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De la justice dans l'injustice
Publié dans Business News le 14 - 04 - 2014

Ainsi donc, et après trois ans de procédures judiciaires, le tribunal a rendu son verdict dans le cadre de l'affaire des assassinats des martyrs de la révolution du 14 janvier 2011.
Les différents « responsables », emprisonnés depuis, ont été libérés ou le seront dans les semaines à venir. La décision judiciaire de ce samedi 12 avril a suscité la polémique et a provoqué la colère des familles de victimes.
Que les victimes soient en colère, cela se comprend. Il n'en saurait être autrement d'ailleurs. Leurs progénitures sont mortes et on ne sait rien sur l'identité des coupables. Ils croyaient dur comme fer que ces coupables s'appelaient Adel Tiouiri, Rafik Hadj Kacem ou Ali Seriati. Pour être coupable d'un crime, il ne suffit pas que l'on vous désigne comme tel. Il faut qu'il y ait des preuves et des dossiers solides. Un tribunal se doit d'être aveugle pour ne juger que sur pièces. Il se doit de se placer à équidistance entre la victime et le coupable supposé. Etait-ce le cas samedi denier pour le tribunal militaire ? La réponse est positive, selon plusieurs observateurs qui ont adopté un silence prudent. La réponse est négative, selon plusieurs autres observateurs qui ont usé d'un discours bruyant.
Pour comprendre le jugement de samedi dernier, il faut lire les milliers de pages des dossiers. Il faut surtout entendre tous les protagonistes. Dans son article publié jeudi dernier, Inès Oueslati s'est livrée à cet exercice en donnant la parole à l'avocat de l'une et de l'autre parties.
Pour juger les uns et les autres, il faut connaitre les textes de loi régissant toute société et se montrer imperméable aux pressions politiques et médiatiques.
Et il faut l'avouer, depuis trois ans, la justice ne vit que sous la pression politique et médiatique. On le voit encore depuis samedi dernier avec les communiqués des partis qui dénoncent la décision judiciaire relative à cette affaire fort complexe.
De quoi parle-t-on déjà ? De l'assassinat de centaines de martyrs et de la blessure de milliers de personnes lors de la période 17 décembre 2010 – 14 janvier 2011.
Officiellement, le nombre des martyrs tourne autour de 300 personnes. Concrètement, le nombre est inférieur. Il y a réellement des Tunisiens qui sont morts sous les balles des autorités. Mais il y en a d'autres qui n'ont de martyrs que le nom. Combien, parmi ces 338, sont morts parce qu'ils ont refusé d'obéir aux injonctions des agents des forces de l'ordre ou des militaires, alors qu'ils ont été pourchassés pour avoir dévalisé une banque, un supermarché ou une échoppe ? Combien sont morts parce qu'ils étaient en train de tabasser un représentant de la force publique, menaçant de le tuer ?
Quant aux blessés de la révolution, les témoignages sont nombreux quant aux faux blessés. Allez demander le nombre de ces usurpateurs à Samir Dilou, ancien ministre des Droits de l'Homme et qu'on ne peut vraiment pas soupçonner d'être un anti-révolutionnaire.
Il y a des cas, j'en connais un à Kasserine, qui se sont vus livrer une attestation de blessé de la révolution, juste parce qu'ils ont inoculé la vapeur de gaz lacrymogène. Une simple bronchite a suffi au médecin pour délivrer un certificat qui a permis, ensuite, l'obtention de l'attestation de blessé de la révolution.
Quant aux coupables désignés, l'affaire est encore plus complexe. Le cas d'injustice le plus flagrant est celui de Ali Seriati, ancien chef de la garde présidentielle. De l'aveu même de Moncef Marzouki, actuel président de la République, la garde présidentielle est totalement innocente des événements sanglants de la révolution. Dès lors, une question saute aux yeux. Comment la garde présidentielle peut être innocente, alors que son chef est coupable ? A titre de rappel, Ali Seriati est en état d'arrestation depuis le 14 janvier, alors que l'essentiel des martyrs de la révolution (les vrais martyrs comme les faux) est tombé sous les balles après cette date. A titre de rappel, sur les 338 martyrs, 69 sont morts avant la fuite de Zine El Abidine Ben Ali.
Le cas d'injustice le moins flagrant est celui de l'ancien ministre de l'Intérieur, Rafik Haj Kacem. Ce ministre limogé avant le 14 janvier est désigné par une certaine opinion comme étant le responsable des « assassinats ». L'idée est confortable et résoudrait beaucoup de problèmes politiques et populistes. Sauf que voilà, la justice ne fonctionne pas ainsi. Comment doit réagir un ministre de l'Intérieur quand il entend ses subordonnés demander des ordres face à un groupe d'individus encerclant un poste de police et menaçant de l'incendier ? La loi, rappelons-le, l'autorise à user de balles réelles après des tirs de sommation. D'ailleurs, son successeur dans le département, Ali Laârayedh a usé du même procédé et ce plus d'une fois. Rappelez-vous les morts du 14 septembre 2012 devant l'ambassade américaine. Pourquoi Rafik Hadj Kacem serait-il coupable, alors que Ali Laârayedh n'est même pas poursuivi dans une situation tout à fait identique ?
Ce type d'affaire est complexe. Pour les juger, il faut connaitre tous les éléments, lire tous les dossiers et entendre tous les protagonistes. Aucun média, aucun analyste et aucun homme politique ne peut dire qu'untel est coupable et qu'untel est innocent sans avoir fait le tour de l'ensemble de ces éléments. Seule une justice aveugle a le loisir de juger. Et cette justice se doit d'être aveugle et au dessus de la peine réelle et sincère des familles de victimes, mais aussi aux pressions et tergiversations des politiques dont les intérêts et calculs ne sont jamais loin de toute prise de position.
Depuis samedi, et l'annonce du jugement, on assiste à un concert de communiqués accablant la justice militaire. On assiste à des constatations plus populistes que pragmatiques, dangereuses pour l'Etat et la République. Qu'un parti manifeste son soutien aux victimes, cela est compréhensible, bien qu'il soit indécent de profiter des malheurs des autres pour faire sa campagne électorale. Mais qu'un parti remette en cause l'impartialité d'un tribunal sans avoir lu le dossier, c'est grave. Ces partis remettent aujourd'hui en cause l'existence même du tribunal militaire, alors qu'ils ne trouvaient rien à redire contre lui depuis trois ans. Ce n'est que lorsque le jugement leur a déplu qu'ils ont commencé à dénoncer son existence.
Les différents partis qui réagissent aujourd'hui aux verdicts savent parfaitement ce qu'est la justice et comment elle fonctionne. Ils savent parfaitement que cette justice a jugé sur la base de pièces irréfutables et non sur la base de personnes et leurs fonctions. Ils savent parfaitement que les coupables désignés ne sont pas réellement coupables des griefs qu'on leur reproche. Ils étaient au pouvoir et savent parfaitement comment l'appareil d'Etat fonctionne dans des cas pareils. Et quand ils étaient au pouvoir, ils étaient occupés à remplir leurs caisses, et celles de leurs proches, plutôt que de se préoccuper des affaires des vrais martyrs et de leurs droits. Quand ils étaient au pouvoir, ils n'ont pas contesté la légitimité du tribunal militaire. Ils n'ont pas non plus « rempli » les dossiers d'accusation et manifestent aujourd'hui leur surprise que ces dossiers soient vides. Ils n'ont jamais dit que les preuves ont disparu de ces dossiers, comme ils le font aujourd'hui.
La révolution tunisienne s'est faite dans le sang. Il y a eu plus 300 morts dont un certain nombre de martyrs. Que ces martyrs n'aient pas été vengés aujourd'hui, par cette décision judiciaire, c'est une évidence indéniable. A leurs yeux, il s'agit d'une injustice criarde et nul n'oserait leur dire le contraire. Mais que l'on essaie de profiter de ce jugement pour faire sa campagne électorale est indéniablement indécent. Plutôt que d'attaquer la machine judiciaire, qui n'est certes pas toujours juste et équitable, que ces parties épluchent plutôt les dossiers et présentent les preuves irréfutables de ce qu'ils avancent. Elles serviraient à faire en sorte que le dossier ne soit pas clos, que le mystère soit élucidé et que ne subsiste pas la question : Qui a tué ces Tunisiens du meurtre desquels le ministère de l'Intérieur est désormais innocent?


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