Les parents d'élèves sont de plus en plus inquiets de la tournure prise par les événements ces dernières semaines. S'ils essaient tant bien que mal de se montrer compréhensifs vis-à-vis de la surenchère qui anime le milieu enseignant, leur colère gronde de plus en plus ; justifiée par ce sentiment d'impuissance et de désarroi qu'ils ressentent face à leurs enfants pris en otage dans la violente querelle qui continue à opposer le syndicat de l'enseignement secondaire au ministère de l'Education. Aujourd'hui leur inquiétude est décuplée par un autre phénomène: l'absentéisme des enseignants. Alors que la majorité se saigne aux quatre veines pour garantir un bon niveau à leurs enfants en leur assurant des cours particuliers, les absences fréquentes des enseignants nuisent au bon rendement de ces derniers et sapent leur assiduité et leur persévérance en cours. La volonté du ministère de restreindre la liste des médecins habilités à délivrer des congés de maladie aux enseignants afin de mettre un frein au phénomène n'a pas fait long feu. Impopulaire au sein du milieu enseignant, elle n'a jamais été appliquée. Les enseignants peuvent s'absenter pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines à condition de présenter un justificatif «médical» délivré par un médecin sans être soumis à la contrainte d'une contre-visite. Cette souplesse dans le traitement des absences des enseignants a ouvert la porte à plusieurs dépassements dans des établissements scolaires à travers le territoire. Dans le lycée secondaire El Attarine (gouvernorat de l'Ariana), les élèves de terminale qui vont bientôt plancher sur les examens du baccalauréat blanc ont passé sept mois sans professeur de français. Ce dernier n'a même pas été remplacé par un suppléant. Dans un collège de la cité d'El Menzah, un autre professeur de français sur le départ à la retraite a cumulé les jours d'absence. Après être parti à la retraite, les élèves de cet ancien professeur sont restés un mois sans faire cours de français avant de poursuivre le programme avec un nouvel enseignant. Idem dans l'établissement primaire de la cité Kheïreddine dans la banlieue nord de Tunis. Les écoliers de la cinquième année primaire (trois classes) sont restés sans professeur d'arabe pendant un mois. Malgré les plaintes incessantes des parents, la directrice n'a pas remplacé l'enseignant absent, laissant le poste vacant. Mais face à l'insistance de ces derniers, elle leur a conseillé alors de faire appel directement au ministère de l'Education pour trouver une solution. Vendredi dernier, en signe de protestation, les parents ont décidé de garder leurs enfants à la maison plutôt que de les amener à l'école. Aujourd'hui, les enseignants continuent à s'absenter quand bon leur semble et c'est les élèves qui paient le prix fort.