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Balance ton porc...tunisien !
Publié dans Business News le 17 - 10 - 2019

Comme pour dire que la rue, qui a toujours appartenu aux hommes et qui leur appartient encore aujourd'hui, devrait aussi devenir la leur, les femmes ont crié leur colère sur la toile. Le mouvement #EnaZeda, petit cousin de #MeToo, lancé aux Etats-Unis il y a quelques années, a permis de délier les langues. Galvanisées par une présumée affaire de harcèlement touchant l'un des futurs députés de la nation, les femmes balancent sur la toile toutes les agressions dont elles ont été victimes. Toutes, ou presque, ont des « incidents » à raconter. Y compris l'auteure de ces lignes…

Des mains baladeuses dans la rue, des passants qui vous traitent de « pute » parce que vous résistez à leurs avances ou que votre tenue ne leur plait pas, des passagers qui vous collent un peu trop dans les transports… Ce genre d'histoires fait partie du folklore national. On ne s'en offusque presque pas, puisque tombé dans une banalisation qui le rend si ordinaire. Aux filles qui racontent avoir été « gentiment » agressées, ou abordées avec « un peu trop d'insistance » dans la rue, on leur répond qu'elles n'auraient pas dû arborer tel ou tel comportement, sortir tard dans la rue, porter des tenues « légères ».... En gros, elles l'ont forcément un peu cherché et, au lieu d'être à 100% victimes, elles deviennent en partie fautives de l'agression qu'elles subissent. Un peu comme les victimes de viol à qui on demande, presque automatiquement : « Que portiez-vous au moment des faits ? ».
Sur la toile, certaines femmes courageuses ont décidé de ne plus subir ces agressions dans l'omerta générale et de parler en brisant le poids de tabous, encore très lourds. Quelques jours après la création de ce groupe, et la publication de cet article, plusieurs hommes, certes moins nombreux, ont eux aussi raconté sur le groupe les sévices dont ils ont été victimes.

Derrière ce mouvement général sur la toile, la campagne #MeToo née en 2007 aux Etats-Unis, et relancée en 2017 pour encourager les femmes, victimes de violences sexuelles, à partager leurs expériences. Mais aussi le hastag #BalanceTonPorc, qui a été largement démocratisé sur les réseaux, il y a deux ans, pour dénoncer les cas de harcèlement sexuel et d'agression.
En Tunisie, plus récemment, une supposée affaire de harcèlement dont le principal accusé est un futur élu du peuple a encouragé les femmes à parler. Zouhair Makhlouf, ancien vice-président de l'Instance de la justice transitionnelle, l'instance Vérité et Dignité, et élu aux législatives d'octobre sur les listes de Qalb Tounes, parti de Nabil Karoui. Jeudi 10 octobre courant, des photos compromettantes ont circulé sur les réseaux sociaux montrant Zouhair Makhlouf dans son véhicule, à moitié dénudé.
Les photos ont été prises par une jeune fille qui a dénoncé un harcèlement sexuel subi de la part de l'élu qui l'aurait, selon ses dires, suivie à proximité de son lycée. Si Zouhair Makhlouf a nié les faits dans un post Facebook, affirmant qu'il s'était arrêté « pour uriner », une enquête a été ouverte et l'élu a été auditionné, le 14 octobre, dans une affaire de harcèlement sexuel et d'atteinte à la pudeur.

Une telle affaire aurait été facilement passée sous silence si des photos compromettantes n'avaient pas circulé sur la toile et ébranlé l'opinion publique. C'est dire que les cas de harcèlement sexuel de ce type – même si la culpabilité de Zouhair Makhlouf n'a pas encore été prouvée à l'heure actuelle – sont très courants dans la rue tunisienne.
Sur le groupe créé à l'occasion, où les membres sont aussi bien des hommes que de femmes, des jeunes filles pour la plupart dénoncent des cas d'agression dont elles ont été victimes. Victimes « ordinaires », dans un taxi, sur leur lieu de travail, dans la rue, dans les transports en commun, et même au sein des universités et des lycées ou collèges, les victimes racontent des détails qui sont familiers à de très nombreuses femmes.

« À 19 ans, je prends le métro 2 pour aller travailler. A l'arrêt Mohamed 5, un homme monte (dans un métro plein à craquer), je suis collée à la porte, mon sac contre ma poitrine. Il sort son pénis, le colle à ma cuisse, et se frotte à moi jusqu'à éjaculer sur mon pantalon. J'ai hurlé, crié, personne n'a réagi, les gens évitaient de regarder dans ma direction, dès que la porte s'est ouverte je tombe à genoux sur le sol, ou une dame m'aide à me relever, et je pars en courant au travail où mes collègues m'expliquent que cela fait partie du quotidien de toutes les femmes dans les transports en commun », peut-on lire parmi les témoignages.

« Dans mon quartier, j'ai deux ou trois fois échappé aux garçons de la houma [quartier], aussi lors d'une randonnée avec des amies, un jeune de notre âge (12-13 ans) courraient derrière nous pour nous attraper ... Chez ma nounou, son cousin a failli me piéger, il s'est dénudé et s'est masturbé devant moi et moi, pour je ne sais quelle raison, j'ai fait comme si je ne l'avais pas vu et je n'ai raconté ça à personne », raconte une autre jeune fille.

D'autres évoquent, sur le groupe mais aussi sur la toile en général, des professeurs « un peu trop insistants » qui n'hésitent pas à recaler des étudiantes qui ont résisté à leurs avances ou encore des patrons qui vont jusqu'à mettre une employée dehors car « elle leur a dit non ».
Des hommes - qu'ils soient hétérosexuels ou homosexuels - racontent par ailleurs avoir été abusés par des hommes et des femmes dont certains faisaient même partie de leur entourage. Cousins, camarades de classe, membres de la même famille, personnel enseignant... ont participé - dans l'omerta générale - à abuser de ces jeunes hommes, à les harceler et même à les violer. Ces hommes évoquent même le traitement qui leur a été réservé par la société, qui a tendance à les stigmatiser et refuse de les considérer comme des victimes. Réactions qui les ont, pendant des années, empêchés de parler et de dénoncer.

Les messages postés sur ce groupe sont généralement accueillis par des commentaires de soutien et d'encouragement. Une sorte de thérapie de groupe permettant à certaines de ces femmes d'exorciser les traumatismes laissés par des agressions à répétition. Pour d'autres, en revanche, en parler reste une tâche difficile nécessitant accompagnement professionnel et thérapie. Ce que le groupe n'hésite pas à recommander d'ailleurs.

L'agression et le harcèlement, s'ils ont très souvent, une connotation sexuelle, sont avant et surtout liés au pouvoir. A qui appartient le pouvoir justement dans la rue ? Dans un pays à l'arsenal juridique bien fourni mais aux pratiques encore largement patriarcales, la rue appartient souvent aux hommes. Si certains se permettent de harceler et d'agresser, dans l'indifférence générale, c'est qu'un rapport de force s'est installé depuis des années leur conférant une impunité certaine. Malgré les lois qui existent et notamment la nouvelle loi contre les violences faites aux femmes, entrée en vigueur en février 2018, faute de volonté de faire bouger les choses, tout ceci reste de l'encre sur du papier…


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