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«Rompre définitivement avec les revendications et les pressions»
INTERVIEW — M. TARAK CHERIF, PRESIDENT DE LA CONECT A LA «PRESSE»
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 10 - 2016

Tous les experts en conviennent : la situation critique de l'économie tunisienne et toutes les difficultés qu'elle endure ne sont pas surprenantes. Un constat auquel s'attendaient les observateurs avertis. Justement, depuis le soulèvement du peuple tunisien, l'attentisme, l'absence de réactivité, l'instabilité sociale et le manque de visibilité politique ont coûté cher à notre pays. Et c'est aussi et surtout la relégation des questions économiques au second rang qui a aggravé encore plus la situation. Tarak Cherif, président de la Conect, partage en grande partie une telle lecture. Interview.
Après plus de cinq ans, l'économie tunisienne n'arrive toujours pas à trouver les ressources nécessaires à la relance. Bien au contraire, elle ne cesse de s'enliser dans les difficultés, pour atteindre ainsi des seuils alarmants. Les raisons d'un tel échec ?
L'économie tunisienne connaît certainement une phase très délicate, voire critique mais on ne peut parler d'échec surtout qu'on n'a rien tenté depuis plus de cinq ans !
Les questions d'ordre économique ont été malheureusement reléguées au second rang malgré les nombreux appels des experts et des milieux économiques avertis. Personnellement je n'ai cessé d'attirer l'attention sur l'importance et l'urgence d'ouvrir les débats sur les mesures de relance économique et ce depuis 2012 ! Nous avons même lancé au niveau de la Conect et en collaboration avec des partenaires locaux et étrangers et des organisations patronales similaires dans des pays européens et africains des initiatives visant à promouvoir le partenariat et à consolider le positionnement de la Tunisie sur la scène internationale en tant que site privilégié d'investissement.
Notre manque de réactivité, l'attentisme, le climat social instable et l'environnement inadapté des affaires nous ont coûté cher! Nous nous trouvons aujourd'hui au 95e rang international concernant la compétitivité alors qu'on était au 32e rang en 2010, des déséquilibres commerciaux et financiers qui ne font que s'aggraver, le dinar en dépréciation continue, un budget colossal des salaires du secteur public qui dépasse de loin les moyens de l'Etat et des indicateurs de croissance, d'investissement et d'endettement très inquiétants.
Nous n'avons d'autre choix que d'agir ensemble sans délai avec la rigueur et l'engagement nécessaires !
La responsabilité incombe à tous les Tunisiens sans exception aucune et non au gouvernement tout seul. Nous devons rompre définitivement avec les revendications et les pressions et nous engager ensemble gouvernement, partis politiques, organisations professionnelles, syndicats, patronats et les composantes de la société civile dans une action urgente de sauvetage de notre économie. C'est la seule solution à même de nous faire sortir de la situation économique et financière alarmante que nous vivons et de retrouver la voie de l'investissement, la création d'entreprises et d'emplois et partant le développement durable, inclusif et équitable.
Le classement Davos est- il réellement justifié ?
Les experts, les responsables et les milieux économiques savent bien comment ce classement Davos est établi ! C'est sur la base d'indicateurs fiables et d'enquêtes sur le terrain réalisées par des professionnels et des consultants connus internationalement que les différents indicateurs sont calculés et analysés.
Plus important encore : les instances internationales concernées surtout par l'investissement et le financement et les investisseurs étrangers se réfèrent de façon prioritaire à ces indicateurs dans leurs décisions.
Ceux qui sous-estiment ou qui mettent en cause ces indicateurs le font par ignorance ou pour fuir la réalité d'une situation inquiétante à l'aggravation de laquelle ils ont peut-être contribué.
Les raisons du blocage du plan d'urgence économique ?
A mon avis, on ne peut parler de blocage mais plutôt de la nécessité de concilier entre les exigences de la situation économique et sociale et la nécessité d'introduire une plus grande dynamique au niveau de la réalisation de grands projets stratégiques d'un intérêt régional et national, d'une part, et les dispositions constitutionnelles et légales, d'autre part, et ce, dans un souci de transparence et de bonne gouvernance et de respect de la loi.
C'est dans ce cadre qu'on doit situer le projet de loi d'urgence économique.
Personnellement, je demeure convaincu qu'un consensus entre le gouvernement et l'ARP sera trouvé pour répondre à cette nécessité d'ordre économique tout en veillant au respect des règles de transparence, de bonne gouvernance et d'équité et en assurant le suivi rigoureux nécessaire au niveau des projets réalisés dans ce cadre.
Pour certains, la nouvelle loi d'investissement peut constituer un atout pour relancer, du moins progressivement, notre économie. Qu'en pensez-vous ?
Je dois tout d'abord préciser que la relance de l'investissement et de l'économie dépend en premier lieu de l'environnement des affaires et du climat social dans le pays avant qu'elle ne soit une affaire de lois.
Les incitations et les avantages sont certes d'un grand apport mais faut-il avant tout s'assurer que le contexte général est attractif et que les conditions de compétitivité sont réunies et sont à un niveau au moins égal à celui des pays concurrents.
Les réponses à ces questions sont évidentes. Nous accusons des retards énormes à tous les niveaux réglementaire, logistique, administratif, financier et fiscal.
Au niveau du classement international, la dégradation ne fait que se poursuivre. Nous nous trouvons désormais aux derniers rangs concernant la productivité, la rigidité du marché du travail, les relations sociales, les contraintes du marché des biens, la transparence et la bonne gouvernance, l'efficacité du marché des capitaux et du système bancaire.
Concernant l'infrastructure notamment portuaire à l'instar du port de Radès, des routes et des liaisons des régions de l'intérieur avec les zones côtières, les améliorations tardent à être introduites et les blocages dus aux lourdes et longues procédures administratives continuent à peser lourd sur l'engagement et l'avancement des projets décidés dans ce domaine.
Ce qui est encore frustrant est que notre pays dispose d'atouts certains, d'un know how reconnu à l'échelle internationale dans le domaine du partenariat et de l'attractivité des investissements extérieurs et offre de grandes opportunités de lancement de projets dans des domaines très diversifiés d'infrastructure, d'industries et de technologies nouvelles.
Tout ce dont on a besoin c'est l'action immédiate, la volonté et l'engagement.
Pour toutes ces raisons, l'intérêt de la nouvelle loi d'investissement consisterait surtout à mettre fin à un phénomène d'attentisme qui se poursuit depuis 2012 avec l'annonce à cette époque de la promulgation imminente d'un nouveau cadre juridique.
Son effet ne peut toutefois se sentir qu'après la promulgation des textes d'application et leur vulgarisation.
Selon vous, le gouvernement d'union nationale est-il assez outillé pour prétendre à un sauvetage de l'économie nationale ? Où résident ses priorités ?
Nul doute que le gouvernement actuel est animé d'une grande volonté, d'un engagement responsable et surtout d'une forte conviction concernant notre capacité à relever les nombreux et grands défis que le pays est appelé à affronter pour sortir de cette situation économique et sociale fort difficile. C'est ce que j'ai ressenti à travers mes contacts récents avec le chef du gouvernement et plusieurs de ses ministres et ses conseillers.
Ce qui est encore plus important pour moi est qu'on doit tous se sentir responsable du sauvetage de notre économie. Le gouvernement a certes un rôle fondamental. Ses premières décisions et réactions marquent déjà le changement que nous avons toujours demandé au niveau de la réactivité et le souci de la restauration de l'autorité de l'Etat et le respect de la loi. Tous les Tunisiens sont appelés à apporter leur propre contribution, à croire à notre capacité de sauver notre pays et ses acquis et à privilégier l'intérêt général et national qui constitue la condition sine qua none à notre capacité de répondre aux attentes légitimes des différentes catégories socioprofessionnelles et des différentes régions.
Pour relever ce grand défi, la priorité absolue ne peut être que la relance de l'investissement notamment privé, la création d'un plus grand nombre d'entreprises et d'emplois, la promotion du partenariat public-privé, le respect rigoureux de la loi, la lutte contre la corruption et le commerce parallèle et l'introduction d'une nouvelle dynamique dans la réalisation des grands projets surtout au niveau régional eu égard à leur rôle déterminant en tant que locomotives de développement.
Dans un souci de bonne gouvernance et d'efficacité, l'Etat doit se désengager des secteurs concurrentiels par la cession des entreprises et des banques publiques. C'est le seul moyen à même de mettre ces institutions à niveau, de garantir leur efficience et de dégager l'Etat d'un lourd fardeau résultant des grandes pertes cumulées de ces entreprises.
Dans le même ordre d'idées je me demande pourquoi l'Etat n'a toujours pas cédé les entreprises confisquées ?! Le retard enregistré a été fatal pour certaines de ces entreprises qui se trouvent aujourd'hui dans une situation critique alors qu'elles étaient considérées comme le fleuron de l'économie tunisienne au moment de leur confiscation !!!
Mais, malgré la bonne volonté du gouvernement, certains observateurs estiment que le problème de l'économie est avant tout un problème de compétence et de qualification. Qu'en dites-vous ?
Les compétences et les qualifications n'ont jamais fait défaut en Tunisie. Au contraire c'est l'un de nos atouts stratégique et de nos points forts. Nous sommes même connus comme un pays exportateur de compétences à de nombreux pays en développement mais aussi à des pays avancés en Europe et en Amérique.
Je le répète. Le problème de l'économie tunisienne n'est ni un problème de compétence ni d'opportunités ou de potentialités mais plutôt un problème d'environnement des affaires, de climat social, de compétitivité, de volonté, d'engagement, d'action, de bonne gouvernance et de respect de la loi.
Pour l'étape à venir, êtes-vous réellement optimiste ?
En dépit de la situation fort difficile que connaît mon pays, je ne suis pas seulement optimiste mais je crois fermement en notre capacité de surmonter cette crise et de relever les différents défis d'ordre économique et social. Mettons-nous immédiatement au travail. Unissons nos efforts. Soyons positifs. Mettons fin aux pressions et aux protestations et consacrons notre énergie au travail. Les résultats ne vont certainement pas tarder. Nous renverserons la tendance rapidement et nous regarderons l'avenir de notre pays autrement.
Les syndicats, les patronats, les chefs d'entreprise, les employés, l'administration, le gouvernement et les partis politiques ont une responsabilité historique à assumer.
Nous devons de toute urgence convenir ensemble d'un plan de sauvetage avec des actions, des objectifs et des engagements précis de toutes les parties concernées. La Conect en tant que Centrale patronale d'entreprises citoyennes mobilisera les milieux d'affaires et apportera la contribution nécessaire à la relance de l'investissement et à la création d'entreprises et d'emplois notamment au niveau régional par des programmes et des projets adaptés aux exigences et aux attentes. Elle entend également développer davantage ses actions au niveau international à travers Conect international, la structure totalement dédiée au développement de la coopération et du partenariat international qu'elle vient de lancer depuis le début de l'année en cours.
Est-il des questions dont il est difficile de parler actuellement ?
Pour réussir, nous n'avons d'autre choix que d'être transparent, franc et responsable.
Il n'y a pas de sujets tabous dans le domaine économique. Nous devons discuter de tout avec la responsabilité requise si l'on veut réussir. Nous devons parler de prix, de salaires, de productivité, de compétitivité, du code du travail, d'emploi, de développement régional, d'équité, des rapports avec l'administration, de logistique, de la formation, de l'enseignement et de tous les aspects qui concernent l'entreprise, ses salariés et l'ensemble des citoyens surtout que la liaison entre tous ces éléments est claire. Ne parle-t-on pas de nos jours d'entreprises citoyennes et d'économie citoyenne et solidaire!
A chaque fois qu'il est question de crise, on revient aux mêmes sujets tabous : la fiscalité, le marché parallèle, et les dépenses de fonctionnement. Et pour Tarak Cherif ?
Si l'on revient toujours aux mêmes sujets c'est malheureusement parce qu'on piétine depuis des années et on hésite au niveau de l'introduction des réformes que tout le monde considère pourtant comme nécessaires et incontournables.
Nous avons besoin d'audace, de communication et de pédagogie pour convaincre, mobiliser les Tunisiens et réussir à introduire les réformes nécessaires dans les meilleures conditions.
C'est ce que l'on attend du nouveau gouvernement.
Les partenaires sociaux sont aussi appelés à adopter d'autres attitudes et à rompre avec les anciennes approches de revendications et de protestations en favorisant le dialogue constructif et responsable. Le salut de la Tunisie ne peut provenir que d'une mobilisation générale rapide et responsable de toutes les parties concernées.


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