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B'chira Ben M'rad était-elle plus proche de Salah Ben Youssef que de Habib Bourguiba?
Opinion
Publié dans La Presse de Tunisie le 17 - 03 - 2016

Une question qui m'a interpellé alors que je m'apprête à sortir mon nouveau livre (1) les jours prochains, peut-être à l'occasion de la nouvelle session de la foire du livre (25 mars-3 avril 2016)
Par Hatem KAROUI*
Ce livre effleure ce thème mais n'y répond pas directement, car il est surtout dédié à l'itinéraire global de cette grande militante féministe qu'était B'chira Ben M'rad
Pourquoi il est difficile d'y répondre? Certainement parce que B'chira était surtout préoccupée de laisser une place importante à la femme tunisienne, une fois le pays libéré. Naturellement, autant Ben Youssef que Bourguiba étaient des musulmans nationalistes, mais Bourguiba penchait de façon nettement plus franche vers la laïcité.
Je m'en suis convaincu alors que je suivais la trace de Bourguiba alors qu'il était encore élève au lycée Carnot de Tunis et plus encore lorsqu'il était étudiant à Paris.
Bourguiba, après plusieurs manœuvres «stratégiques», avait en particulier opté pour la modernisation de la femme tunisienne. Au départ, il avait exprimé son soutien du port du voile (2) et il avait réaffirmé cela lors du Congrès Eucharistique de 1931. Mais il s'était ensuite révisé pour adopter la position de Haddad et se démarquer du courant religieux.
Il se trouve que Salah Ben Youssef avait, lui aussi, poursuivi ses études secondaires au Lycée Carnot et y avait obtenu son Bac six ans après Bourguiba. Les deux avaient une culture parfaitement bilingue et les deux avaient poursuivi leurs études supérieures à la Sorbonne à Paris. Mais Ben Youssef avait penché plus tard, notamment durant son séjour en Egypte, davantage vers les milieux conservateurs d'Al Azhar, et aussi de la Zitouna en Tunisie.
Le deuxième avantage qu'avait pris Bourguiba sur Ben Youssef devant l'opinion c'est l'affirmation de la justesse de ses vues quant à l'issue de la guerre. Alors que Ben Youssef prônait de suivre les forces de l'Axe, satisfaisant ainsi la sympathie des masses tunisiennes pour les Germaniques avec qui ils étaient en osmose, car ils pensaient qu'ils allaient les débarrasser définitivement de l'occupant français, Bourguiba a clairement affiché son soutien des Alliés, car il avait justement envisagé que les Allemands allaient s'effondrer.
Les deux avaient aussi fréquenté assidûment l'Aemna en France en même temps que les autres diplômés qui ont plus tard pris les rênes de la Tunisie avec plus ou moins de succès en fonction de leur orientation politique initiale, tels que le Dr Salem Echedli (3), le Dr Ahmed Ben Miled, le Dr Slimane Ben Slimane, Hédi Nouira, Mongi Slim, Chedli Khairallah, Tahar Sfar, Mohamed Sakka, Ali Belhaouane, Hédi Khéfacha, Férid Bourguiba (le cousin de Habib Bourguiba), etc.
L'Association des étudiants Nord-Africains créée en 1927 (4) a ainsi constitué l'organisme majeur ayant fédéré et regroupé les mouvements nationalistes et ayant conduit à l'indépendance des pays maghrébins.
Mais l'adhésion à cette institution a laissé beaucoup de zones d'ombre sur le parcours de ses membres et dirigeants. Si Salem Echedli, Ahmed Ben Miled et Tahar Sfar ont laissé les projecteurs éclairer leurs visages en devenant respectivement président, secrétaire général et président adjoint de l'Aemna, d'autres comme Bourguiba et Ben Youssef ont préféré jouer un rôle trouble en se faisant représenter au bureau exécutif et en manœuvrant de l'extérieur.
Certains ont gardé constamment leur habillage politique comme Ahmed Ben Miled et Slimane Ben Slimane, qui ont pris des risques en proclamant ouvertement leur appartenance à la cause communiste, d'autres comme Bourguiba ont tangué entre l'Etoile nord-africaine créée en 1926 et suscitée par le PCF et l'Aemna (5) qui mélangeait le regroupement de plusieurs tendances politique dont celle de la droite.
Par la suite, l'Union des femmes musulmanes de Tunisie (Umft), créée par B'chira Ben M'rad et ses sœurs, n'a procédé à aucune discrimination au niveau de l'octroi de l'aide financière aux étudiants tunisiens appartenant à l'Aemna en fonction de leur tendance. Les fêtes caritatives que l'Umft organisait en Tunisie ont ainsi servi en aide aux étudiants indigents et appauvris pour leur permettre de finir leurs études et arracher les postes de direction politique qui attendaient certains d'entre eux dans leur pays.
C'est au moment de leur retour que l'atmosphère s'était durcie et que le courant de Bourguiba l'a finalement emporté et comme je le montre dans le livre que je publie, B'chira a été injustement et à tort accusée de partialité, marginalisée et écartée sans qu'elle puisse bénéficier de la gratitude morale du peuple tunisien.
Bourguiba l'a indirectement (sans qu'il l'ait affirmé ouvertement mais cela se voyait dans ses agissements envers elle) accusée d'avoir favorisé le clan youssoufiste. En se basant sur quoi? Vraiment des raisons futiles et insignifiantes : son amitié avec Soufia Ben Youssef, l'épouse de Salah Ben Youssef? Le fait que Ben Youssef se soit rapproché de la Zitouna alors que son père était Cheikh islam?
A ce propos, il faut rappeler qu'historiquement le père de B'chira, le Cheikh Mohamed Salah Ben M'rad, a été nommé Cheikh islam par Moncef Bey en 1942, et après le départ de ce dernier du pouvoir et son remplacement de facto puis de jure par Lamine Bey, il n'y eut jamais d'atomes crochus entre les deux hommes et ceci apparut principalement à deux occasions :
1- Au moment de l'organisation du «Congrès du Destin» le 23 août 1946. A ce moment, Bourguiba et Ben Youssef se partageaient la tâche. En tant que président du parti, Bourguiba était parti de manière clandestine en 1945. Il sollicite l'autorisation d'accomplir le pèlerinage à la Mecque et cette requête surprenante de sa part est refusée par les autorités françaises. Il décide alors de s'enfuir en Egypte. Il traverse la frontière libyenne déguisé en caravanier, le 23 mars 1945, et arrive en Egypte en avril. En décembre 1946, Bourguiba va à New York, afin de faire connaître la cause de la Tunisie aux Nations unies.
Entretemps, Salah Ben Youssef, en tant que secrétaire général, dirige le parti en l'absence de Bourguiba. L'heure est à l'union entre tous les différents mouvements, nationalistes et communistes compris. Un congrès présidé par Salah Ben Youssef et Salah Farhat et réunissant tous ces nouveaux alliés est organisé dans le plus grand secret en plein Ramadan, pendant la Nuit du Destin. Beaucoup entre ces derniers ont été alors arrêtés par la police coloniale française et tout le pays est remué et choqué par cet acte. Le Cheikh Mohamed Salah Ben M'rad a réagi et rédigé une pétition de protestation au ton très dur, qu'il a paraphée et fait circuler parmi ses collègues qui l'ont à leur tour signée. Cet acte lui a été reproché par la France et cette occasion a été exploitée par le Bey régnant, Lamine, avec lequel le cheikh Ben M'rad n'était pas en bons termes. La distribution de la pétition lui est reprochée par Lamine Bey. Ce qui amène sa destitution en 1947 de Cheikh islam. Il refuse de rende le cachet. Cheikh Damergi lui succède. Il habite encore à la Rue Salammbô à Hammam-Lif et ce n'est qu'en 1956 qu'il achète sa maison de la plage d'Hammam-Lif (rue méditerranée). Les délégations et les foules d'Hammam-Lif viennent le soutenir devant sa maison.
2- Les relations orageuses entre Lamine Bey et le cheikh Mohamed Salah Ben M'rad trouveraient leur origine dans les débordements reprochés à Chadli Bey et potentiellement successeur de Lamine en cas de maintien de la monarchie (Walii el Ahd). Le fils de Lamine qui aurait dirigé un réseau de corruption et d'influence et aurait fait pression sur le Diwan (tribunal charaïque) présidé par le Cheikh Ben M'rad pour essayer de fausser les procès alors que ce dernier était un modèle d'intégrité, d'où que l'on aurait cherché à se débarrasser de lui.
En effet, lors de la cérémonie d'investiture (Baiaâ) de Lamine Bey en 1943, le chef Ben M'rad avait prononcé un très bref discours en présence du Maréchal Juin, alors que le Résident général, Charles Mast (Gal,1889-1977), n'était pas encore en poste, où il disait souhaiter tout le bien au régime husseinite sans mentionner nommément le nouveau Bey. Le Maréchal Juin qui ne comprenait pas l'arabe s'était alors adressé au chef du protocole, le Général Sadok Zemerli, en lui posant la question : «Que dit le Cheikh?», et l'intéressé de lui répondre avec empressement : «Il approuve, il approuve !» pour éviter d'envenimer davantage la situation. (6). Lamine Bey en avait plus tard voulu au Cheikh Ben M'rad pour cette attitude qu'il avait considérée comme hostile. Le Cheikh avait été donc démis de toutes ses fonctions en 1947. Une dernière remarque en rapport avec cet événement, Salah Ben Youssef, selon certaines sources (7), aurait été en bons termes avec Chedly Bey, le fils de Lamine Bey, alors que cheikh Ben Mrad ne le supportait pas.
Cela prouve qu'il y avait au moins certains points de divergence et d'appréciation entre le cheikh Ben M'rad et Salah Ben Youssef. Donc les réactions multiples du cheikh Ben M'rad sont dues à son patriotisme et non à certains états d'humeur. Il reste une troisième raison que j'ai effleurée dans mon livre à propos de l'animosité de Bourguiba pour B'chira Ben M'rad qui, pourtant, a été la première à le présenter à Lamine Bey compte tenu de ses liens d'amitié avec la fille du monarque, Lalla Aïcha, qui assistait à ses fêtes caritatives et les finançait est le refus du cheikh Mohamed Salah de lui accorder la main de sa fille B'chira. Cet argument est avancé avec réserve et tient surtout compte de certaines rumeurs non vérifiées à coup sûr. A un certain moment Bourguiba voulait faire un mariage de raison en associant son avenir après sa décision de divorcer de Mathilde avec la fille de l'un des symboles des familles aristocratiques. Il aurait avant de faire son choix d'épouser Wassila Ben Ammar eu un entretien en ce sens à Hammam-Lif dans une rencontre organisée par Sadok Boussoffara le maire d'Hammam-Lif, dans son domicile en disant à ses invités : «Vous représentez chacun un symbole aux yeux des Tunisiens de ce que doit être la libération des Tunisiens, et des Tunisiennes vous devriez unir votre avenir à cette fin». Mais le père de B'chira n'y aurait pas été enthousiaste d'autant que sa fille après son premier mariage avait exprimé sa volonté de ne pas s'unir à personne d'autre.
Notes :
1- «B'chira Ben M'rad (1913-1993), libératrice de la femme tunisienne» à paraître le 15 mars 2016 Imprimerie Artypo
2- Bourguiba avait assisté le 8 janvier 1929 à une conférence donnée à l'association culturelle l'Essor par Habiba Menchari, une jeune femme dévoilée qui plaide pour la cause de l'émancipation de la femme. Au cours du débat, il prône le port du voile comme vecteur identitaire et il en est critiqué.
3- Durant l'année 1937, une année après la création de l'Umft, le cheikh Mohamed Salah Ben Mrad a publié la revue «Chams el Islam» où des études sociologiques ont été publiées par de nombreux écrivains, dont le Dr psychiatre Salem Ecchedli.(source : «Aâlem mina ezzeitouna» biographie élaborée par le magistrat Mahmoud Chemmam)
4- L'Umft avait organisé en 1937 une fête caritative pour célébrer l'anniversaire des 10 ans d'existence de l'Aemna et après le discours de B'chira appelant les étudiants à épouser plus tard des Tunisiennes musulmanes; une collecte a été organisée
5- Voir : http://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1983_num_70_258_2408
6- Cette anecdote m'a été rapportée par mon oncle, fils du cheikh Mohamed Salah Ben M'rad, le professeur Béchir Ben M'rad, peu avant son décès.
7- Voir https://www.youtube.com/watch?v=2UvSZATckXM
*Ecrivain


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