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«Démocratiser l'art de la danse»
Entretien avec Selim Ben Safia, danseur et chorégraphe
Publié dans La Presse de Tunisie le 06 - 03 - 2017

Chorégraphe et danseur professionnel, Selim Ben Safia a présenté, il y a deux jours, le samedi 4 mars, sa dernière création chorégraphique «Ala bab darek» (sur le pas de ta porte) à l'IFT (Institut français de Tunisie).
Au fil des neuf spectacles qu'il a signés au sein de sa propre compagnie et qu'il a présentés ici et ailleurs dans plusieurs festivals internationaux de danse en France, au Brésil et autres pays, le jeune chorégraphe propose une réflexion sur le Tunisien et ses contradictions : la lutte entre le désir et le renoncement, le tiraillement entre le passé et le futur, etc.
De «smurfeddine» (en 2010) jusqu'à «La nuit des étoiles» (en 2016) en passant par «Je ne me reconnais plus», «Femme», «A jour», «Impasse», «Hors-lits», «Tohu-Bohu», Selim Ben Safia interroge également l'espace à travers le concept «Hors-lits» ainsi que la place de la danse dans nos murs, et la particularité du corps tunisien.
Cela tout en ouvrant le champ des possibles à tous ceux qui aiment la danse : indépendamment des canons du corps parfait pour danser. Nous l'avons rencontré pour en savoir plus sur ses choix thématiques et esthétiques. Interview.
De quel thème traitez-vous dans votre nouvelle création «Ala Bab Darek» ?
Je traite des frontières dans le contexte national et international d'aujourd'hui. Les frontières entre les pays, les cultures et les civilisations relèvent de la peur de l'étranger, de l'inconnu, de l'autre, etc.
Au plan de la forme on peut dire que les arts de la danse et de la musique ont des codes différents mais malgré tout ils se rejoignent sur plusieurs points.
En bannissant les frontières entre les deux arts on peut créer des liens et aboutir sur une production finale des plus intéressantes.
«Ala Bab Darek» met en scène des corps qui se déchirent, se débattent et souffrent mais qui ne font qu'un face à l'adversité, ces corps épousent l'universalité de la musique d'Imed Alibi, la virtuosité de Zied Zouari et l'ingéniosité de Khalil Hentati, pour proposer une exploration multiculturelle du rythme et du mouvement.
La musique prend ses racines dans des influences africaines, orientales et occidentales. 2 danseurs et 3 musiciens s'attelleront dans cette pièce à créer des liens entre la danse et la musique.
Vous entamez à partir de la fin du mois d'avril un nouveau cycle de votre concept «Hors-lits» en Tunisie et en France, pourquoi ce concept?
Le concept «Hors-lits» nous permet de jouer nos pièces chorégraphiques dans des lieux insolites, généralement fermés au public. Cela afin de pallier le manque d'infrastructures, on se produit, donc, à domicile, chez l'habitant. Ce qui nous évite la location assez chère des espaces publics ou privés pour donner nos représentations.
Ce qui constitue là une solution pour les jeunes artistes qui ne disposent pas de budgets pour la diffusion de leurs spectacles.
Le concept «hors-lits» que j'ai entamé en 2005 en France en est à sa 5e édition en Tunisie.
Nous avons expérimenté ce concept dans plusieurs lieux et villes : Tunis, La Goulette, La Marsa, Sidi Bou Saïd, Sousse, Nabeul et autres. Ce concept peut être développé, également, par d'autres jeunes danseurs et chorégraphes dans plusieurs régions du pays.
Ce qui est un moyen de diffuser nos productions et de démocratiser l'art de la danse.
Est-ce que vos créations partent d'un mouvement, d'une gestuelle ou d'une idée ?
En général, je pars d'un sentiment que je ressens. Quand je regarde les actualités, certains sujets me touchent énormément et je ressens l'envie de les évoquer sur scène. C'est à ce moment qu'une gestuelle se profile, petit à petit, en fonction du sujet que je traite et de l'espace. Mais dans certaines de mes créations, à l'image du concept «Hors-lits», l'espace s'avère primordial, car chaque spectacle est unique selon le lieu où il se déroule.
Les sujets que vous traitez se focalisent sur les Tunisiens et cette lutte perpétuelle entre deux modes de vie : le désir de liberté et l'attachement viscéral à la normalité, le tiraillement entre le passé et le futur. Dans «Impasse», par exemple, on décèle cette lutte incessante entre le désir et le renoncement.
Il est vrai que j'aime bien critiquer les Tunisiens, en réfléchissant sur les contrastes et les oppositions, en les menant sur des chemins qui les dérangent, le corps tunisien est particulier car il possède une vérité propre à lui. C'est un corps qui aime la bonne chère et on est loin des canons du corps parfait. C'est pourquoi je n'ai pas hésité dans «A jour» de faire appel à des danseurs amateurs qui sont beaux sans avoir des corps parfaits, grands, minces, musclés, etc.
Nous sommes tous des danseurs potentiels si nous arrivons à bouger car il est possible d'explorer autre chose que le corps par exemple : un sentiment, une histoire ou une émotion qui transcende la technique.
Vous proposez, également, comme dans «Tohu-Bohu», une réflexion sur l'espace et la place de la danse.
Il existe de vraies difficultés pour les jeunes danseurs de trouver des occasions pour se produire. Car il existe seulement deux festivals de danse chez nous. Il faut, donc, trouver une solution, un jeune chorégraphe n'a pas tellement de perspectives pour présenter ses créations. Les théâtres sont difficiles à louer en raison des prix prohibitifs, les maisons de la culture et des jeunes sont souvent fermées. De plus, il y a un manque de confiance à l'égard des jeunes car on ne les prend pas toujours au sérieux.
A mon avis, il faut chercher des solutions, soit d'autres espaces et concepts. D'où le concept «Hors-lits» qu'on peut jouer dans les quartiers sur les places publiques, dans la rue et dans des demeures privées.
Grâce à ce concept, 15 artistes ont pu diffuser leur spectacle. Certes, ce n'est qu'une goutte d'eau dans un océan mais c'est toujours un premier pas. Le spectacle «La nuit des étoiles» que nous avons donné à Hammamet s'inscrit dans le même concept.
Nous l'avons joué dans les loges du théâtre de plein air du Centre culturel de Hammamet, dans les jardins et dans la piscine de «Dar Sébastien», et autres. Nous avons donné en tout 7 performances partout aux abords du théâtre mais jamais sur la scène. Il s'agit d'un parti pris, délibéré pour montrer qu'ils méritent d'autres solutions hors la scène, mais aussi afin d'alerter les pouvoirs publics sur le manque d'infrastructures culturelles et d'espaces pour la danse. Le besoin de pratiquer l'art de la danse et de créer est tellement vif et pressant pour nous, que nous avons opté pour le concept «Hors-lits». Et, c'est d'autant plus intéressant qu'il existe un rapport ludique aussi bien pour l'artiste, qui est prêt à se produire dans une piscine et à chercher la manière dont il va gérer et appréhender cet espace, que pour le spectateur qui doit s'y adapter.
L'un de vos partis pris consiste à mélanger les styles et les formes d'art entre théâtre et danse comme dans «A jour», par exemple. Pourquoi ce choix ?
Parce que très souvent, surtout s'il s'agit d'un sujet politique ou social, les personnages ont un côté théâtral qui véhicule une certaine dramaturgie. De plus, le spectateur tunisien a besoin de cet aspect dramaturgique afin de se rapprocher de l'art de la danse. Beaucoup de Tunisiens ont des difficultés à appréhender un spectacle de danse, donc le théâtre s'est imposé à moi comme un facilitateur, car il pose, quelque peu, le sujet de manière moins abstraite que la danse.
Mais en choisissant cette approche, c'est comme si vous estimiez que l'art de la danse ne se suffit pas à lui-même
La danse-théâtre est un courant qui existe, outre qu'à mes yeux, il ne s'agit pas de danser pour danser mais de pouvoir, aussi, véhiculer des points de vue.
Dans mes pièces, les danseurs donnent rarement des répliques, mais ils jouent un rôle sur scène dans une forme, également, théâtrale.
Quelles sont vos influences et vos références chorégraphiques et esthétiques?
Je suis influencé, notamment, par le grand chorégraphe Akram Khan, auteur de spectacles de grande qualité qui transcendent la technique pour faire voyager le public par la réflexion, le sens et l'émotion. Je suis, également, influencé par l'immense Pina Bauch qui a beaucoup travaillé sur la danse-théâtre. Or, justement, «Café-Muller» est l'une de ses pièces les plus connues et qui a fortement impacté mon travail.
Vous avez fait appel dans «A jour» à des danseurs amateurs, est-ce par nécessité ou pour démocratiser la danse?
C'est plutôt afin de démocratiser l'art de la danse et de démontrer que tout le monde peut danser.
Lors de la journée internationale des personnes handicapées en 2014, j'ai fait danser des handicapés-moteurs dans la rue devant la porte de France. C'était une expérience très intéressante car il s'agissait d'écrire une chorégraphie avec toutes les difficultés inhérentes aux déplacements des handicapés qui sont en fauteuils roulants dans l'espace.
J'ai beaucoup appris avec ces personnes handicapées qui sont très humbles mais qui en veulent. Chacun de nous peut danser car il existe un champ des possibles qui est très large.
Le directeur du festival «Montpellier-danse» a annoncé il y a une année, dans une interview, «la mort de la danse contemporaine». Qu'en pensez-vous?
J'ai lu cette interview où il parlait de la ressemblance des courants et des gestuelles. Je ne suis pas, tout à fait, contre ce qu'il a dit, c'est pourquoi je veux travailler avec différents interprètes : ils peuvent être des amateurs, des musiciens, des comédiens, des circassiens, des handicapés.
Le champ des possibles de la création chorégraphique est tellement vaste qu'on peut trouver de nouvelles manières d'interroger la danse contemporaine. Et c'est pourquoi je ne travaille pas avec des danseurs issus de la même formation afin d'éviter un rendu similaire. Je suis toujours à la recherche de nouveautés, côté interprètes et espaces. Car on peut ouvrir des opportunités d'avenir considérables à l'art chorégraphique.
Enfin, comment jugez-vous l'avenir de la danse contemporaine en Tunisie?
En tant que professionnel, je constate que beaucoup de jeunes veulent pratiquer la danse et en faire un métier. Aujourd'hui, nous avons la chance de voir le ministère des Affaires culturelles soutenir l'art de la danse ainsi que les jeunes chorégraphes en leur allouant des subventions allant de 4.000 à 10.000 dinars. Cela présage donc d'un avenir assez positif. Mais pour développer l'art de la danse et faire évoluer les choses, il faudrait former les danseurs et surtout des managers culturels dont la tâche est de trouver des sponsors et de faire de la communication pour créer un mouvement fédérateur autour de l'art de la danse.
Mais comme il n'existe pas de producteurs de spectacles de danse, ces managers ou opérateurs culturels se chargent de la production et de la communication. Ce sont là des métiers relatifs aux spectacles vivants qui n'existent pas chez nous et qui devraient exister comme c'est le cas en Occident.


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