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L'« Engagement patriote » face au silence du régime et à la moquerie
Publié dans Business News le 16 - 10 - 2025

Lancée dans la discrétion, la nouvelle initiative « Engagement patriote » entend fédérer les forces politiques et sociales pour sortir la Tunisie de l'impasse. Mais entre ambitions républicaines, silences officiels et symboles du passé, la démarche peine à convaincre.

Ils se sont retrouvés, mercredi 15 octobre 2025, dans une salle de l'hôtel Downtown à Tunis, pour lancer ce qu'ils présentent comme une réponse citoyenne à la dérive autoritaire du pays. Sous la bannière de l'« Engagement patriote », plusieurs partis politiques, forces sociales et personnalités nationales ont signé une déclaration commune censée poser les bases d'un projet de consensus national.
L'initiative, expliquent ses promoteurs, vise à « restaurer la confiance dans l'Etat de droit » et à replacer la Tunisie « sur la voie du développement et de la démocratie ».
La déclaration appelle à la défense de la souveraineté nationale, au renforcement de la séparation des pouvoirs, à la neutralité de l'administration et à la liberté de la presse. Elle prône l'abrogation des décrets 117 et 54, jugés incompatibles avec les libertés fondamentales, ainsi que la libération des prisonniers d'opinion.
Les initiateurs assurent que leur texte n'appartient à aucun parti et qu'il ne vise ni la conquête du pouvoir ni la préparation d'un front électoral. L'objectif, affirment-ils, est d'ouvrir une voie de dialogue républicain dans un pays en panne de confiance et de perspectives.

Un casting qui interroge
Si le texte a été globalement salué pour son souffle républicain, c'est surtout la composition de la salle qui a attiré les commentaires.
Les visages aperçus hier racontaient une Tunisie du passé : une majorité de participants âgés, parmi lesquels l'ancien président de la République Mohamed Ennaceur (91 ans). À ses côtés, des figures controversées comme le professeur Amine Mahfoudh. Ancien soutien de Kaïs Saïed et ardent défenseur du décret 117 — celui-là même qui a permis au président de s'arroger les pleins pouvoirs —, M. Mahfoudh avait ensuite été mandaté pour rédiger la nouvelle Constitution avant d'être désavoué.
Aujourd'hui rallié à l'opposition, il incarne malgré lui les revirements d'une classe politique usée par les trahisons et les volte-face. Sa seule présence à l'initiative est suffisante pour la discréditer et l'affaiblir.
Autre constat marquant : l'absence des islamistes, notamment ceux d'Ennahdha, ainsi que celle de Mustapha Ben Jaâfar, ancien président de la Constituante. Autant d'absences qui relativisent le discours d'inclusivité et renforcent le sentiment d'un entre-soi.

Une ouverture annoncée, mais encore hésitante
Le journaliste et chroniqueur Zied El Héni, invité à la conférence, a livré un témoignage nuancé.
Il a salué la qualité du texte et l'effort d'ouverture, tout en regrettant deux omissions majeures : l'absence de référence explicite à la Déclaration universelle des droits de l'homme et le silence sur la Haica, bloquée par le président Kaïs Saïed.
« Il aurait fallu rappeler la nécessité d'activer la Haica, que le pouvoir s'emploie à neutraliser pour mieux contrôler l'information », a-t-il souligné.
Mais c'est surtout la réponse évasive du représentant du Parti destourien libre à une question sur la participation d'Ennahdha qui a, selon lui, trahi des réflexes d'exclusion persistants.
« Le PDL aurait pu créer un véritable séisme politique en affirmant que la porte était ouverte à tous, y compris aux islamistes », estime Zied El Héni.
Malgré ces réserves, il a signé la déclaration, convaincu par la sincérité de certains initiateurs, notamment Amine Mahfoudh, Adnane Belhaj Omar et les jeunes de Haq, qui lui ont assuré que la démarche ne visait à exclure personne.

Silence officiel et dénigrement organisé
Fait révélateur : alors que les médias publics ont soigneusement ignoré la conférence, les partisans du régime, eux, se sont déchaînés sur les réseaux sociaux.
Aucun reportage, aucune brève, aucun mot sur la télévision nationale, sur les sites des journaux publics Assabah, Assahafa et La Presse ou sur les dix antennes de la Radio Nationale. Comme si l'événement n'avait jamais existé. Seuls quelques médias privés ont relayé l'événement.
Mais pendant que le pouvoir observait un silence complice, ses soutiens se sont livrés, en toute impunité, à une campagne de dénigrement d'une rare vulgarité.
Les pages pro-Saïed ont rivalisé de sarcasmes pour ridiculiser les visages aperçus à la conférence : moqueries sur l'âge des participants, plaisanteries abjectes sur Mohamed Ennaceur qu'ils croyaient mort, attaques personnelles contre les organisateurs.
Un internaute, se voulant spirituel, a résumé ce mépris d'une phrase devenue virale :
« Les plus grands soutiens de Kaïs Saïed ne sont pas ses partisans, mais ses opposants. »
Sous-entendu : les opposants seraient si faibles, si maladroits, qu'ils renforcent malgré eux le pouvoir qu'ils dénoncent.
Ce cynisme, toléré et parfois encouragé par les relais du régime, illustre une dérive inquiétante : le pouvoir se tait, mais laisse ses partisans salir, persuadé que la dérision vaut mieux que la répression.
Et dans une Tunisie où le silence officiel tient lieu de censure, ce sont désormais les rires moqueurs qui servent d'arme politique.

Une tentative louable dans un paysage figé
Malgré ses limites, l'initiative « Engagement patriote » a le mérite d'exister.
Dans une Tunisie où la peur, le désenchantement et la lassitude ont remplacé le débat d'idées, le simple fait de se réunir pour parler d'avenir relève déjà du courage civique. Peu nombreux sont ceux, aujourd'hui, qui osent s'exposer publiquement sans l'ombre protectrice du pouvoir.
Cette démarche ne renversera pas la donne politique, mais elle brise, à sa manière, le sentiment d'impuissance généralisé. Elle rappelle que la reconstruction démocratique ne viendra ni d'un chef providentiel, ni d'un décret présidentiel, mais d'une volonté collective — celle de citoyens, même fatigués, qui refusent la fatalité.
Les visages ridiculisés hier appartiennent à une génération que le pouvoir actuel veut effacer de la mémoire nationale, mais qui continue à défendre, avec ses mots et ses faiblesses, une certaine idée de la République.
L'« Engagement patriote » ne changera peut-être pas le cours de l'histoire, mais il marque le retour d'une parole libre, responsable et assumée, loin des invectives et des silences calculés.
Dans un pays suspendu à la parole d'un seul homme, voir des citoyens — jeunes ou vieux — tenter d'en formuler une autre, même imparfaite, c'est déjà un signe de vitalité démocratique.
Et à l'heure où le silence tient lieu de politique, parler, encore et toujours, devient un acte de résistance.


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