De la 21e place deux ans plus tôt, la sélection nationale féminine de handball a encore chuté pour se classer à la 24e et dernière place au Mondial d'Allemagne. De plus, le sept national a essuyé de cuisants revers et n'a pas réussi à se qualifier au second tour de l'épreuve. Pire, l'équipe n'a pas gagné le moindre match. Et les raisons sont diverses. A vous de les découvrir à travers les confidences du directeur technique national. Le sept national est passé à côté de la plaque au Mondial d'Allemagne. Comment expliquer cette débâcle ? Cette mauvaise performance était attendue. Elle s'explique par le renouvellement de l'équipe. Une nouvelle génération de joueuses a débarqué après le départ massif de celles de l'ancienne équipe qui étaient championnes d'Afrique. Ce sont les raisons internes de la débâcle si vous voulez l'appeler ainsi. Et les raisons externes, quelles sont-elles alors ? Ce sont particulièrement les raisons du contexte international. Il y a actuellement trois niveaux sur le plan mondial, dont deux niveaux européens parmi les pays qualifiés au Mondial d'Allemagne. D'ailleurs, le large score entre la Norvège et la Russie (34-17 pour la Norvège) le prouve. Comme il prouve aussi l'allure galopante du handball mondial féminin. Cela veut dire que la Russie qui était championne olympique en 2016 a aussi perdu pied. L'Angola, actuel champion d'Afrique, a terminé à la 19e place. Le Cameroun s'est classé 20e grâce au tirage au sort et une victoire face à la Chine. Ce sont les seules raisons de ces multiples revers ? Soyons réalistes tout de même. Nos adversaires étaient plus forts et l'équipe de Tunisie est en phase de restructuration. Outre l'équipe seniors, nous disposons d'une bonne sélection cadette qui formera bientôt l'amalgame avec l'équipe «A». Nous avons besoin de participer aux compétitions internationales pour que les joueuses s'aguerrissent et gagnent en expérience. Revenons à notre prestation au dernier Mondial pour dire que c'est vrai que les scores sont lourds et difficiles à digérer. Mais il y a des paramètres à prendre en considération. Les joueuses ont traité d'égal à égal pendant 40 minutes face à la Russie et jusqu'aux dernières minutes face au Brésil, ex-champion du monde en 2013. Aujourd'hui, le Brésil a pris la 13e place et la Pologne la 17e. Pour notre part, l'objectif était de participer pour acquérir de l'expérience. D'après certaines joueuses, cette sélection n'a pas bénéficié de l'intérêt attendu avant une compétition de l'envergure du Mondial... Mis à part les matches internationaux, l'équipe n'a pas disputé de rencontres amicales de haut niveau durant la semaine IHF, puisque les sélections européennes disputaient en parallèle les éliminatoires de l'Euro féminin. Cela était aussi valable pour la sélection masculine et vous avez remarqué que le tournoi des 4 nations a regroupé le Bahreïn, l'Arabie Saoudite, l'Algérie et la Tunisie. Concernant les féminines de nouveau, elles ont disputé un seul tournoi en France avant le départ au Mondial. C'est vrai que c'est peu, et les raisons incombent aussi à un manque de moyens financiers. Ce groupe a commencé la préparation en juillet 2017. On ne prépare pas un Mondial en six mois. On aurait dû aller jouer contre des clubs à l'étranger, mais la réduction du budget ne nous a pas permis de le faire. Sans compter la dévaluation du dinar tunisien. Quoi qu'on dise, notre classement reflète notre niveau actuel. Je vous rappelle que depuis sa première participation à un Mondial en 1975 en Union soviétique et jusqu'au dernier Mondial d'Allemagne, la Tunisie a souvent essuyé des revers et ne s'est jamais qualifiée aux huitièmes de finale. Cela me fait mal au cœur de le rappeler. De plus, notre sélection nationale a mis 15 ans pour remporter un titre africain. Quelle est la moyenne d'âge de cette sélection ? Outre les trentenaires qui sont Mouna Chebbah, Inès Khouildi, Manel Kouki et Inès Jaouadi, la moyenne d'âge de l'équipe est de 23 ans. Je signale aussi que cinq joueuses parmi l'effectif ont disputé leur premier Mondial en Allemagne. Maintenant il va falloir mettre de l'ordre dans la maison et redresser la situation. Comment y parvenir ? Nous ne sommes pas fatalistes. Ce n'est pas le classement au Mondial qui nous a fait découvrir nos lacunes. Loin de là. Nous avons d'énormes problèmes au niveau de la formation. Le nombre de joueuses dans les clubs pouvant avoir le statut d'internationales et jouer au haut niveau est réduit. Maintenant, nous devons privilégier la formation dans les clubs. D'ailleurs, deux décisions ont été prises. La première est de cumuler les points dans les matches de championnat entre les catégories cadettes et seniors. C'est donc le club qui récolte les points, pas les sections. Pour être champion, il faut disposer de deux bonnes équipes cadette et senior. La seconde décision sera appliquée à partir de la saison prochaine et concerne les entraîneurs des jeunes, garçons et filles. Aucun d'eux n'aura le droit d'exercer s'il ne participe pas à au moins deux cycles de formation continue organisés par les ligues ou tout autre organisme si son contenu est validé par la fédération. C'est donc un travail de longue haleine pour la relance du handball féminin. Nous avons créé des centres de préparation de l'élite au lycée sportif de Tunis pour les natives de 2002-2003 qui vont participer au championnat méditerranéen de 2018 au Monténégro, le centre de Sousse pour les natives de 2000-2001 et également ceux de Sfax, Mahdia et Gafsa pour les joueuses des différentes sélections nationales appartenant à ces régions. Qu'espérez-vous récolter après ce gigantesque chantier? Après ce travail, nous aurons un système de renouvellement de l'élite. Le même système a été effectué avec les garçons et a porté ses fruits. Avec les filles, nous avons besoin de trois ans pour avoir une sélection nationale compétitive. La sélection ne peut pas être l'affaire d'une seule génération de joueuses. Dans toute cette organisation sportive, ce sont les problèmes financiers qui sont le premier handicap et le principal du reste. Mais nous tenons à les surmonter.