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La belle et la meute de Kaouther Ben Hania
Sélection officielle, un Certain Regard, du 70e festival de Cannes
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 05 - 2017


Et l'aube vient après la nuit !
De notre envoyée spéciale à Cannes Samira DAMI
Adaptation libre du livre «Coupable d'avoir été violée» de Mariem Ben Mohamed et Ava Djamshidi, «La belle et la meute» (Ala keff Ifrit), le long-métrage de Kaouther Ben Hania, a été projeté vendredi dernier dans la section «Un certain regard» de la sélection officielle du 70e Festival de Cannes. Après ses deux longs-métrages, «Challat de Tunis » et «Zeïneb n'aime pas la neige».
Aussi bien le livre que le film sont tirés de faits réels survenus en 2012, des faits graves qui ont secoué l'opinion publique tunisienne face au désarroi de Mariem, une jeune fille inculpée «d'atteinte à la pudeur» bien que violée à de multiples reprises par deux policiers.
Le film construit, non pas en un seul plan-séquence, mais en 9 plans-séquences, s'ouvre sur Mariem (Mariam Al Ferjani) étudiante, toute en rondeur, coquette et physiquement bien dans sa peau, qui s'apprête à savourer les moments de la fête étudiante organisée dans un hôtel de la banlieue nord de Tunis. Au cours de la soirée, elle est attirée par Youssef (Ghanem Zrelli) avec lequel elle s'éclipse...
Mais le deuxième plan-séquence portera rapidement la marque du changement et de la transformation profonde de Mariem qui vit une descente abyssale aux enfers après le drame qu'elle a subi physiquement et psychologiquement : bleus sur le visage et le corps, lèvres tuméfiées, choquée et l'air effrayée et affolée.
En voyant Youssef la poursuivre en courant, on pourrait penser que c'est lui qu'elle fuit, mais, en fait Mariem fuit une voiture de police où elle vient d'être violée. La réalisatrice ne montrera pas, d'emblée, le viol par l'image. Elle opte pour le parti pris du suspense, élément qui permet de tenir le spectateur en haleine afin qu'il puisse suivre les péripéties rocambolesques que vivra la victime (obtenir un certificat médical prouvant le viol, pouvoir porter plainte contre les deux policiers violeurs ainsi que le policier racketteur). Ainsi, seulement quelques bribes de la scène du viol enregistrée sur le téléphone portable de l'un des policiers violeurs seront montrées vers la fin du film.
Mais la victime brisée résistera-t-elle face au rouleau compresseur de la machine administrative, hospitalière, policière et législative pesante et kafkaïenne ?
Les plans-séquences défilent en déroulant les étapes de la lutte que mène Mariem pour le respect de ses droits et de sa dignité, la nuit sera longue et éprouvante pour elle. C'est poussée par Youssef, militant, ayant participé au sit-in d'El Kasbah 2, qu'elle finira par porter plainte. Et malgré les moments de honte, de doute et d'incertitude, elle tente de résister aux mensonges et aux menaces, à la manipulation et aux pressions, à la misogynie et au sexisme de cette meute de policiers, représentée par d'effrayants chiens féroces et aboyant.
Une meute violente et répressive, dont le seul souci est de protéger les violeurs soit en empêchant Mariem de faire une déposition soit pour l'acculer à retirer sa plainte afin d'étouffer l'affaire. Même le personnage de la femme policière (Anissa Daoud) enceinte, donc normalement porteuse de vie et d'humanité, est dénuée de tout sentiment, elle se confine dans sa fonction technique et finit, comme ses collègues hommes, par traiter Mariem de «traînée». Mais tous parmi les personnages de policiers n'ont pas l'esprit corporatiste ni une âme de bourreau. A preuve, Chedly (Noômane Hamda) ce vieux policier qui, compatissant et respectueux de la loi, l'aidera à prendre conscience de ses droits.
Confrontée, seule, à tous les policiers qui s'acharnent à vouloir fermer ce dossier, si grave et si embarrassant, Mariem prendra une décision ferme et catégorique. Fera-t-elle preuve de résistance jusqu'au bout afin de retrouver sa dignité ?
Dans «La belle et la meute», la réalisatrice dénonce le regard portée par la société sur les jeunes filles et les femmes victimes de viol, la victime étant toujours considérée et désignée, par la société, comme coupable, car elle porte toujours la responsabilité de ce qui lui arrive, soit à cause de son accoutrement ou de son comportement immoral. Or, justement, les policiers ont, pendant l'interrogatoire, reproché à Mariem sa tenue légère et son flirt avec Youssef. Ce qui constitue, selon la loi, une atteinte aux mœurs.
Kaouther Ben Hania fustige, également, les procédures compliquées, les pesanteurs administratives, les lois alambiquées qui font des victimes de viols des coupables. Le message est social, mais se veut aussi politique, nous renvoyant, à travers Mariem, à la Tunisie violée par une meute de prédateurs et de corrompus.
En démontant le mécanisme du système juridique, législatif et administratif la réalisatrice s'adresse plutôt à la conscience du spectateur qu'à ses sentiments, on peut, donc, lui reprocher certaines insistances soit dans les propos des policiers soit dans celle du personnage central quand Mariem insiste, dans les dernières répliques du film, «sur sa dignité bafouée qu'elle tient à retrouver», ce que l'on a bien saisi à travers l'image et tout au long de l'action. De plus, l'allusion à la révolution et au sit-in d'El Kasbah 2 n'ajoute rien à l'ensemble.
Le 9e plan-séquence se clôt sur une note d'espoir, quand portant un voile blanc, non comme un vêtement pour se couvrir la tête et le corps, mais tel un étendard sur les épaules, affirmant par là autant son identité et son indépendance que celle du pays. Et l'aube vient après la nuit...
Il est vrai que les deux policiers qui ont violé Mariem Ben Mohamed ont écopé, en novembre 2014, 15 ans de prison ferme, tandis que le troisième a été condamné à 2 ans de prison, la victime qui a été inculpé «d'atteinte aux bonnes mœurs et à la pudeur» a bénéficié d'un non-lieu et son statut de victime violée a été reconnu par la justice.
Côté jeu, Mariem Al Ferjani interprète là son premier rôle dans un long métrage, de plus difficile et éprouvant, mais notons, notamment, les prestations d'une si grande justesse dans les rôles de policiers déloyaux et véreux de Chedly Arfaoui (Mounir) et de Mohamed Akkari (Lamjed), aujourd'hui hélas disparu, et auquel la réalisatrice, très émue et en pleurs, a rendu un vibrant hommage lors de la présentation du film.


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