l'inverse, la forte baisse des huiles alimentaires (-24,3 %), souvent mise en avant par l'INS, ne change rien à son ressenti : ces huiles subventionnées sont rares, introuvables, ou ne représentent qu'une faible part de ses dépenses réelles.
Les services de restauration, cafés et hôtels restent à +10,1 %, tandis que l'habillement et les chaussures bondissent de 9 %.
Autrement dit, les postes de dépense les plus fréquents s'envolent, quand les biens durables ou subventionnés — plus rares dans les achats — tirent la moyenne vers le bas.
C'est ainsi que le taux officiel se déconnecte de la perception : les prix qui flambent sont ceux qu'on paie tous les jours.

Un panier figé depuis dix ans
Dans une analyse devenue virale publiée sur son compte Facebook, Walid Bel Hadj Amor, chef d'entreprise et membre de l'Institut arabe des chefs d'entreprise, résume le problème entre la perception de l'inflation du citoyen, bien supérieure au taux officiel de 5% présenté par l'INS : « Le taux d'inflation calculé en 2025 est basé sur un panier de dépenses issu d'une enquête de consommation datant de 2015 ».
Dix ans d'écart séparent donc la réalité des Tunisiens du panier utilisé pour la mesurer.
L'enquête de 2021, menée dans le contexte du Covid, a été écartée par l'INS car jugée biaisée, rappelle M. Bel Hadj Amor.
Résultat : l'inflation de 2025 repose sur une photographie économique de 2015 — avant la crise énergétique, avant la flambée des loyers, avant l'appauvrissement massif de la classe moyenne.
Interrogé par Business News, Abdekhalek Ben Mabrouk Lazreg, directeur de la communication de l'INS, indique que la nouvelle enquête de consommation démarrera dans les prochains jours.
Elle n'a pas pu être menée en parallèle du recensement général, car « les équipes et les techniques mobilisées sont différentes : il s'agit de deux spécialités distinctes qu'il ne faut pas confondre ».
Mais ce retard pèse lourd : il fausse la mesure d'un phénomène que tous les Tunisiens ressentent quotidiennement.

Des pondérations obsolètes et irréalistes
Selon la méthodologie officielle de l'INS (base 2015), le panier de consommation tunisien reste composé de 26,2 % d'alimentation et boissons, 19 % de logement, eau, gaz et électricité, 12,7 % de transport, 5,8 % de santé, 5,9 % de meubles et entretien, et 2,8 % pour l'alcool et le tabac.
Ces pondérations n'ont pas bougé depuis dix ans, alors que la structure des dépenses a été bouleversée.
Dans la réalité, le logement et l'énergie absorbent aujourd'hui jusqu'à 40 % du revenu dans les foyers urbains.
Les produits alimentaires, soumis à des hausses continues, pèsent bien plus que 26 %.
Quant aux meubles et articles de ménage, censés représenter 5,9 % du panier, ils n'entrent que rarement dans le budget mensuel des ménages. Il est donc aberrant de les prendre en considération chaque mois, alors que les Tunisiens n'achètent des meubles ou des articles de ménage (casserole, poêles, vaisselle) qu'une fois tous les cinq ans.
L'INS suit 720 produits répartis en 5174 variétés, dont la fréquence d'observation varie selon leur nature.
Les produits alimentaires et de base sont relevés quotidiennement, les fruits et légumes chaque semaine, tandis que les biens durables, comme les meubles ou les articles ménagers, ne sont actualisés qu'une fois par mois.
Cette différence de rythme contribue, elle aussi, à lisser artificiellement l'inflation globale et à atténuer la perception réelle du citoyen.

L'exemple qui dit tout : les Marlboro à 20 % du salaire
Prenons un exemple concret : un salarié gagnant 1500 dinars par mois et consommant un paquet de Marlboro par jour dépense près de 300 dinars mensuels rien qu'en cigarettes — soit 20 % de son salaire.
Et cela sans compter l'alcool, dont les prix ont flambé dans le circuit officiel comme informel.
Or, dans le calcul de l'INS, le tabac et les boissons alcoolisées ne pèsent que 2,8 % des dépenses du ménage.
Cette différence illustre parfaitement l'absurdité d'une pondération inchangée depuis 2015 : elle gomme la réalité de la consommation et atténue artificiellement le taux d'inflation.
La formule de Laspeyres, sur laquelle repose l'indice tunisien, fige le panier de consommation dans le temps : les pondérations restent constantes, même lorsque les comportements changent.
Ce mécanisme a un mérite — la comparabilité des séries — mais il a un défaut majeur : il empêche de capter les mutations rapides du mode de vie, comme l'essor des loyers, la dépendance énergétique, ou la hausse des produits de première nécessité.
Autrement dit, l'INS mesure encore la Tunisie de 2015 avec les prix de 2025.

L'inflation vécue n'est pas l'inflation mesurée
Les économistes distinguent depuis longtemps deux concepts :
- l'inflation statistique, calculée sur un panier fixe de produits ;
- et l'inflation ressentie, qui correspond à la perception subjective de la hausse des prix par le consommateur.
Le prix Nobel Daniel Kahneman a montré que l'être humain est plus sensible aux pertes qu'aux gains : une hausse de prix répétée sur un produit essentiel provoque une réaction émotionnelle disproportionnée.
C'est ce qu'il appelle l'« aversion à la perte », qui amplifie la perception de l'inflation.
De son côté, Robert J. Shiller, également prix Nobel, a démontré que la mémoire des prix est asymétrique : le consommateur retient les hausses visibles (carburant, pain, cigarettes), mais oublie les baisses discrètes (électronique, produits saisonniers).
Ce décalage psychologique explique pourquoi le citoyen tunisien se sent étouffé, même lorsque l'INS parle de stabilité.
L'inflation ressentie est l'inflation vécue : celle de la dépense fréquente, non celle de la moyenne arithmétique.

Un panier à réviser d'urgence
Dans la plupart des économies avancées, les bureaux de statistiques actualisent le panier tous les cinq ans, parfois même chaque année pour les produits les plus volatils.
Le Bureau of Labor Statistics américain ou l'INSEE en France ajustent régulièrement leurs pondérations, intégrant les nouveaux comportements : services numériques, énergie, transport individuel, alimentation transformée, etc.
En Tunisie, cette actualisation est attendue depuis 2015.
Ce retard méthodologique n'est pas neutre. Il brouille la lecture des politiques publiques, affaiblit la crédibilité des données nationales et alimente la défiance des citoyens.
L'enquête de consommation que l'INS s'apprête à lancer devra théoriquement corriger ces distorsions et reconstruire le lien de confiance entre la statistique et la réalité.
Car on ne combat pas l'inflation quand on se trompe de thermomètre.


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