Le cinéaste tunisien vient de finaliser son dernier court métrage documentaire «Derrière la vague». Une plongée dans un quartier pauvre de la région de Kabaria, dans un environnement social et économique qui continue encore à pousser des jeunes à quitter clandestinement le pays et où des familles souffrent de la disparition d'enfants partis sans donner de nouvelles. Fethi Saidi est titulaire d'un doctorat en sciences de l'éducation. Suite à son passage par la pratique de la photographie, et à travers ses recherches universitaires autour de la socio-anthropologie des pratiques corporelles, il s'est intéressé au cinéma documentaire en tant que forme d'enregistrement des pratiques, des rites et des pensées humaines. Fethi Saidi se distingue par sa démarche documentaire qui emprunte aux techniques et à l'esthétique du cinéma direct dans la lignée de ses précurseurs (Jean Rouch, Pierre Perrault, Johan van der Keuken...). L'essentiel de son approche cinématographique consiste à écrire des histoires axées sur des personnages ou des groupes forts au plan dramatique, dans des récits narratifs sollicitant en permanence l'imaginaire et la réflexion du spectateur. Dans sa démarche de cinéma anthropologique, il filme souvent avec une équipe technique réduite, sinon seul, afin d'être au plus près de la réalité et des personnes. Il est à la fois auteur, réalisateur et producteur de ses films, dont «Amara», un documentaire qui raconte le quotidien d'un cireur de chaussures à Tunis, «Séparations» où il traite de l'expérience de la clandestinité d'un sans-papiers en France et du vécu de sa famille restée en Tunisie ou encore dans son film «Tunisiens des Deux Rives», où il aborde les thématiques du militantisme associatif des Tunisiens en France et la problématique des rapports que les associations peuvent entretenir avec les partis politiques dans le contexte de la transition démocratique que connaît la Tunisie. Son dernier film, «Derrière la vague», en cours de montage, est une plongée dans un quartier pauvre de la région de Kabaria, dans un environnement social et économique qui continue encore à pousser des jeunes à quitter clandestinement le pays et où des familles souffrent de la disparition d'enfants partis sans donner de nouvelles. Suite aux événements liés à la chute du régime de Ben Ali, des dizaines de milliers de Tunisiens ont pris le large dans l'espoir d'entamer une nouvelle vie sur l'autre rive la Méditerranée. Depuis plusieurs années, des centaines de jeunes «harragas» sont portés disparus. Beaucoup de familles gardent la certitude de leur survie et continuent de réclamer aux différents gouvernements tunisiens des explications quant à la réalité de leurs situations après leurs débarquements supposés en Italie. La caméra de Fethi Saidi nous emmène à la Cité Ennour, un des quartiers de la périphérie de Tunis, habitée par des Tunisiens issus en grande majorité de l'exode rural. C'est dans cette région que vivait le plus grand nombre de disparus et où une trentaine de familles souffre de la disparition d'enfants partis sans laisser de nouvelles. Le film nous plonge dans l'environnement social qui continue encore à pousser certains Tunisiens à quitter le pays clandestinement en direction de l'Italie. C'est à travers le quotidien de deux personnages principaux que nous immergeons dans la réalité ordinaire du quartier, découvrant les conditions de vie difficiles de ses habitants et les raisons qui poussent certains à vouloir échapper à leur destin. Hamed, réparateur de téléviseurs à la Cité Ennour, est père de quatre enfants, dont deux partis en Italie. L'un deux est porté disparu depuis mars 2011. Le film traite de cette absence du fils, dans la famille de Hamed, comme dans d'autres familles du même quartier. Les événements liés aux départs inattendus, les absences qui s'éternisent et les disparitions non encore élucidées engendrent des drames, des deuils et des bouleversements dans la vie quotidienne de tous les membres des familles. Beaucoup sont devenus prisonniers d'une sorte de culpabilité avec des conséquences désastreuses sur leurs situations psychologiques, sanitaires et sociales. Pris dans un tourbillon d'émotions, chacun traverse à sa manière les différentes étapes, qu'on rencontre généralement au cours du processus de deuil, suite à la perte d'un être cher. Mohamed, longtemps tenté par l'immigration vers l'Italie, s'est finalement résigné à rester au pays pour vivre de la collecte des déchets qu'il récupère dans la plus grande décharge publique de Tunis. Comme beaucoup d'autres hommes de trois générations successives, il ne lui reste que cette activité pour pouvoir entamer sa nouvelle vie de famille avec de maigres espoirs. Le film nous décrit les épreuves de Mohamed et les efforts qu'il déploie pour surmonter les obstacles quotidiens après une adolescence partagée entre la collecte dans la déchetterie, la délinquance et la prison.