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Quand la famille "valide" l'échec
Difficultés scolaires
Publié dans Le Temps le 01 - 01 - 2010


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L'échec scolaire incombe à des déficiences mentales à 43%, moteurs à 28% et auditives à 10%.
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56 % sont du sexe masculin et 44 % du sexe féminin.
Les vacances viennent de s'achever. Elles ont été particulièrement longues cette année, au bonheur des écoliers, enseignants et parents qui ont ainsi eu le temps de récupérer après un semestre particulièrement éreintants.
L'heure est à l'évaluation et à la prise de bonnes dispositions pour améliorer les performances. Et c'est possible, car les difficultés scolaires ne relèvent pas de la fatalité. Ecoliers, enseignants et parents ont une part dans ce phénomène de plus en plus fréquent.
En Tunisie, il touche, en effet, 1, 66% d'élèves dans le primaire, 7,5% dans le deuxième cycle de l'enseignement de base et 5, 5% dans le secondaire.
Les raisons socio-économiques défavorables ne sont pas seules à incriminer. Bien de familles aisées souffrent de l'inadaptation de leurs enfants à l'école à cause, essentiellement, de l'instabilité familiale. Pire, certaines familles ne valorisent pas la scolarisation et en offrent une image négative à leurs enfants. Enfin certaines non encore diagnostiquées, sont en cause. Enfin un bon élève au secondaire peut brusquement échouer au supérieur, en raison d'une mauvaise orientation. Autant dire que l'élève est peu ou pas du tout responsable de son propre échec.
Un séminaire organisé à Hammamet par l'association tunisienne de l'équilibre familial de Nabeul en collaboration avec l'UNICEF et les ministères des affaires sociales, de la solidarité et des travailleurs à l'étranger, de la santé publique et de l'éducation et de la formation, a ainsi été consacré à ce sujet épineux.
Trois facteurs à incriminer
La notion d'échec scolaire est complexe car elle est au croisement de plusieurs disciplines (sociologie, psychologie, pédagogie, etc.) Elle change de métrique et de définition selon le point de vue d'où l'on se place.
Les raisons socio-économiques défavorables sont souvent à l'origine de cet échec scolaire. Un enfant ne réussit pas parce que il se sent exclu ou du moins marginalisé, et il accumule du retard pour différentes raisons.
Abdelfatah Abid directeur régional des affaires sociales, de la solidarité et des travailleurs à l'étranger impute cet échec à trois facteurs " Tout d'abord, les conditions matérielles du jeune, la scolarisation moyenne des parents, la stabilité familiale (monoparentaux, séparation), la densité du tissu social, les revenus des familles, le taux de chômage, le type d'habitation, l'absence des conditions sanitaires au foyer, la malnutrition influent beaucoup sur la scolarité du jeune.
Les facteurs sociaux peuvent être cités en deuxième lieu, notamment l'emploi des parents, leurs revenus, leur niveau intellectuel, la composition de la famille, le nombre d'enfants.
D'autres facteurs relevant de la capacité parentale notamment la valorisation de la scolarisation par la famille, la présence des parents à la maison, la disponibilité des parents à collaborer avec l'école et les problématiques incapacitantes (santé, toxicomanie, problèmes judiciaires...)
Les facteurs relevant du parcours scolaire antérieur notamment le retard scolaire accumulé, une mauvaise orientation, un mauvais rapport élève enseignant et administration, des contraintes de transport et d'horaire, absentéisme et retards sont également à incriminer.
" Les enfants de milieu défavorisé sur le plan matériel sont certes plus exposés à l'échec scolaire, précise M. Mohamed Gouissem chargé de l'animation culturelle à la direction régionale de l'enseignement de Nabeul, le manque de moyens conduit fréquemment à l'échec en dépit des efforts déployés pour réussir. Résultat, l'enfant se désintéresse de l'école. Il préfère rester dans la rue. D'autres fois le problème est plus grave. Les parents n'attendent que l'arrêt de la scolarité pour que leur progéniture devienne source de revenus. Certaines familles très nécessiteuses poussent l'enfant à travailler afin de subvenir aux besoins de la famille. L'enfant peut en ressentir un découragement, une gêne vis à vis de ses copains et de ses parents. Il peut en être affecté. Cet échec scolaire peut s'exprimer par un désintérêt, une grande lassitude, une grande fatigue, une difficulté à penser, qui manifesteront une forme comparable aux dépressions plus ou moins graves que l'on rencontre chez l'adulte. "
Instituer une visite médicale au premier trimestre
Dr Leila Ben Slimane de l'Unité régionale de réhabilitation des handicapés de Nabeul précise que " L'échec scolaire incombe à des déficiences mentales à 43%, moteurs à 28% et auditives à 10%. 56% sont du sexe masculin et 44% du sexe féminin. Pour les déficiences intellectuelles et les déficiences psychiques, les diagnostics sont trop tardifs. Il est difficile pour le médecin scolaire de poser le diagnostic car il a besoin du concours de la structure éducative. Là se pose le rôle de l'école. Faut-il instituer au premier trimestre une visite des élèves en difficulté scolaire. Le médecin scolaire possède-t-il suffisamment de temps pour l'activité scolaire ? Et s'il détecte tous les cas, existe-t-il des structures de prise en charge ? Et sous quelle tutelle doivent être ces structures, le ministère de la santé ou de l'éducation nationale ? Les déficiences du langage et de la parole sont plus faciles à
trouver et méritent une attention toute particulière de la part des structures préscolaires. Les déficiences sensorielles (auditives et visuelles) doivent être rapidement diagnostiquées avant même la scolarisation et c'est le rôle des médecins d'abord et de la médecine préscolaire. Les troubles des apprentissages scolaires sont très mal connus surtout par le corps enseignant qui les considère comme un retard mental. Une grande partie de ces enfants sont perdus de vue et reviennent quelques années après, avec un échec scolaire et un abandon de la scolarité. Un matériel pédagogique spécifique à chaque déficience doit être disponible dans les écoles pour la réussite de l'intégration scolaire. Un projet éducatif individualisé doit être élaboré même de façon sommaire pour chaque élève soit intégré, et là il faut choisir entre une école d'intégration ou une école inclusive
Le rôle du tissu associatif
Face à cet échec scolaire, il faut accorder une attention particulière aux premiers signes de l'échec. Les cellules d'action sociale et les bureaux d'écoute ont un rôle à jouer dans nos écoles. Ils peuvent agir par des moyens pédagogiques, des moyens éducatifs, des moyens thérapeutiques.
Le tissu associatif pourra jouer un rôle important. C'est le cas de l'association tunisienne de l'équilibre familial de Nabeul qui, selon sa Présidente Ahlem Mahmoud Boufaied, vise à soutenir les enfants en difficultés scolaires, à lutter contre la déscolarisation des enfants, aider les familles en difficultés et soutenir les enfants à problème. Ce partenariat est jugé utile dans la prévention de ce fléau.
Le travail devra ainsi se faire avec les parents. Les thérapies d'enfants doivent prendre en considération la question des parents afin de les aider à prendre conscience de leurs propres difficultés à assister à leur propre dépassement par leur enfant et afin que celui-ci s'autorise lui-même à franchir cette étape cruciale. Les parents restent les interlocuteurs appréciés et désirés. Mais tous les autres adultes en contact avec le jeune en difficulté (école, association, club...) ont une responsabilité.
Un bon climat éducatif familial joue en faveur d'un meilleur équilibre de la personnalité de l'enfant, ce qui assure une meilleure disponibilité des processus mentaux. Dans le cas contraire, il serait un facteur de mauvaise adaptation scolaire.
L'information, la sensibilisation, mais surtout l' écoute de nos jeunes sont primordiales. Les parents sont les mieux placés pour transmettre des valeurs à leurs enfants.
L'école pourra aussi jouer un rôle important et comme l'a dit Dr Ridha Djemali : " on doit encourager nos enfants à venir à l'école. L'important est de montrer à l'enfant que l'on s'intéresse à ce qu'il fait en classe s'il est paresseux pour travailler, essayer de le motiver. Sachez aussi le récompenser pour une bonne note.. Amorcez le dialogue avec vos enfants. Vous pouvez les sauver en leur montrant le bon chemin. L'enseignant doit éviter cette violence verbale voire physique vis-à-vis de nos jeunes, car il est inadmissible que certains instituteurs violentent encore nos enfants et ignorent leurs vrais problèmes. "
Kamel BOUAOUINA
L'avis de Daniel Calin professeur de philosophie :
" Mettre en avant autant que possible les secteurs de compétence de l'enfant au lieu de s'acharner sur ses faiblesses "
Le Temps : Quelles sont les causes de l'échec scolaire ?
-Daniel Calin : Très diverses : sociales, familiales, médicales... Et souvent au croisement de ces diverses causes...
*Vous liez cet échec à une blessure narcissique de l'enfant. ?
-Non : je dis, au contraire, que c'est l'échec qui induit une blessure narcissique de l'enfant, quelle que soit sa cause.
Pensez-vous que l'échec scolaire touche presque toujours des enfants psychologiquement " fragiles " ?
-L'échec scolaire fragilise presque toujours les enfants (sauf ceux, de plus en plus rares, dont la famille "valide" en quelque sorte l'échec, par refus de l'école) - mais il peut provenir de causes très diverses... Y compris d'un blindage narcissique de l'enfant tel, qu'il n'a rien à prouver et refuse tout effort (les enfants-rois... et certains enfants de [trop] "bonne famille"...).
Comment gérer cet échec scolaire ?
Compliqué... Deux lignes directrices :
1/ mettre en avant autant que possible les "secteurs de compétences" de l'enfant, au lieu de s'acharner sur ses "faiblesses" comme on le fait presque toujours, aussi bien à l'école que dans les familles
2/ mieux adapter "l'offre scolaire" au niveau réel et au fonctionnement réel des enfants - mais c'est toute une histoire !


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