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Tunisie - La diplomatie des bleus
Publié dans Business News le 05 - 02 - 2012

La décision de renvoyer l'ambassadeur syrien à Tunis est spectaculaire et restera dans l'Histoire. Moncef Marzouki, président provisoire de la République et Rafik Abdessalem, ministre provisoire des Affaires étrangères, ne pouvaient pas faire mieux pour faire parler d'eux. Leur célébrité dépassera, par cette décision, les frontières tunisiennes.
Il reste à savoir maintenant si cette décision entrera dans l'Histoire dans son volet positif ou négatif. Citera-t-on, demain, MM. Marzouki et Abdessalem comme des modèles de la diplomatie et du tact politique ou comme des incompétents qui prennent des décisions hâtives et populistes servant des intérêts autres que ceux publiquement déclarés ?
Ce n'est ni une insulte, ni un dénigrement que de qualifier notre président provisoire de la République et son ministre, tout aussi provisoire, des Affaires étrangères d'être des bleus. Sans expérience de la diplomatie, de ses exigences et de ses codes.
Et c'est dans les b.a.-ba de la diplomatie, de n'importe quel pays, d'éviter de prendre des décisions hâtives qui risquent de se retourner contre soi.
La révolution libyenne, dans un pays limitrophe avec qui nous avons énormément d'intérêts, s'est déclenchée quelques semaines après la révolution tunisienne. Et quand cette révolution s'est déclenchée, la Tunisie était totalement instable. Malgré cela, Mohamed Ghannouchi, puis Béji Caïd Essebsi, se sont refusé de prendre une décision hâtive pouvant nuire aux intérêts de la Tunisie, mais aussi aux intérêts des Libyens.
Il y avait pourtant des pressions américaines, qataries et françaises pour que la Tunisie s'implique dans le conflit libyen ne serait-ce qu'en accordant les autorisations nécessaires pour l'utilisation de son territoire et de son espace aérien.
Mais à aucun moment, à notre connaissance du moins, Béji Caïd Essebsi n'a pris de décision publique allant dans un sens ou dans l'autre. Son soutien s'est fait dans les coulisses et il n'a jamais cherché à le crier sur tous les toits. Dans certaines affaires, à la fois graves et délicates, le populisme n'a point de place. Sa réponse aux pressions ? « Les Etats font de la politique et non du militantisme ».
Moncef Marzouki et Rafik Abdessalem ont, peut-être, pris une décision qui va dans le sens de l'Histoire. Il est probable et espéré que Bachar El Assad soit éjecté dans les prochains mois, voire les prochaines semaines. Mais est-ce que l'excuse de prendre une décision dans le sens de l'Histoire justifie la précipitation ?
Aucun des pays, ouvertement hostiles au régime de Bachar El Assad, n'a osé agir ainsi. Ni les Etats-Unis, ni la France, ni le Qatar, ni l'Arabie Saoudite. Pourquoi alors la Tunisie devient-elle plus royaliste que les rois ?
Dans une déclaration à Al Jazeera, Rafik Abdessalem estime que son acte à l'encontre du régime « sanguinaire » d'El Assad va inciter le gouvernement à arrêter le génocide commis contre son peuple et à rétablir le cours de la vie normale dans les villes syriennes.
On en apprend des choses ! Si le renvoi d'un ambassadeur arrêtait les génocides, cela ferait belle lurette que l'on ne devrait plus parler de massacres humains alors !
Selon Rafik Abdessalem, le gouvernement tunisien, en tant que « gouvernement émanant de la volonté de la révolution, ne peut demeurer insensible au massacre du peuple syrien. La Tunisie, précurseur dans les révolutions arabes sera ainsi une des premières nations à soutenir les aspirations des peuples vers la liberté et la dignité ».
Sur ce point, M. Abdessalem a tout à fait raison. Que la Tunisie montre l'exemple, c'est souhaitable, glorieux et valorisant pour notre pays. Seulement voilà, il y a mille-et-une manière de montrer l'exemple. Avec une réaction disproportionnée, il y a un gros risque que cela cause un effet contraire.
Une directrice (de nationalité tunisienne) dans une entité diplomatique européenne, et bien qualifiée en matière de diplomatie, n'a pas ménagé sa critique quant à la réaction tunisienne, sa disproportion et son manque de tact. Selon son point de vue personnel, elle aurait, d'abord, rapatrié nos ressortissants puis attendu de voir. Si les massacres continuent, elle aurait rappelé notre ambassadeur à Damas. Si la machine à tuer continue à s'emballer, elle informerait alors l'ambassadeur syrien que sa présence n'est plus souhaitable. Elle conclut par dire « Notre président a fait le processus inverse. Que Dieu protège nos compatriotes restés en Syrie ! ».
Le Tunisien Ahmed Manai, observateur de la Ligue Arabe envoyé en Syrie, ne cache pas sa colère non plus. Il déclare que "la décision de renvoyer l'ambassadeur de la République syrienne à Tunis ne vient pas du président mais de Ghannouchi et du Qatar! C'est une honte. L'histoire retiendra qu'un pays arabe, berceau de la civilisation arabe et humaine a été sauvé de la destruction totale à laquelle le destinaient d\'autres pays arabes, par la Chine et la Russie. Je suis dans la mission des observateurs arabes en Syrie et je témoigne que le massacre exécuté ce matin à Homs, est le fait des groupes armés, dans le but manifeste de faire pression sur le vote du Conseil de sécurité."
Si, en apparence, la décision tunisienne est populiste et si, officiellement, elle cherche à montrer que la Tunisie est précurseur dans les révolutions arabes et se doit de soutenir le peuple syrien, il y a d'autres éléments qui jouent dans les coulisses et que le grand public ignore.
Beaucoup s'interrogent sur le rôle du Qatar dans la décision tunisienne. Dans leur communiqué, les partis Ettajdid et le PDP ont fait clairement allusion à ce point en rappelant l'implication de pays arabes, notamment du Golfe, et des pays occidentaux dans l'affaire syrienne.
D'autres s'interrogent et remettent clairement en doute le massacre de Homs qui coïncide, étrangement, avec la réunion du Conseil de sécurité. Bon à rappeler, on a bien utilisé les médias dans le conflit libyen afin de véhiculer de faux messages visant la déstabilisation de Gueddafi.
Y a-t-il, dans l'affaire syrienne, manipulation médiatique de la part de ces puissances étrangères pour monter l'opinion publique et influencer les membres du Conseil de sécurité ?
Bon aussi à noter, le silence de ces mêmes médias sur ce qui se passe actuellement au Bahreïn. Personne n'en parle comme si l'on cherchait à nous occuper qu'avec les crimes de Bachar El Assad.
Personne n'écoute attentivement ce que disent les Russes qui semblent déterminés,- du moins jusqu'à présent – à barrer la route à ce projet mené par les Américains.
Personne n'écoute, non plus, ces nombreux politologues arabes et occidentaux qui, de retour de Syrie, affirment que la situation est très loin d'être aussi catastrophique que le disent la plupart des commentateurs. Les mêmes qui attestent qu'il ne s'agit pas d'une révolution, mais d'une révolte armée menée par des islamistes et qu'elle risque de placer un régime islamiste radical dans un pays-poudrière ayant 14 ethnies. En clair, le risque que la Syrie connaisse le même sort que l'Irak après la chute de Saddam Hussein est bien réel.
Dans l'affaire syrienne, il y a tellement de zones d'ombre, tellement d'enjeux qui impliquent toute la région (notamment l'Iran et Israël) que la diplomatie tunisienne aurait gagné à jouer les prudents.
On aurait pu soutenir les Syriens et dénoncer les crimes d'Al Assad, sans aller jusqu'à ce point de non-retour en mettant en danger nos ressortissants vivant là-bas et qui reflète l'image d'une diplomatie inexpérimentée méconnaissant totalement les b.a.-ba de la politique étrangère. Pire, et si cela s'avère vrai, la Tunisie trois fois millénaire donne l'impression d'être à la solde d'un minuscule pays du Golfe.
Nizar Bahloul
Illustration : Photomontage


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