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Donner du temps au temps
Médecine de spécialité dans les régions
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 12 - 2015

Le drame récent vécu par une famille de Tataouine et consistant en le décès d'une femme enceinte, par manque de médecins, ravive une situation complexe et qui est loin d'être réglée, à savoir la disparité de répartition des médecins à travers le territoire
En vérité, recomposer notre carte sanitaire est une tâche ardue et bien des pays, dits évolués, continuent à peiner afin de pourvoir en médecins des patelins perdus aux fins fonds de la campagne. La Tunisie ne fait donc pas exception en matière de réticence des médecins, notamment des spécialistes, à s'installer dans de petites agglomérations, loin des grandes villes.
Face à ce problème aussi complexe que vital, le ministère de la Santé n'a pas ménagé ses efforts, essayant les solutions l'une après l'autre. L'une d'elles, qui consistait à imposer aux spécialistes fraîchement promus de passer trois ans dans une région déshéritée, a déclenché une grève des résidents en médecine, grève ayant duré près d'un mois entravant la bonne marche des services hospitaliers.
En vérité, reconstruire la carte sanitaire du pays passe par deux exigences que les citoyens n'acceptent pas toujours aisément : la première consiste à se donner le temps, et la seconde à ne pas résoudre le problème de manière quantitative, c'est-à-dire par un plus de médecins, dans toutes les régions, ce qui est hors de notre portée.
Solution qualitative
Envisager la solution sous l'angle quantitatif mène à des situations particulièrement difficiles. Prenons le cas de la gynécologie- obstétrique à l'hôpital de Tataouine : un médecin gynécologue volontaire y a travaillé aux mois de juillet et d'août derniers, effectuant 208 accouchements (dont 57 césariennes) en juillet, et 298 accouchements (dont 71 césariennes) en août. Ainsi, si on se concentre sur la gynécologie-obstétrique, l'hôpital de Tataouine exigerait un minimum de quatre gynécologues permanents, de manière à ce que chacun n'assure qu'une garde tous les quatre jours, ce qui est un rythme considéré comme acceptable. Il faudrait aussi que ce spécialiste soit entouré d'un réanimateur, d'un radiologue, d'un pédiatre spécialisé en néonatalogie. Si on extrapole à d'autres spécialités, comportant des urgences vitales (et bien peu de spécialités en sont dépourvues), cela suppose un nombre considérable de médecins pour faire fonctionner convenablement l'hôpital de Tataouine, ceci sans compter que le drame survenu à Tataouine aurait pu se dérouler à Souassi, ou Thala, ou Hajeb El Ayoun, et que chacune de ces localités est dans la même situation de besoins, en termes de plateau médical d'urgence. Autant dire que la chose est quasiment irréalisable dans l'immédiat.
En vérité, il faudrait, sans doute, envisager de prendre le problème par son bout « qualitatif ». En d'autres termes, il faudrait renforcer la présence médicale là où des structures complémentaires (et un personnel ) sont déjà présentes. Ce sont de pareils centres qu'on devrait peupler d'un plus grand nombre de spécialistes. Ainsi, s'il y avait plus de gynécologues à l'hôpital de Médenine, la patiente en question y aurait été transférée et on aurait peut-être pu la sauver... A cela, le ministère objecte que les spécialistes n'acceptent que difficilement d'aller s'installer à Medenine, Beja, ou Kasserine. Là, il faut sans doute faire jouer la loi de l'offre et de la demande. Lorsqu'on propose à un spécialiste, n'ayant pas trouvé de poste à Tunis, de rejoindre un centre médical « secondaire », moyennant rétribution confortable ( supérieure à celle de ses collègues de Sousse ou Tunis), et éventuellement possibilité de se livrer à une activité privée complémentaire, il y a de fortes chances de le voir accepter. En revanche, lui proposer de passer ses trois premières années de spécialité à Tataouine, c'est s'exposer à un refus quasi certain.
Repositionner le médecin de famille
On peut déplorer le manque de sens citoyen de nos jeunes médecins, mais on doit aussi comprendre que, parvenu au stade de spécialiste, le médecin en question a déjà de longues années d'études derrière lui et bien des concours dont certains sont harassants. De plus, il a dépassé la trentaine et est souvent pourvu d'une famille. Quoi de plus légitime qu'après des années consacrées aux études, il veuille édifier sa vie personnelle, acquérir un logement et profiter un peu de la vie. Or avouons qu'il est actuellement difficile de « profiter de la vie », à Tataouine, et cela malgré l'extrême beauté du paysage. Tout cela doit être pris en compte lorsqu'il s'agit de refondre la carte sanitaire du pays.
Dans ce cas, quelle pourrait être la solution ? Sans doute est-elle à chercher du côté d'un corps que les facultés de médecine entendent développer et qui est celui du « médecin de famille », c'est-à-dire un praticien ayant une formation suffisante dans les domaines où des urgences peuvent survenir, qui serait à même d'entreprendre les premiers soins et pourrait très vite aiguiller le patient vers un « centre secondaire », qui le prendrait en charge de manière adéquate. Cela suppose une structure en réseau (chaque hôpital régional étant relié à un hôpital de plus grande envergure), ainsi qu'un nombre suffisant d'ambulances médicalisées, pour parer à toutes les éventualités, et cela à toute heure du jour et de la nuit. Dès lors, plutôt que de multiplier les spécialistes dans les régions éloignées, il faudrait penser à équiper ces régions en médecins de famille. Ceux-ci seraient, avec un peu de chance, adoptés par la population, intégrés dans le cercle des notables de la région. Leur connaissance personnalisée des malades (comme seul un médecin de famille est en mesure de le faire) leur confèrera le respect et l'affection de la population, ce qui constitue un point extrêmement positif. Cette valorisation morale, jointe à des avantages matériels, en termes d'émoluments, pourrait convaincre les praticiens de s'implanter dans ces régions, comme c'est le cas dans d'autres pays, dont la France où le médecin de famille joue un rôle essentiel dans la santé des habitants de la bourgade dont il a la charge, tout en assumant également des responsabilités sociales voire politiques.
Centres hospitalo-universitaires régionaux : le dilemme
Autre point : un projet semble sur le point de se concrétiser et concerne l'accession de certains hôpitaux régionaux, dont celui de Sidi Bouzid, au statut de centres hospitalo-universitaires. Un pareil projet porte autant de promesses positives que de difficultés. Au plan positif, les résidents en formation dans pareil hôpital auront plus de facilité à passer au grade d'assistant puis de maître de conférences agrégé, dans le même établissement, ce qui garantira des générations d'hospitalo-universitaires dédiées à la région. Mais une telle entreprise suppose d'aplanir un grand nombre de difficultés et de combler des carences. La plus évidente est l'absence de faculté de médecine à proximité. Faculté et centre hospitalo-universitaire sont deux pôles indissociables dans la formation médicale et notamment lorsqu'il s'agit de former de futurs spécialistes. Comment imaginer des internes ou des résidents en formation loin d'une institution qui leur permettrait de suivre des masters, ou des diplômes post-universitaires, voire de participer à des séminaires de formation, sous l'égide du collège de leur spécialité ? Il est difficile d'imaginer qu'ils fassent à chaque fois le trajet jusqu'à Sousse ou Monastir pour ce genre de formation théorique. Une seconde difficulté réside dans le « démarrage » : créer des services hospitalo-universitaires, soit ! Mais qui les dirigera ? Comment trouver, dans chaque spécialité, une équipe de professeurs, d'agrégés, et d'assistants susceptibles d'assurer la bonne marche de ces services et surtout d'encadrer ces jeunes résidents en formation ?
Ainsi, le temps est un facteur qui s'impose de lui-même : il faut du temps, beaucoup de temps, pour qu'on puisse garantir à chaque citoyen la qualité et la proximité des soins auxquels il a droit. Les meilleurs projets, les intentions les plus sincères butent sur le facteur temps comme sur un obstacle incontournable.
Il y aura un jour des médecins à Tataouine, médecins de famille ou autres... La couverture sanitaire du pays ne peut aller qu'en s'améliorant. Reste que le citoyen doit, pour l'instant, faire avec les solutions provisoires que le ministère de la Santé s'échine à mettre en place pour garantir le minimum requis de soins dans les différentes régions du pays.


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