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Municipalité de Tunis, chute et dérive de l'action culturelle
TRIBUNE
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 05 - 2017


Par Mohamed KOUKA
Le Théâtre municipal de Tunis, qui vient de rouvrir ses portes, après une énième fermeture, celle-ci a duré quelques longs mois, est un lieu emblématique de l'action culturelle et de l'animation de la capitale. Il a constitué jusqu'à assez récemment un lieu évènementiel de la consécration et de la célébration. Il a constitué depuis son inauguration, au tout début du vingtième siècle, en 1902 plus précisément, un lieu d'exception culturelle. La vitrine culturelle de la capitale. Sa belle architecture, style Art nouveau, unique en Afrique, est due à l'architecte Jean-Emile Resplandy.
La programmation du théâtre tout au long de ces années d'activité, ,depuis son ouverture avec "Manon Lescaut", l'opéra de Massenet, et au vu de la densité de la programmation lyrique, pouvait faire penser que le Théâtre municipal était un véritable théâtre lyrique, capable de programmer trois opéras par semaine, je dis bien trois opéras, à titre d'exemple : un samedi 8 novembre "La Traviata" de Verdi, le dimanche 9 novembre "L'Africaine" de Meyerbeer, suit le mardi 11 novembre "Les Huguenots" du même Meyerbeer, le jeudi 13 novembre "Werther" de Massenet, samedi 15 novembre "Faust" de Gounot . Sans oublier à l'affiche des représentations théâtrales. On pouvait voir la même semaine, en soirée, une comédie « Pour avoir Adrienne », en matinée encore une comédie, « L'Epervier », et la soirée qui suit, un vaudeville "La Dame de chambre" pour finir avec encore une comédie "L'Ane de Buridan" ; sans oublier le genre dit "sérieux", et le théâtre dit classique. C'est ainsi que les saisons se suivaient avec une saison lyrique doublée d'une saison dramatique. Il faut rappeler que les plus grandes stars de l'art théâtral de la première moitié du vingtième siècle avaient foulé les planches du Théâtre municipal, citons Sarah Bernhardt, Béatrice Dussane dont une peinture accrochée, encore aujourd'hui, dans le hall du théâtre, rappelle qu'elle était la première tragédienne à avoir foulé la scène du théâtre lors de sa réouverture en 1911.Je rappelle qu'une salle d'étude à l'Ecole normale supérieure de le rue d'Ulm porte encore aujourd'hui son nom ! Madeleine Roche, Cécile Sorel, Maurice Escante et la Comédie Française. Pierre Renoir fils du peintre Pierre Auguste Renoir et frère du grand cinéaste Jean Renoir avait tenu le haut de l'affiche du Théâtre municipal à plusieurs occasions .Le père de Michel Sardou était un autre habitué des planches du Théâtre municipal. En 1950, il y avait eu le grand Louis Jouvet avec son, non moins fameux, "Knock" de Jules Renard ; Jouvet avait reçu, à la fin de la représentation, une décoration tunisienne. Il faut citer Jean-Louis Barrault, François Périers, sans oublier évidemment les éminentes vedettes du Boulevard tels Robert Lamoureux, Jacqueline Maillan, ils étaient des habitués de la scène municipale. Il y avait Pierre Brasseur, son fils Claude, mais aussi bien l'immense Raf Valone avec son triomphe de l'époque : "Vu du pont", drame très attachant d'Arthur Miller, Curt Jurgens dans "Le Fil rouge" mise en scène de Raymond Rouleau.
Après l'indépendance, la programmation dramatique a pris le pas sur le lyrique. La Commission culturelle municipale, sous l'autorité du maire, a pris le relai, pour animer le théâtre. Par contre, la nomination d'un directeur pour le théâtre était du seul ressort du maire (j'y reviendrai). Disposant d'un budget lui permettant d'assurer une solide continuité de la saison dramatique, le directeur poursuivit la même politique que ses prédécesseurs du protectorat, en continuant de collaborer avec le même tourneur, Karsenty, celui-là même qui assura, depuis le début des années vingt une dense programmation théâtrale, et qui devait perdurer jusqu'au milieu des années quatre-vingt dix. Par la suite, Karsenty s'associera avec Herbert, pour garantir un choix varié de spectacles dramatiques de qualité. Cette politique d'une efficacité à toute épreuve a fini, par la suite, par rendre l'âme sous le poids de l'incurie, l'opportunisme et, dois-je le dire, à l'inculture des responsables des directions municipales qui se sont succédé et à leur impardonnable négligence, surtout vers la fin de l'ancien régime. Alors que jusqu'à la fin des années quatre-vingt dix et au tout début des années 2000 le Théâtre disposait d'un budget de deux cent mille dinars, la direction municipale a décidé de fondre ce budget dans celui de l'Association culturelle mal gérée et traînant un important déficit endémique de quelques centaines de milliers de dinars. C'est une grave faute commise par la direction municipale, l'Association finit par engloutir le budget du Théâtre dans ses dépenses hasardeuses. Et c'en est fini de la toute relative indépendance du directeur du théâtre et d'une programmation de qualité. Résultat, le Théâtre n'a plus de budget propre, pour la première fois, depuis sa fondation en 1902. On a fini par confier la programmation de la saison culturelle à une sorte d'imprésario privé, ce qui a fini par sonner le glas de la saison théâtrale internationale. Une réelle catastrophe culturelle !
Evoquons maintenant le mode de désignation du directeur du Théâtre municipal. Au temps du protectorat, le Conseil municipal, à dominante française, désignait une forte personnalité artistique et intellectuelle : un français bien évidemment. A titre d'exemple, au milieu des années vingt, un metteur en scène et chef d'orchestre du nom de J. Camille Boucoiran fut nommé directeur-administrateur. A la fin des années vingt-deux directeurs assurèrent la direction du Théâtre : un directeur administratif, L. Gabis, et un autre artistique, J. Aubert. Les directeurs qui ont suivi par la suite sont généralement de fortes personnalités du monde des arts secondés par des administrateurs attitrés. A l'indépendance, le même protocole continua à régir le choix d'un directeur pour le Théâtre ; je rappelle qu'au milieu des années soixante, un ex-ministre directeur du cabinet de Lamine Bey (gendre du Bey pour l'anecdote), fut nommé directeur du Théâtre. Jusqu'ici, personne ne savait qu'Aly Ben Ayed fut sollicité pour diriger le Théâtre peu avant sa disparition , c'était lui-même qui m'en avait informé, je peux en témoigner devant l'histoire. Cela le ravissait particulièrement parce qu'il pensait-il, enfin, la Troupe municipale allait pouvoir disposer logiquement du Théâtre municipal et qui lui revient de droit, puisque les deux institutions appartiennent à la ville de Tunis ; mais la mort subite de Ben Ayed avait fait capoter ce qui aurait pu constituer un complexe culturel exemplaire. Après un moment de transition, pendant lequel le Théâtre était dirigé par un administrateur, Mohsen Ben Abdallah qui fut le jeune premier attitré de la Troupe municipale de Tunis et après avoir succédé à Ben Ayed à la tête de la Troupe théâtrale fut appelé à diriger le Théâtre municipal, poste qu'il occupa pendant plus d'une vingtaine d'années.
Le théâtre était amené à fermer ses portes entre 1984 et 1985, alors que Mohsen Ben Abdallah en était le directeur, pour refaire la tuyauterie du chauffage, réparer les toilettes, retaper le sol des guichets ; le tout supervisé par Rafik Aouali, ingénieur principal de la Ville. Enfin, une troisième et avant-dernière fermeture, elle date des années 2000, alors que j'étais moi-même directeur des lieux, et dont l'objet était le remplacement intégral des sièges et autres fauteuils ainsi que le changement de la moquette de la salle. La commission chargée de faire le choix de la couleur de la moquette s'était, alors, lourdement trompée en optant pour une couleur claire. La salle s'était vue moderniser son équipement acoustique grâce à un don de l'Etat japonais, ce qui m'avait permis, à l'époque, de visiter ce pays et de faire, un tant soi peu, la connaissance du grand théâtre japonais traditionnel.
Ensuite l'honneur m'échut de diriger ce lieu culturel prestigieux pendant quelques courtes années. J'ai été nommé directeur du Théâtre suite à un décret du maire à l'instar de mes prédécesseurs. Vu l'importance stratégique du Théâtre municipal en tant que superbe vitrine culturelle de la capitale, ce qui implique des enjeux politico-socio-esthético-culturels importants, la nomination du directeur a toujours constitué le premier de ces enjeux. Cette responsabilité incombait au Maire en personne. Le contrat du directeur était même ratifié par le Premier ministère. Par contre, la commission culturelle pouvait proposer au maire le nom d'un chef de service de la culture. La responsabilité du directeur du Théâtre ne s'arrête pas à la programmation, il lui faut veiller à la bonne marche de l'outil. La cage de scène est une véritable machine à produire des images, mais d'une complexité insoupçonnée, mais réelle.
Issue d'une révolution scénographique majeure du XVIe siècle, avec la découverte de la perspective picturale et son application à la décoration théâtrale, la cage de scène, ou bloc de scène, abrite trois parties nettement distinctes : les dessous, la scène, le cintre. Cette boîte scénique désigne l'ensemble architectural comprenant le volume scénique de jeu et de service depuis les fondations jusqu'au faîtage, du mur de fond de scène lointain au cadre face, du mur de jardin (côté gauche de la scène vue prise du spectateur), au mur de cour (côté droit de la scène vue prise de la salle).Pour piloter cette machine, une trentaine de machinistes environ étaient à l'œuvre, répartis en corps de métier : les menuisiers, les électriciens, les accessoiristes, les cintriers. Un atelier de couture, une salle de maquillage...Depuis un certain nombre d'années, notre Théâtre municipal fonctionne avec une équipe réduite de machinistes ne dépassant pas cinq individus mal préparés, mal formés, mal encadrés, ce qui est proprement scandaleux pour les risques encourus pour la sécurité élémentaire du théâtre...Par ailleurs disparus, les ateliers de décor, de couture, de maquillage avec la regrettable démolition de l'ancien Palmarium... Il faut absolument tirer la sonnette d'alarme, car avec ce nombre scandaleusement réduit d'ouvriers, même pas spécialisés, au détriment de la sécurité élémentaire, le Théâtre court à plus ou moins brève échéance à la catastrophe surtout avec un rideau de fer défaillant. Dans tous les théâtre ‘à l'italienne' comme le nôtre, le rideau de fer constitue un dispositif essentiel de sécurité ;il est conçu pour protéger le public en cas de sinistre. On doit, impérativement, tester son bon fonctionnement en présence du public avant n'importe quelle manifestation se déroulant en son sein. En Europe, les théâtres dont le rideau de fer est défaillant sont interdits au public !
Le plus gros problème demeure entier : c'est l'actualisation et la modernisation de la boîte scénique, héritage direct de la boîte à l'italienne du XVIe siècle, avant qu'il ne soit trop tard !
La nomination d'un directeur à la tête du théâtre n'est pas une mince affaire, car il s'agit de trouver la personnalité idoine armée techniquement aussi bien qu'intellectuellement pour diriger cette redoutable machine. Il ne revient, tout simplement pas, au service culturel de nommer le premier dilettante venu à la tête de ce prestigieux espace culturel. Surtout quand le nommé chef du service culturel ne soupçonne même pas la complexité du fonctionnement de la machine théâtrale. D'ailleurs, la nomination du directeur en l'état actuel des choses reflète la régression absolument inédite pour ne pas dire incroyable des activités culturelles de la ville de Tunis
Jamais la municipalité n'a connu une si grave régression culturelle que sous cette "délégation provisoire". Amateurisme, absence de vision, de proposition. Animation culturelle au point mort, bureaucratisme. Bref un état d'abandon et de démission. Je rappelle qu'il y a quelques années la Troupe de la Ville de Tunis ne se privait pas de présenter ses créations dans les espaces culturels autour de la capitale, dans la banlieue des exclus. Il me souvient qu'une saison après avoir joué la pièce de Ezzeddine Madani "El Hallej", dans une mise en scène de Chérif Khaznadar, pendant un mois à Paris, une fois de retour à Tunis la Troupe a été directement jouée à la cité Ezzouhour, puis à Jbel Jloud; mais aussi à Sijoumii , Daouar Hicher. En ce moment, la Troupe de la ville de Tunis est littéralement agonisante, oui en train de rendre l'âme ou ce qui en reste, dans l'indifférence générale. Le nombre d'acteurs composant actuellement l'effectif ne dépasse pas les doigts d'une seule main et ce n'est pas une clause de style. Les comédiens partis à la retraite, les démissionnaires, ceux qui sont morts ne sont pas remplacés. Il y a fort à parier que cette "délégation spéciale" attend impatiemment le dernier partant pour fermer boutique ! Vivement les prochaines élections municipales. Il faut pourtant l'affirmer avec force conviction, cette compagnie théâtrale fondée en 1954 (sous le protectorat dois-je le préciser) est un véritable acquis culturel, fruit de luttes âpres et ardues, de nos prédécesseurs, écrivains, journalistes, artistes dramatiques, peintres. tels le poète Mohamad Marzougui, l'homme de presse Hédi Laâbidi, Hammadi Jaziri, l'Egyptien Zéki Touleimet, Mohamed Abdelaziz Agrébi, Hassan Zmerli, Aly Ben Ayed, etc.
Dans les pays civilisés, à grandes traditions culturelles, on ne badine pas avec les acquis spirituels et à plus forte raison artistiques
* (Dr en économie, Dr en statistique, diplômé de l'IAE de Paris et ancien chef de cabinet...)


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