La pièce tire sa force et sa particularité de sa forme, une forme construite sur scène par les jeux de mise en abyme, du clair-obscur et du trompe-l'œil. La nouvelle pièce de théâtre de Hichem Rostom, intitulée Disparition, a été présentée dans les locaux de l'IFT les 16, 17 et 18 décembre. Mise en scène par Hichem Rostom et écrite par Nacer Khemir avec la participation de Sana Ezzine, cette création est le fruit d'une longue réflexion sur la vérité, la foi et la raison. Pas de place pour aucune sorte de manichéisme dans Disparition, la vérité, comme le dit Jalal El Dine Rumi, est un grand miroir tombé du ciel, qui s'est brisé en mille morceaux, chacun possède un tout petit morceau et croit détenir toute la vérité. Personne n'est dans le faux, personne n'est dans le vrai. L'histoire est celle d'une mère obligée de cacher dans sa cave ses deux fils recherchés par un officier de la police politique (rôle campé par Hichem Rostom). Ces deux derniers ont décidé de suivre des chemins opposés, dont l'issue est problématique dans une société qui traque chacune des deux positions politiques. Au fil des rêves d'évasion et autres bribes de débats sur la politique, la dictature, la vérité et la démocratie, échangés entre les deux frères lors de leurs cavales, le fossé se creuse petit à petit entre eux et chacun d'eux finit par choisir sa voie : Béchir, 30 ans, ancien étudiant en histoire et militant marxiste, et Mahdi, 20 ans, tombé dans l'extrémisme religieux. La mère analphabète et fière de ses traditions assume ses croyances ésotériques et ses superstitions, mais demeure modérée quant à la religion, elle se positionne ainsi entre les deux frères et, quoique déchirée, continue jusqu'au bout et avec ardeur à les protéger face à cet officier de police. Voilà pour ce qui est du fond, mais la pièce tire sa force et sa particularité de sa forme, une forme construite sur scène par les jeux de mise en abyme, du clair-obscur et du trompe-l'œil. Les personnages, baignés toujours dans une obscurité rompue de temps à autre par des éclairages atténués, évoluent tantôt sur un écran projeté, telles des fresques animées, jouent ou plutôt miment d'une manière minimaliste parfois quasi figée le texte (enregistré), et tantôt glissent hors du cadre (sans s'en détacher) pour se retrouver sur scène. Aucune idée sur ce que racontent leurs visages, seuls leurs mouvements et le travail du son (excellent entre les échos des voix, les chuchotements suggérés, les bruitages et la bande-son) sont suggestifs. Des fresques animées pour aborder une thématique (complexe) qui agite aujourd'hui la société tunisienne et l'ensemble du monde musulman. Le texte, (en langue française) d'une forme simple, traite de sujets profonds, tels que la philosophie, la démocratie, la foi et la raison, et toujours avec cette touche de soufisme et de spiritualité qu'on connaît chez Nacer Khemir. La pièce sera présentée prochainement à Sousse et à Sfax. On nous promet également des représentations en dialecte tunisien.