Tunisie – Béja : 800 familles risquent d'être coupées du monde    La Tunisie encourage un système d'échange de droits d'émissions de gaz à effet de serre    Pluies temporairement orageuses sur le nord, demain    Tunisie : [vidéo] hichem Ben Ahmed rejette l'imposition d'une taxe d'entrée de 30 euros sur les touristes étrangers    Coupe du monde des Clubs : L'Espérance de Tunis effectuera sa première séance d'entraînement    Cellcom lance les smartphones Neffos en Tunisie    Un autre mandat de dépôt à l'encontre de Sami Fehri    Ligue 1 : Malgré la crise administrative, l'Etoile du Sahel frappe fort    Tunisie : Saïd Jaziri : [vidéo] “Le projet de loi de finances 2020 aura un impact catastrophique sur le citoyen tunisien”    Google rend ses produits plus accessibles pour les arabophones    City Cars – Kia fête ses 10 ans et organise un Test Drive    La Tunisie et l'Allemagne mènent des consultations autour des perspectives de la coopération bilatérale dans le domaine du développement    DarDéco 2019: 16e édition du salon de la décoration et du design du 13 au 22 décembre    Ouverture à Tunis des travaux du Congrès des dirigeants arabes de la Police et de la Sécurité    Youssef Chahed limoge le PDG de l'agence TAP Rachid Khechana    Ligue 1 : L'Etoile du Sahel pour faire oublier la crise administrative    La plus jeune première ministre au monde a 34 ans! Liste des jeunes dirigeants du monde en 2019    La BCT commente la polémique autour du Comité de Pilotage de l'Etude Stratégique    Tunisiens et Algériens projettent la création d'une Zone de détente et de loisirs au niveau des régions frontalières communes en plus d'autres projets    Officiel: le PDG de la TAP limogé    Le Parlement rejette la proposition d'appliquer une redevance de 30 euros aux touristes étrangers    Naples : Carlo Ancelotti limogé (Officiel)    Dr. Mahmoud Smida élu meilleur chercheur au monde en orthopédie pédiatrique    Aouidette : La légitimité émane du peuple et non pas de la religion.    Les joueurs de Naples soutiennent le club Africain    LC Europe (Poules / 6è j): le programme de ce mercredi    Premier Congrès National sur les stratégies de Prévention de l'extrémisme violent en Tunisie    Comment éviter d'attraper la grippe ?    L'émouvant message d'Amina Sta à son père...    Le Président de Rugby Afrique le Tunisien Khaled Babbou réélu comme membre exécutif de l'Union des Confédérations Sportives Africaines    Arrestation de deux clandestins italiens à Nabeul    Tunisie : Un numéro vert -80104500- pour signaler les cas de violence et discours haineux contre les élèves    Radio Nazaha : La première Web-Radio dédiée à la lutte contre la corruption est lancée (vidéo)    Le Syndicat des médecins du secteur privé mettent fin au contrat les liant à la CNAM    Crainte d'un bilan plus lourd en Nouvelle-Zélande après l'éruption d'un volcan    JTC 2019 : Nebil Daghsen & la LIPA tous les jours à l'Avenue de Tunis et le 12 Décembre au Mondial avec “Sangate Ebola”    Programme TV du mardi 10 décembre    Ce mardi 10 Décembre «Journée internationale des Droits de l'Homme», en Tunisie et ailleurs ! Et puis après…    Tunisie : Des foyers et restaurants universitaires en cours de construction dans 11 gouvernorats    Success Story TN : Saïda Meherzi : Entrepreneuse en écotourisme de Kesra    La Turquie renvoie 11 djihadistes français    Robert Redford honoré au Festival international du film de Marrakech qui lui décerne l'Etoile d'Or    En vidéo : MG partenaire de la 5ème édition du Festival international des musiciens et artistes handicapés    Ahmed Mejri participe avec plusieurs artistes musiciens saint-louisiens à un atelier de musique-fusion au Sénégal    Success Sotry TN: Nour Bellalouna de Nabeul, artisane et entrepreneuse (Vidéo)    Journées Architecturales de Carthage 2019: remise des prix    Londres : VIDEO : Attaque terroriste au couteau : Plusieurs blessés… L'agresseur abattu par la police    Vidéo Buzz : Quand de jeunes tunisiens sauvent une baleine bloquée à la marina de Bizerte    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Ces parents indignes
Publié dans Business News le 12 - 04 - 2019

Cas d'agressions sexuelles commises par un membre du cadre enseignant, enfants maltraités dans une école coranique, enfants exposés dans des spots publicitaires à l'esthétique discutable, les cas d'enfants tunisiens menacés sont nombreux dans la presse ces dernières semaines. Si leurs agresseurs sont connus, qu'en est-il du rôle des parents ?

Le scandale de l'école coranique de Regueb a bouleversé l'opinion publique. Au mois de février, des parents sont sortis manifester après la fermeture d'une école coranique dans laquelle 11 cas de pédophilie ont été avérés sur des enfants âgés entre 10 et 18 ans. L'image de ces parents qui ont demandé à ce que leurs enfants soient réintégrés, dans cet établissement aux pratiques illégales, a étonné l'opinion publique et suscité des interrogations sur le rôle et la responsabilité que doivent jouer les parents afin de garantir la sécurité et l'intégrité physique et mentale de leurs progénitures.

Un autre cas a récemment suscité l'indignation générale. Celui d'un instituteur dans une école publique de la ville de Sfax, accusé d'avoir agressé sexuellement plus de 20 élèves, filles et garçons. Des agressions qui auraient été commises durant les séances de cours particuliers donnés par le professeur. Un nouveau pavé jeté dans la mare des très controversés cours particuliers, mais qui a participé aussi à une prise de conscience collective de la nécessité d'encadrer et de protéger de très près les enfants contre les agressions sexuelles en milieu scolaire, mais aussi contre les différentes formes de maltraitances dont ils pourraient faire l'objet.

Pour le docteur Fatma Charfi, pédopsychiatre à l'hôpital Mongi Slim de La Marsa, il existe trois types de maltraitances : physique (châtiments corporels, agressions physiques…), sexuelle (attouchements, viols…) et psychologique (dévalorisation, instrumentalisation dans des conflits parentaux…). Interrogée par Business News, Dr Charfi explique que « les trois formes de violences sont très fréquentes », ajoutant que « dans la plupart des cas, ces violences émanent du milieu familial », et ce selon les cas observés en milieu clinique ou à travers les enquêtes effectuées par les délégués de l'enfance. « Très souvent, l'agresseur est un membre de la grande famille, à savoir un oncle, un cousin…Il y a, en effet, beaucoup plus de cas d'incestes que d'abus sexuels commis par des personnes étrangères à l'enfant ».
Dans ce cas-là, comment interviennent les parents pour protéger leurs enfants? D'après Fatma Charfi, «pour prévenir les violences sexuelles, il faut réaliser tout un programme d'éducation sexuelle, et ce dès l'âge de 4-5 ans. Dans plusieurs pays, l'éducation sexuelle fait partie des programmes scolaires et est destinée aux enfants mais aussi aux parents ».
Dr Charfi ajoute dans ce sens que « les parents ne peuvent à eux-seuls réaliser tout le travail de prévention nécessaire contre les agressions sexuelles ». Mais des mécanismes simples existent : « il suffit d'apprendre à son enfant que son corps lui appartient et de savoir dire non ». Dans ce cadre, la pédopsychiatre est claire : « en matière d'agression, la notion de consentement n'existe pas chez un enfant. En cas d'abus, un enfant est toujours victime !». Les parents sont aussi appelés, de l'avis de la spécialiste, à éviter les châtiments corporels sur leurs propres enfants mais aussi de les exposer aux violences conjugales. « Les problèmes de couple ne doivent pas se manifester devant les enfants », prévient le médecin.

Selon l'enquête réalisée par l'Unicef sur la Tunisie, datant de 2012, 93,2% des enfants tunisiens seraient victimes d'une « discipline violente », une pratique très courante et même, dans certains milieux, largement acceptée et décomplexée. En plus des châtiments corporels, d'autres pratiques certes moins répandues font partie du folklore dans certaines régions ou milieux bien déterminés.
Sonia Blibech, professeur en pédiatrie et réanimation néonatale à l'hôpital militaire de Tunis ne cesse de dénoncer certaines de ces pratiques. Parmi les cas les plus choquants, ceux de scarifications et de brûlures infligés à des nouveau-nés.
« 10% des enfants examinés le 21 février à Remada (gouvernorat de Tataouine) portaient des cicatrices indélébiles de brûlures péri-ombilicales. Des nourrissons continuent d'être brûlés à vif à un âge de moins de 12 mois. Des cicatrices indélébiles témoignent de ces sévices faits à des enfants sans défense livrés par leurs parents, habités par des idées reçues, à des charlatans sans loi, ni foi et avec préméditation qui les brûlent à vif par des bouts de tiges d'arbre en feu », dénonce Sonia Blibech sur sa page Facebook.
Il s'agit, selon Pr Blibech, de « traitements de la constipation et des coliques chez les nourrissons » pratiqués par « des mamans de niveau scolaire secondaire […] qui ignorent que la douleur induite par les brûlures est ressentie chez les prématurés jusqu'à six fois plus que les adultes, qui ignorent les effets néfastes psychosomatiques à court, moyen et long terme sur ces enfants ».
Le médecin s'indigne : « Ces charlatans qui s'attaquent à des enfants sans défense ignorent que la violence contre des enfants en croissance est le meilleur moyen de générer des esprits violents, voire criminels et terroristes ».
Dans une déclaration à Business News, Pr Blibech explique observer des cas de scarification depuis qu'elle est résidente à l'hôpital d'enfants, soit dans les années 90. Une pratique loin d'être récente qui, en plus, est très répandue dans plusieurs régions du pays, y compris la capitale. Le médecin explique avoir contacté à plus d'une reprise les délégués de l'enfance pour alerter contre ces cas en dénonçant un enfanticide volontaire, compte tenu de la gravité des blessures infligées à ces nouveau-nés. « Un jour, alors que l'assistante sociale alertait le délégué de l'enfance sur un cas de scarification, ce dernier lui avait demandé s'il s'agissait de "scarification ordinaire" ou "criminelle".» Sonia Blibech raconte même le cas d'un nouveau-né, âgé d'à peine 36 heures, qui a été scarifié par une parente dans l'enceinte même de l'hôpital. Selon le Pr Blibech, plusieurs nouveau-nés avaient même succombé à ces mauvais traitements infligés par leurs parents ou par des proches.

Juridiquement, le statut d'enfant victime reste flou dans le code de protection de l'enfance promulgué depuis 1995. Si une évolution législative a déjà été entamée, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer les mécanismes juridiques de protection des enfants contre les différents dangers qui les guettent.
Ceci vaut de l'exposition des enfants sur les réseaux sociaux ou dans les spots publicitaires, aux cas d'abandon scolaire, d'exploitation économique et d'agressions sexuelles. Plusieurs enfants sont, par ailleurs, victimes de harcèlement scolaire et de violences familiales sans que cela ne suscite autant d'indignation qu'il le faudrait.

La place de l'enfant prend de plus en plus d'importance dans les sociétés et la Tunisie n'est pas en reste. Le statut d'enfant qui a son mot à dire vient, petit à petit, évincer celui d'un enfant stigmatisé et qu'on éduque avec des notions de rigidité mêlée à de la honte. Le fait de dénoncer une agression sexuelle reste un fait assez isolé face aux nombreux cas de viols et d'attouchement pédophiles qui restent souvent impunis car culpabilisés. Derrière cela, un manque de communication avec les parents et une notion de consentement parfois même incomprise.
Des parents qui auraient certes, eux-aussi, besoin d'un encadrement afin de savoir gérer des enfants, dans des conditions difficiles et face à beaucoup d'ignorance. Dans certains cas, des mesures punitives et dissuasives devraient même être appliquées contre des parents qui mettent en danger leurs propres enfants. Enfants que l'Etat se doit de protéger, lorsque leurs intérêts et intégrité sont en jeu.

Tout mettre sur le dos des parents serait certes méconnaître les mécanismes qui doivent accompagner un enfant dans son évolution. Cependant, leur rôle est primordial pour former les adultes de demain. La maxime selon laquelle les enfants seraient le miroir de leurs parents est à prendre très au sérieux…


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.