Samsung exploitera un hall d'exposition autonome au CES 2026 pour une expérience unique de l'écosystème AI    BCT baisse son taux directeur : ce que ça change vraiment pour les familles et investisseurs tunisiens    CAN 2025 : Ali Abdi intègre l'équipe-type du premier tour    ''Bourguiba, l'orphelin de Fattouma'', ce dimanche matin à Al Kitab Mutuelleville    Météo en Tunisie : ciel partiellement nuageux sur l'ensemble du pays    Nouvelle année, nouvelles règles : qui peut entrer aux Etats-Unis ?    Kerkennah : perturbations prévues sur les traversées aujourd'hui et demain    Drame du Nouvel An à Crans-Montana : des Français parmi les victimes    Alerte du ministère des Finances : voici les dernières échéances fiscales de janvier 2026    Scandale des billets de la CAN : 118 personnes interpellées au Maroc    Droits de circulation : à partir d'aujourd'hui, payez en ligne ou directement auprès des recettes    Ministère des Finances : calendrier officiel de paiement des dettes et amendes pour 2026    Explosion dans un bar à Crans-Montana : plusieurs morts et blessés    Projets de lois : le président du parlement presse l'exécutif d'agir    Zahran Mamdani prête serment sur le Coran et entre dans l'histoire de New York    Prévisions météo pour le premier jour de l'année 2026    Conseil de sécurité: Vives contestations de la reconnaissance du Somaliland par Israël    Tahar Bekri : Voeux de l'oiseau patient    L'Année 2026 sera l'année de la lecture en Tunisie : pour réconcilier les jeunes avec les livres    Maroc 2025 : qui jouera et quand ce 31 décembre ?    Ismaïl Gharbi élu meilleur joueur : la Tunisie continue l'aventure en CAN 2025    Tunisie - Tanzanie 1-1: Une qualification amère    Match Tunisie vs Tanzanie : Où regarder le match de la CAN Maroc 2025 du 30 décembre?    La startup "PayDay" et la "BTE" lancent une nouvelle dynamique bancaire à fort impact RSE    Note de lecture : Une Reine sans royaume, de Hella Feki    Hammam-Lif : lancement officiel des travaux de restauration du Casino historique    George Clooney et sa famille deviennent Français et s'installent en Provence    Signature de cinq accords tuniso-saoudiens à Riyad    Décès de Brigitte Bardot, icône du cinéma et militante pour les animaux    De l'invisibilité à l'hyper-visibilité: le voile dans l'imaginaire onusien    Tunisie-Japon : SAITO Jun prend ses fonctions et promet un nouvel élan aux relations bilatérales    Kaïs Saïed : seule l'action sur le terrain fera office de réponse    Elyes Ghariani - Le Style Trump: Quand l'unilatéralisme redéfinit le monde    Fusillade de Bondi : 1,1 million de dollars récoltés pour le héros blessé !    Forum de l'Alliance des civilisations : Nafti plaide pour un ordre mondial plus juste et équilibré    Gafsa : deux morts dans un accident de la route    Eau potable: 14 000 km de canalisations ont plus de 50 ans, le vieillissement du réseau est l'une des causes des coupures répétées    Allemagne : une femme voilée peut-elle encore devenir juge ? La justice tranche    Accès gratuit aux musées et sites archéologiques ce dimanche 7 décembre    Trois marins portés disparus après le chavirement d'un bateau de pêche au large de Skhira    Après le choc de Fordo... l'Amérique se prépare à une arme encore plus létale et dévastatrice    Ouverture de la 26e édition des Journées théâtrales de Carthage    Béja : Deux femmes blessées après un jet de pierres contre un train de voyageurs (vidéo)    Il pleut des cordes à Nefza: Une journée sous le signe des intempéries    Daily brief régional: Messages pour Gaza: Des bouteilles parties d'Algérie finissent sur le sable de Béja    Le Dollar clôture le mois de mai sous les 3 Dinars sur le marché interbancaire    CHAN 2024 : avec 3 tunisiens, la liste des arbitres retenus dévoilée    Coupe de Tunisie : ESS 2-4 ST, les stadistes au dernier carré avec brio    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Les contradictions qui font que la vie soit possible
Lu pour vous — La fille de l'enfer
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 05 - 2018

Khiria Boubtane nous mène tour à tour devant et derrière le miroir, derrière les grandes appréhensions qui pavent le rapprochement et la promesse implicite du compagnonnage (comme aux premiers temps de l'Adam et l'Eve génériques) pour culminer dans la fusion dans le même corps avant de se scinder pour peupler l'espace et le temps. C'est de là que l'auteur semble faire partir toutes les contradictions qui font que la vie soit possible.
Une femme selon toute apparence, ou alors une émanation de féminité, ou bien la féminité absolue (on ne peut décider) est en train de vivre une sorte de cauchemar qui pourrait avoir tout de la réalité, mais une réalité autre, différente de notre ici-bas empirique, propice à de nouvelles formes d'existence. Pourtant, ce n'est pas tant l'existence tangible qui semble compter pour la narratrice, que la réflexion ou les sensations ou les idées qui se pressent, se bousculent dans tous les sens, influant d'une manière radicale sur l'image de la réalité et la changeant en des modes successifs qui se valent, puisque tous l'acceptent à leur manière.
Un monde impossible ?
C'est ainsi que Khiria Boubtane décrit ce qu'elle classe comme un Premier néant qui, en vérité, n'en est un qu'en apparence. Le néant étant, du moins dans la conception générale, une essence et un espace absolu, on ne peut décemment pas appeler de la sorte l'espace décrit par l'auteur, puisqu'elle y dépeint une profusion de contradictions. Des contradictions qui sont, comme chacun sait, le fond de la nature du monde réel qui porte en lui la chose et son contraire, partout sans la moindre exception, juste pour signifier qu'il est impossible d'atteindre un quelconque équilibre sans cette dualité. Le Yin et le Yang, le noir et le blanc, la nuit et le jour... ou bien, si vous préférez, le Yang et le Yin, le blanc et le noir, le jour et la nuit...
Seulement, Khiria Boubtane se complaît à citer d'innombrables contradictions dans ce monde qu'elle décrit en des termes qui ne laissent pas le moindre doute quant à son aspect fantastique. Et nous voici donc devant un monde impossible, un supra-monde peut-être obéissant à une nouvelle axiomatique créée de toutes pièces. Avec une interrogation capitale qui émerge tout de suite comme un casse-tête : à quoi pourrait bien servir un tel monde ? A part le fait évident de servir de réceptacle à la schizophrénie de la narratrice, on ne voit pas.
Quand un nouvel acteur entre en scène, on commence à y voir un peu plus clair. Il s'agit cette fois d'un homme et l'auteur le décrit ouvertement scindé en deux entités qui se parlent quand même sans beaucoup d'animosité, même si les accusations pleuvent de part et d'autre du miroir. Le comportement de ce nouvel acteur semble essentiellement tourné vers un voyage dans le temps, un retour sur des événements qui paraissent s'être réellement passés, jusqu'à l'enfance. C'est le moment où nous comprenons qu'il ne s'agit pas de revivre des faits réels, mais de revivre des faits rêvés. D'anciens rêves que nous hésitons à appeler des cauchemars, car nous voulons y voir du sens. En cela, nous sommes influencés comme tout le monde par ce que nous disent les praticiens que tous les rêves ont de la signification et qu'en cela, ils sont précieux, mais le lecteur honnête pourrait n'y voir le plus souvent que des divagations, un amoncellement de littérature.
Une rencontre, et tout devient possible
Car tel est le plus grand défi dans de tels ouvrages qui enveloppent le sens de toutes sortes d'artifices pour le noyer dans les images, alors que le lecteur moyen souhaite garder quelque chose de ce qu'il lit et s'impatiente quand il se trouve soudain, au détour d'un paragraphe qui ne promettait rien, devant une rencontre.
C'est un nouveau souffle qui anime alors l'ouvrage après que l'auteur a épuisé le premier niveau si l'on peut dire. Un roman, car ce volume de Khiria Boubtane en est un, n'est-il pas destiné à tout le monde, ou du moins au plus grand nombre possible ? Dans tous les cas, la rencontre est un classique pour scotcher le lecteur même si elle se rapproche plus, ici, de la rencontre du troisième type que de la rencontre habituelle qui porte en elle implicitement les promesses de la romance. L'auteur le sait, elle commence par les échanges les plus improbables assortis de considérations quasi cosmiques nous ramenant au sens, encore une fois, de l'être et du temps, comme les ont longuement traités les penseurs depuis des siècles. Mais, derrière les grandes craintes, les grandes appréhensions qui sévissent dans les deux cœurs (à prendre dans le sens que l'on veut puisque l'auteur ne se décide pas à souligner une possibilité contre une autre), finit par poindre l'humanité dans toute sa simplicité. Le reste est exponentiel et le rapprochement se scelle dans la promesse implicite du compagnonnage (comme aux premiers temps de l'Adam et l'Eve génériques) pour culminer dans la fusion qui nous dit juste que ce n'est qu'un simple retour aux sources quand ces deux entités si disparates, si montées l'une contre l'autre par les vicissitudes de la vie elle-même, étaient dans le même corps avant de se scinder pour peupler l'espace et le temps et, surtout, pour apporter toutes les contradictions qui font que la vie soit possible.
La fille de l'enfer, 254p., mouture arabe
Par Khiria Boubtane
Editions Altanweer, 2017
Disponible à la librairie Al Kitab, Tunis


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.