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Les experts s'indignent : L'effondrement économique guette la Tunisie !
Publié dans Business News le 26 - 02 - 2015

Diagnostiquer et évoluer la situation économique et financière actuelle dans le pays, l'augmentation des déficits et de l'endettement, outre les répercussions négatives du dernier emprunt obligataire contracté par la Tunisie, tant de sujets qui ont été débattus lors du séminaire organisé par l'Association tunisienne de gouvernance, sous la houlette de son président, Moez Joudi, en présence de nombres d'experts économiques tunisiens de renom. Deux experts économiques, on nommera Houcine Dimassi et Ezzeddine Saidane, nous livrent leur point de vue, leur analyse et recommandations quant au devenir de la situation économique en Tunisie. Tous s'accordent à dire que la situation est extrêmement difficile. Loin de l'alarmisme, nos experts se veulent réalistes. En vue de ce qu'ils avancent, la situation économique risque, sérieusement, de devenir désastreuse dans les années à venir.
Trouver des solutions pratiques et urgentes à la crise économique :
Ezzeddine Saïdane, expert financier, a brossé un tableau noir d'une situation économique en détresse. Une situation extrêmement difficile pour laquelle il est nécessaire d'analyser et surtout d'avancer des propositions et des idées de sortie de crise.
A ce propos, il a affirmé que le pays est « en crise grave aujourd'hui » et qu'aucune stratégie de sortie de crise n'a été formulée. « On ne pourra appliquer aucun programme, qu'il s'agisse des programmes des partis politiques ou autres, si une stratégie de sortie de crise n'est pas mise en place », nous assure-t-il. Au sujet du financement de la reprise et du sauvetage de l'économie tunisienne, l'expert affirme qu'aucune proposition n'existe sur ce point également. Sachant surtout qu'il faudra prendre en compte un ratio important et rarement mentionné : le taux d'épargne nationale à 13%. « Avant la révolution, la Tunisie était à une moyenne de 22 à 24% du PIB en tant qu'épargne et on sait tous que l'épargne sert à financer l'investissement et que l'investissement sert à créer la croissance et l'emploi… » Ainsi, selon M. Saïdane, la chute à 13% ne permet pas de faire plus de 3% de croissance, au maximum.
Une autre question a été posée par l'expert : Comment élaborer un nouveau modèle de développement en l'absence d'un ministère de l'Economie ? « On parle tous de la limite du modèle de développement économique en Tunisie ». Ezzeddine Saïdane assure que ce modèle a atteint ses limites et ne peut plus répondre aux besoins du pays. Il faut donc concevoir un nouveau modèle. « La question est qui va le faire aujourd'hui ? Si on regarde la composition du gouvernement, il y a un terme totalement absent qui est l'économie. Il faudra se demander où est la politique économique de la Tunisie et qui la concevra ?». L'expert craint qu'on continue à être dans le provisoire, dans le transitoire et l'apprentissage, ce qui est très inquiétant.
Aussi, il est lieu de se demander si la situation économique tunisienne est en train de plomber le processus de transition démocratique. Ezzeddine Saidane affirme qu'à l'heure actuelle, le pays ne se trouve pas dans une situation d'effondrement économique, ce qui voudrait dire que le sauvetage est possible, que des solutions doivent exister et qu'il faut les mettre en application pour sortir le pays de la crise. « Si on ne le fait pas, ce processus, dans sa totalité, sera mis en danger ». L'expert souligne que si on répondait à ces questions essentielles et intimement liées, il serait possible de trouver des solutions pratiques pour la situation de l'économie tunisienne.
« Un crime économique et financier contre l'économie en Tunisie » :
Le même expert signale que le taux d'endettement tunisien s'élève à 53,8%, rappelant qu'en 2010 ce taux était à 32%. « La Tunisie a perdu 15 points en 4 ans », dit-il. Et d'ajouter qu'il est nécessaire de se demander où ont été utilisés ces 15 points perdus : en créant de la croissance, de l'emploi ou en préservant l'économie nationale ? M. Saïdane fait savoir qu'il n'en est rien, puisque l'utilisation essentielle de cet endettement supplémentaire a été faite pour la consommation, les recrutements massifs au niveau de la fonction publique et les augmentations de salaire qui se traduisent en inflation.
En ce qui concerne la composition de la dette extérieure, il explique que tous les crédits qui ont été contractés au cours de ces 4 ans, sont des crédits à très court terme sur 5ans et assortis d'une période de grâce de 2-3ans, ce qui voudrait dire qu'il faudra s'attendre, en 2017 et 2018, à ce que la situation soit extrêmement tendue sur le plan du remboursement de la dette, avec l'accumulation d'échéances énormes. « C'est en soi un crime économique et financier en ce qui concerne la Tunisie », souligne-t-il.
M. Saïdane s'indigne de voir certaines voix dire que tant que la Tunisie n'a pas atteint les 60% de dette, c'est que ce n'est pas grave. Alors que le taux des 60% s'applique sur des économies qui fonctionnent, qui font 5, 6 voire 7% de croissance, quand la Tunisie n'en fait que 2%. Le pays est donc non créateur d'emploi et de richesses. « Quand le gouverneur de la Banque centrale dit de ne pas dramatiser le problème de la dette extérieure, c'est de l'inconscience totale ! », dit-il.
Quelqu'un doit des excuses au peuple tunisien !
Revenant sur les principales caractéristiques de l'emprunt obligataire, contracté par la Tunisie sur le marché international, Ezzeddine Saidane explique qu'il n y a qu'une seule échéance à la fin : « Au bout de 10 ans nous allons casquer un milliard de dollars et entre-temps nous payons les intérêts tous les 6 mois ». Il souligne que le taux apparent de l'emprunt est de 5,75% alors que le coût réel est supérieur à 6% parce que cet emprunt est assorti de commissions et de frais qui dépassent les 50 millions de dinars.
Par ailleurs, il assure que contrairement à ce qui a été annoncé, aucun investisseur n'a souscrit à cette opération. En réalité, il s'agit d'institutions financières qui ont tout simplement prêté à la Tunisie, et aucune de ces institutions ne va suivre cette participation par un investissement dans notre pays. Ezzeddine Saïdane crie au mensonge, accusant le gouverneur de la BCT d'induire en erreur les Tunisiens, tout en estimant que le timing de cette sortie sur les marchés internationaux est inapproprié. « La Tunisie n'avait pas besoin de cet argent à ce moment là ! Nous avons emprunté à un très mauvais moment ». L'expert révèle que cela créée un précédent, puisque la Tunisie en 2007 a emprunté sur les marchés internationaux à 0,4%, ce qui revient à dire que l'emprunt de 2015 a été fait à plus que 12 fois la marge à laquelle était habituée la Tunisie. Et à M. Saïdane de s'indigner : « Ceci est un crime à l'encontre des générations futures ! Quelqu'un doit des excuses au peuple tunisien ! Pourquoi cet emprunt et pourquoi en janvier 2015 ? ».
Les augmentations salariales dans le secteur public, une catastrophe !
L'ancien ministre de l'Economie et des Finances, Houcine Dimassi ne manque pas de s'attaquer au nouveau gouvernement Essid et à la puissante centrale syndicale UGTT, qui viennent de signer un accord pour le démarrage des négociations sur les augmentations salariales dans le public. Houcine Dimassi estime que l'augmentation des salaires est une catastrophe annoncée et que la Tunisie se dirige à grand pas vers le précipice. Visiblement très en colère, l'expert économique harangue le nouveau chef du gouvernement : « On s'attendait à un gouvernement de salut national, on se retrouve avec un gouvernement qui coulera le pays ! ».
D'après Houcine Dimassi, l'augmentation des salaires à raison de 750 mille fonctionnaires coûtera à l'Etat près de 2 milliards de dinars, ce qui équivaut à la somme de l'emprunt obligataire contracté par la Tunisie : « L'emprunt empoisonné, qui vient alourdir notre endettement, ira logiquement dans la majoration salariale. L'économie se détériorera encore plus sans que le niveau de vie ne s'améliore. C'est plus qu'une catastrophe si on pense aux générations futures qui vont porter le fardeau de cette dette ! ».
L'ancien ministre souligne par ailleurs, que le coût du dernier emprunt obligataire n'est pas le seul danger qui se pose. En effet, il rappelle que ce prêt a été contracté en dollars US et que dans ce cas, il faudra prendre en considération la chute que le dinar tunisien connait : « Si cette chute se poursuit au même rythme, quel montant réel devrions nous rembourser au final ? », s'interroge-t-il.
La crise économique de pire en pis !
Houcine Dimassi estime que l'économie tunisienne est rongée par des « maux qui sont en train de se transformer en maladies structurelles et chroniques ». En cause, les stratégies et les politiques des gouvernements qui se sont succédés depuis la révolution qui n'ont fait qu'empirer les chose. Le pire selon lui, c'est que le gouvernement Essid, issu des élections et qui peut se targuer de la légitimité, s'achemine vers ces mêmes politiques : Pas de vision claire, pas de cap, de stratégie ou de plan d'action !
L'ancien ministre s'est attelé à exposer une comparaison entre les 4 dernières années, après la révolution et celles d'avant. On apprend que la moyenne du taux de croissance du PIB est de 2,7% durant ces 4 dernières années alors que, pendant les 4 années précédant la révolution, elle était à 4,4%. Le plus grave c'est la moyenne enregistrée dans les secteurs créateurs de richesses, notamment l'industrie, l'agriculture, le tourisme, les mines ou les hydrocarbures, qui est de 1,3% contre 3,8%. M. Dimassi révèle également que durant les 4 années précédant la révolution, le déficit de la balance commerciale était en moyenne à 6,6 MD, il s'est élevé à 11 MD au cours de ces 4 dernières années, une hausse de 70%. Tout en s'indignant, Houcine Dimassi continue à égrener les chiffres alarmants, annonçant que le déficit du budget de l'Etat est passé à 3,8 MD durant ces 4 années au lieu de 1,1 MD ce qui voudrait dire qu'il a plus que doublé en un laps de temps très court. Quant à l'endettement extérieur, il est passé de 1MD à 4,5MD et la dégringolade du dinar tunisien face à l'Euro est de 3,3 en moyenne. Elle est de 4,7% face au dollar US.
Les raisons de cette situation de crise sont, d'après Houcine Dimassi, dues à plusieurs facteurs exogènes et endogènes. Les causes externes consistent en la flambée des prix des matières premières dans le monde, le manque de ressources naturelles (Pétrole, Gaz…), la crise économique en Europe et la guerre en Libye. Pour ce qui est des facteurs internes, il s'agit des augmentations « aberrantes » dans les salaires et les primes, la multiplication des mouvements sociaux, les recrutements massifs dans le secteur public, la violence et le terrorisme, et finalement et surtout, le retard de la mise en place des réformes structurelles de sauvetage.
Les experts présents au débat ont tous été unanimes quant à la nécessité de mener des mesures « guerrières » contre cette crise économique qui risque d'aller en empirant. Une crise qui risque d'entrainer le pays dans une spirale dont il serait très difficile d'en sortir. La Tunisie, au bord du gouffre, les experts s'attendaient à ce que le nouveau gouvernement mené par Habib Essid commence tout de suite à travailler, à mettre en place une stratégie et un plan d'action. Cependant, et selon l'avis général des experts réunis, l'équipe ne semble pas comprendre l'urgence de la situation. Malgré le marasme dont souffre notre économie, il serait encore possible de redresser la barre avant que le bateau ne coule pour de bon.


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