Zakat al-Fitr 2026 : Montant fixé à 9 euros    Hédi Bouraoui - Transculturalisme et francophonie : un compte rendu par Una Pfau    Ras Jedir : les douanes tunisiennes interceptent 30 kg de cocaïne dans une voiture étrangère !    Quand débutera le Ramadan 2026 en France ?    Festival Mon premier film Documentaire MyfirstDoc 2026 : appel à films documentaire d'écoles de cinéma de Tunisie    Le ministre de l'Emploi : le taux d'insertion des diplômés de la formation professionnelle dépasse 70 %    Journée des Maths 2026 à la Cité des Sciences à Tunis : les chiffres à la portée de tous    Project Genie de Google : DeepMind lance une IA qui révolutionne la création de mondes virtuels    France : Ségolène Royal ne recule pas face aux anti-Algériens, après un bon départ Nuñez fait du Retailleau    City Cars – Kia lance en Tunisie le SUV EV3, sacré Voiture de l'Année au niveau Mondial    Sfax rassemble ses livres    Yadh Ben Achour : Le déclin de l'universalité des droits de l'homme (texte intégral)    ATMEDIA lance la première session de formation sur l'intelligence artificielle pour les journalistes    Tunisie : obligation d'informer avant de vendre un bien à des personnalités politiques et à leur famille    La Mediterranean School of Business (MSB) accueille pour la première fois la conférence AACSB ELEVATE MENA    Météo en Tunisie : ciel nuageux, rafales de vent dans le sud    Proposition de loi pour suspendre l'usage du ''Changuel''    Jalel Tebib à la tête de la TIA    L'or recule face à la hausse du dollar et aux attentes sur la Fed    Un réseau social pour les agents IA : le phénomène Moltbook.com    Boulakbèche bat le record et décroche l'argent à Luxembourg    Comment et où regarder en direct le match Simba SC – Espérance de Tunis aujourd'hui ?    Décès de l'actrice de'' Home Alone''    Match Tunisie vs Egypte : où regarder la finale de la CAN Handball 2026 ce 31 janvier?    Virus Nipah : l'OMS rassure mais appelle à la vigilance mondiale    La selle et le cavalier de Mohamed Laroussi El Métoui: Une nouvelle traduite par Tahar Bekri    Mohamed Ali ben Hafsia – Ooredoo Tunisie : Avec Jendoubi, Ooredoo soutient la Tunisie vers l'or et la fierté olympique    Nouvelair lance une offre exclusive dédiée à son programme de fidélité Jasmin    L'Université de Sfax et l'Université algérienne Abbes Laghrour Khenchela signent une convention de coopération    Ooredoo Tunisie Sponsor Officiel du Champion du monde Mohamed Khalil Jendoubi    Météo en Tunisie : Des vents forts à très forts attendus dans la plupart des régions    La Tunisie au Conseil de Sécurité : Rien n'a changé dans les territoires palestiniens occupés, le cessez-le-feu reste violé par la puissance occupante (Vidéo)    Match Tunisie vs Algérie : où regarder la demi-finale de la CAN Handball 2026    Constituants sans constitutionnalisme, thème des Journées Abdelfettah Amor    Le Forum Chokri Belaid des Arts se déroule dans sa 9ème édition du 1er au 7 février 2026    Rapport entre monde de la recherche et monde de la pratique: La recherche collaborative    Le cirque Paparouni s'installe à Carthage durant les vacances scolaires et présente Jungle Book    D'où vient un trésor historique découvert à Houaria ?    Décès d'une star du football, Mahfoudh Benzarti : une carrière singulière    Inondations : Kaïs Saïed appelle à des mesures concrètes et à une mobilisation nationale    Kais Saied reçoit l'ambassadrice de Pologne à l'occasion de la fin de sa mission en Tunisie    Document – Le discours-évènement du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : privilégier les valeurs, face à la domination    Penser le futur par le passé: Carthage antique et le boomerang colonial dans la géopolitique du Groenland    Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Mes odyssées en Méditerranée | Michel Giliberti: «Tunisie. L'inhérence d'une errance»
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 01 - 2022

Michel Giliberti, petit-fils de Siciliens, est né en Tunisie à Menzel Bourguiba. Son père, français d'origine italienne, et lui-même, né en Tunisie, s'occupait du cinéma l'Olympia de Menzel Bourguiba tout en gardant son travail à l'Arsenal. Sa mère, née en Corse, était femme au foyer. Si l'on remonte dans le passé, le grand-père de Michel Giliberti était le fils d'un pêcheur de corail sur l'île de Lampedusa avant de s'installer en Tunisie.
Aujourd'hui, Michel nous parle de son parcours et de son nouvel ouvrage «Tunisie, l'inhérance d'une errance » paru aux éditions Jacques Flament.
«Pour avoir parcouru bien des ouvrages photographiques sur la Tunisie, j'avoue que j'ai souvent regretté de les voir se limiter à la fidèle restitution de lieux et de leurs noms. Je sais que ce travail est louable, voire indispensable, mais pour moi, le petit français né en Tunisie, l'enfant des terrasses qui n'étaient pas les siennes, le voleur d'émotions au hasard d'un protectorat, il m'était impossible, une fois devenu artiste peintre et photographe, de suivre ce simple sillage. Par nature, il me fallait témoigner de ce pays en lui apportant la dimension du rêve qui entretient toute réalité. Pour cela, je devais mettre en avant sa peau. Oui, la Tunisie a une peau ; une peau amante du soleil et de l'eau, parangon lisse et tiède sous les doigts de qui s'y aventure. Il était indispensable de me l'approprier par la voie légale de l'imaginaire et, à deux rides d'une mer-terre, dans les villes de craie et de cris, voyager sans nommer l'espace et rencontrer son peuple.
Quand l'agonie d'un pan de mur retient votre regard, quand la branche rétive d'un bougainvillier condamne une porte, peu importe de savoir si l'on se trouve à Tozeur ou à Matmata, à Douz ou à Nefta. Le silence jaune que la chaleur du sud fait peser sur les épaules est le même. Les gestes deviennent lourds et la nuque ruisselle. La lumière est crue, même derrière des lunettes de soleil. L'air desséché vous étreint de son odeur de sel et de paille. Vous marchez alors à pas lents, un peu abruti par les degrés, mais en accord avec la beauté minimaliste des lieux. Parfois, un regard de sureau s'accroche au vôtre et c'est le début d'un autre voyage.
L'essentiel ne tient qu'à ces échanges-là.
Les Tunisiens le savent bien qui, dès votre connaissance, vous proposent de « faire l'ambiance ». Ils ont raison. Ces deux mots résument au plus juste mes photos qui tentent de restituer l'âme de ce pays au-delà des dépliants touristiques. C'est pourquoi, au fil de cet ouvrage, au fil de mes impressions tunisiennes, la modernité côtoie la tradition, la jeunesse rencontre la vieillesse, les yeux ne se détournent pas, les palais comme les marabouts se parent de mon interprétation.
Il faut admettre que depuis l'aube des temps, le rêve nous construit, le rêve nous élève. Lui seul fait palpiter le cœur des hommes et si ces derniers n'avaient pas su conter leurs aspirations, leurs peurs, leurs prophéties, s'ils ne les avaient pas sublimées, nous n'aurions jamais survécu. Aucune trace de notre histoire ne sillonnerait la terre. Notre capacité à nous surpasser est tressée de nos légendes et de nos vérités, de nos batailles et de nos trêves, mais surtout de l'air qui se raréfie à l'approche de l'amour ; la mienne, de ce côté de la Méditerranée, naît de la rouille bleue du ciel à l'heure du couchant, de la laine fatiguée des tapis, du cuir nacarat des selleries et du parfum des narguilés en fond de patios. Je devrais aussi parler du musc blanc de votre sombre nuque et des senteurs du Mesk-Ellil qui ouvrent les soirées ; mais voilà, il faut savoir s'arrêter.
Je pourrais écrire sans relâche sur ce pays et sur mon désir de le servir en dehors des sentiers battus. Ce pourrait être mon odyssée. J'ajoute que mon enfance s'est déroulée dans un cinéma de Menzel Bourguiba, ma ville natale : l'Olympia. Mon père en avait la charge. J'ai donc très vite été happé par le pouvoir de l'image, ce lieu a participé de mon éducation artistique. J'avais la chance de voir des choses que beaucoup d'enfants ne pouvaient seulement même imaginer depuis les pièces de théâtre aux concerts donnés sur la scène du cinéma en passant par les films eux-mêmes, tout témoignait d'une vie hors normes. J'aimais l'intime lumière du hall tapissé de velours cramoisi et constellé des regards éthérés de Michelle Morgan, Danielle Darrieux, Ava Gardner et de tant d'autres. Ces magnifiques photos du studio Harcourt me transportaient, sans parler des affiches immenses des longs métrages proposés. Comme si tout cela n'était pas suffisant, j'avais accès aux coulisses encombrées de décors et d'instruments de musique et aux loges des artistes. J'assistais toujours avec exaltation aux répétitions de chaque spectacle ou concert ; je regardais, ébloui, les acteurs se maquiller tout en se remémorant à voix basse leurs textes. Il régnait là une effervescence, une fébrilité rare, et ces séquences ne m'ont jamais quitté bien sûr. Ma curiosité était sollicitée à tout instant et de toute part, une chance exceptionnelle dans une petite ville aussi simple !
Pour toutes ces choses, quand le film « Cinéma Paradiso » de Giuseppe Tornatore est sorti sur les écrans, j'ai pleuré sans retenue tant la jeunesse du petit héros de ce chef-d'œuvre était proche de la mienne.
Finalement, la seule réalité qui vaille la peine d'être vécue n'est jamais que celle que l'on se choisit».


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.