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«Le système éducatif supprime l'esprit critique»
Entretien avec Mehdi Cherif, auteur de « Réflexions d'un élève insoumis »
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 01 - 2019

Mehdi Cherif est un jeune Tunisien d'une vingtaine d'années. Son nom a retenti, il y a plusieurs mois, avec la publication de son propre livre, publié à compte d'auteur, et intitulé "Réflexions d'un élève insoumis, ma contribution à la réforme de l'éducation", toujours en vente. Depuis sa parution (fin 2017), la crise de l'enseignement s'est davantage aggravée, ce qui rend son contenu toujours d'actualité. Ce même (ancien élève) insoumis donne une vision globale de l'état actuel du système éducatif tunisien, mais propose aussi des solutions qu'il considère "personnelles" et totalement "subjectives". Entretien.
Après avoir eu le bac, tu as carrément passé une année sabbatique pendant laquelle tu t'es consacré à l'écriture de ce livre. Quelles sont les raisons qui t'ont poussé à faire ce choix ?
C'est en premier lieu parce que j'ai beaucoup vécu à l'étranger (pas moins de 10 ans, cinq aux Etats–Unis et cinq en France) et, qu'une fois en Tunisie, j'ai fait partie du système français. Cela m'avait beaucoup dérangé, j'étais mal à l'aise et limité. J'ai échangé avec des élèves tunisiens issus de l'école publique, et il y avait cette fois où un garçon m'a confié qu'il m'enviait, car je faisais partie du système français. C'était le déclic pour moi ! Il a commencé à me décrire ses lacunes et celles de ses camarades, et comment se déroulait l'enseignement dans les établissements publics. C'est à ce moment que j'ai réalisé que j'avais, un énorme problème : j'étais complètement déconnecté de la réalité. C'était il y a 3 ou 4 ans ! Depuis, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose, en m'appuyant justement sur mon parcours personnel en tant qu'élève à l'étranger et issu du privé tunisien : ce sont des critères qui m'ont permis d'avoir du recul, une certaine neutralité et des réflexions qu'un élève du public n'aurait pas.
Mais sur le plan personnel, tout ce que j'ai étudié ici était du déjà-vu pour moi, et je dois dire qu'être issu du système privé et français en Tunisie, c'est faire partie d'une bulle : c'est comme si tu ne vivais pas en Tunisie. Tu n'as pas d'idée sur la culture locale tunisienne, tu ne maîtrises pas bien la langue… J'ai mis une année pour m'intégrer pleinement dans la société tunisienne, découvrir ses rouages, sentir que je suis vraiment Tunisien, pas seulement sur les papiers ! Ailleurs, j'étais un étranger, mais en Tunisie, il ne fallait pas l'être. Je me suis fait un réseau de connaissances, je me suis donné à fond dans l'associatif, tout fait pour perfectionner mon arabe, entre autres. L'intégration était en cours.
As-tu écrit ce livre tout seul, ou est-ce que quelqu'un t'a aidé durant le processus ? Quelles ont été tes sources ?
Le livre, je l'ai écrit tout seul. Concernant les sources, il faut reconnaître qu'il y a un problème de bibliographie, pas du tout établie dans les règles de l'art. Je me suis basé sur mon expérience personnelle avec les acteurs de la sphère éducative tunisienne: j'ai rencontré des professeurs, énormément de lycéens, je suis parti dans les lycées, j'ai discuté avec des inspecteurs, des directeurs au ministère de l'Education… Ensuite, j'ai été mis en contact avec des organismes actifs dans la société civile, comme "Wallah we can", le think tank Tunisie alternatives, etc.
intellectuellement, ça m'a permis de développer mes réflexions et de bien façonner mes propos. Bien évidemment, j'ai consulté les statistiques officielles, dont celles du ministère de l'Education et je me suis renseigné sur le système éducatif américain et finlandais.
Tu soutiens qu'après avoir eu ton bac, tu t'es consacré à la vie associative. En quoi a consisté cette expérience associative ?
Au départ, j'ai ciblé l'entrepreneuriat. J'ai lancé « African Business Leaders », qui vise à travailler avec des étudiants subsahariens, mais qui s'est essoufflé après. J'ai participé à des concours et lancé également mon propre projet, « El Mech3al » qui n'existe plus : c'était une association qui avait pour but de mettre en contact les jeunes avec des décideurs, en les initiant ainsi à la prise de décision et à être plus actifs au sein de la société civile. Ensuite, j'ai fait un peu de radio, à Express Fm. J'ai également été le porte-parole de « Walah we can » et bien d'autres…
C'est en effet très riche, mais ce parcours n'a pas de rapport (du moins direct) avec l'éducation tunisienne…
Cet intérêt s'est développé précisément lorsque j'ai participé au Think tank Tunisie alternatives, de Mehdi Jomaâ (ancien chef de gouvernement de la Tunisie en 2014, Ndlr). Ils ont fait appel à moi pour faire partie d'un groupe de réflexion sur la culture et la réforme de l'éducation, et c'est d'ailleurs à travers cette expérience que j'ai été mis en contact avec des ministres, dont celui de l'éducation, en plus de « Wallah we can » et mon travail sur terrain.
Comment quelqu'un qui n'a pas connu l'école publique tunisienne peut–il écrire un ouvrage qui traite de la réforme de l'éducation tunisienne ?
La situation était tellement grave qu'il fallait faire quelque chose immédiatement; or, l'élève tunisien n'a pas le temps de penser à ça : il a tout le temps des devoirs à préparer, des concours à réussir, des heures de cours à valider… Il est surmené : le système actuel supprime cet esprit critique. C'est d'ailleurs, une déduction qui m'a poussé à me consacrer à ce système forcément problématique, pour essayer d'y remédier, pendant toute une année.
Ce livre reflète-t-il les rêves que tu espères voir se réaliser, ou alors plutôt des suggestions concrètes pour le système éducatif ?
Deux grands axes sont exposés dans le livre : une présentation de l'état actuel de ce système éducatif, puis une exposition de ma vision personnelle du système idéal. Je dis ce que je ferais si j'avais la possibilité de changer les choses, en proposant des solutions concrètes.
Quel effet espères-tu produire avec ce livre ?
J'espère qu'il va avoir un impact symbolique, qu'il poussera les premiers concernés, c'est-à-dire les élèves à agir. Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas un parcours académique remarquable ou qu'ils ne tiennent pas de discours bien structurés qu'il faut les empêcher de s'exprimer ou les ignorer. Ces élèves ont des revendications, des idées à véhiculer. Il faut les écouter. Ce que j'ai communiqué à travers ce livre, c'est une vision très subjective qui parle de mon système idéal à moi, et à moi seul. Une proposition qui incitera, peut-être, les décideurs à agir et à le prendre en considération.


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