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Les journalistes tunisiens et la déontologie
OPINIONS
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 02 - 2011


Par Sadok HAMMAMI *
Censée constituer un pouvoir, la presse tunisienne a été longtemps dépouillée de ses capacités d'informer selon les normes professionnelles et empêchée d'assumer son rôle essentiel dans la gestion du débat public. La révolution a non seulement libéré les journalistes mais a créé de nouvelles conditions pour l'exercice de la profession journalistique.
La réforme attendue du code de la presse, la multiplication prévue des titres indépendants ou de partis politiques, la suppression du ministère de la communication, la dynamisation de la vie politique, le renouveau de la vie intellectuelle et culturelle sont autant de changements qui affecteront l'environnement de la presse tunisienne.
C'est donc son pouvoir que la presse devrait reconquérir : le pouvoir d'informer, d'enquêter, de dévoiler, de critiquer, de débattre, d'opiner.... Mais ces droits légitimes et nécessaires requièrent des formes de régulation, car tout pouvoir, dans une démocratie saine, exige un contre-pouvoir et une responsabilité. C'est cette question qui semble constituer un impensé chez les journalistes portés par leur désir ardent d'affirmer leur liberté et leur aspiration d'autonomie.
Dans ce sens, le débat sur la régulation de la pratique journalistique et plus précisément la responsabilité des journalistes et leur respect de la déontologie exige quelques éclaircissements.
Le respect de la déontologie journalistique, une question de société
En général l'autorégulation revêt plusieurs formes et notamment la mise en place de chartes déontologiques adoptées et mises en œuvre par les syndicats des journalistes ou par les entreprises de presse elles-mêmes. Ces chartes définissent les droits et devoirs des journalistes, leurs responsabilités et les normes professionnelles à l'instar de la "Déclaration des devoirs et des droits des journalistes" adopté à Munich en 1971 pour les journalistes européens.
Cependant et indépendamment des chartes de déontologie, il existe d'autres formes de régulation telles que les conseils de presse. Ce modèle de régulation est tout simplement ignoré dans le débat actuel, alors qu'il représente la forme de régulation la plus répandue dans les pays démocratiques. Voyons de près quelques exemples :
Au Canada, le "Conseil de presse du Québec" est une organisation privée fondée conjointement par les journalistes et les dirigeants de médias et fonctionne comme un "tribunal d'honneur". Des représentants des citoyens ont été ensuite associés. Le conseil d'administration et tous ses comités sont composés de journalistes, de membres désignés par les entreprises de presse et de représentants du public qui sont choisis selon un appel public de candidatures publié dans les médias.
En Belgique, le "Conseil de déontologie journalistique" est constitué d'éditeurs, de journalistes, de rédacteurs en chef et de représentants de la société civile (avocats, magistrats, professeurs en journalisme, membres d'associations…).
En Suisse, le conseil de presse est composé de 21 membres, dont six membres sont issus du public.
En Grande-Bretagne, la "Press Complaint Commission" a été fondée en 1991. Son rôle est d'être au service du public. La commission comporte 17 membres dont la majorité (y compris son président) est composée de citoyens qui n'ont aucune connexion avec l'industrie des médias et de la presse.
En Inde, le conseil de presse n'a pas été créé par les journalistes mais par le Parlement. Il est présidé par un juge à la retraite de la Cour suprême de l'Inde. Ses membres sont nommés par les entreprises de presse, cinq autres membres sont désignés par les deux chambres du Parlement et trois par le secteur culturel (universités).
L'Australian Press Council est composé de membres issus du public, de journalistes indépendants et de représentants de l'industrie de la presse. La composition du conseil est fondée sur "une large représentativité des compétences de l'expérience, des intérêts des communautés".
Seule la France fait exception. On y discute encore de l'utilité d'un conseil de presse. Cette exception française, qui ne fait pas école dans les pays démocratiques, est aujourd'hui de plus en plus contestée. Edwy Plenel, fondateur et président du site Mediapart, voit même dans cette absence un symptôme des maladies de la presse française et des limites de la démocratie dans le domaine des médias en France. Dans ce sens, une "Association de préfiguration d'un conseil de presse en France (APCP)" a été créée. Son objectif est de "préparer la création d'un conseil de presse, outil de régulation de l'activité journalistique, instance de médiation entre la presse et le public, (et) espace de débat public et de pédagogie sur le fonctionnement des médias".
Les différentes prises de position, à la fois chez les journalistes et chez certains spécialistes, sur la question de la déontologie des journalistes, semblent donc clairement dominées par l'expérience française. Celle-ci amène journalistes et spécialistes à clamer haut et fort que la déontologie journalistique est une affaire propre aux gens de la profession et à prétendre que le journaliste ne peut rendre compte de ses actes qu'à ses pairs, dans les salles de rédaction et au sein de leur syndicat. La France est-elle devenue, par intérêt corporatiste, paresse intellectuelle, mimétisme culturel et complaisance pour les journalistes, le modèle par excellence qui doit nous inspirer éternellement, alors qu'en matière de bonne gouvernance des médias et d'accountability (responsabilité), l'expérience anglo-saxonne est de loin la plus intéressante ?
Sommes-nous condamnés à faire de l'expérience française notre unique horizon?
Les exemples québécois, suisse, belge, britannique, indien, australien et bien d'autres montrent donc l'importance d'une structure de régulation professionnellement et socialement représentative qui veille sur le respect de la déontologie journalistique et de la résolution, par différents instruments, des problèmes éthiques liés à la pratique journalistique. Cette structure ne peut en aucun cas être initiée par le gouvernement ou être composée exclusivement de journalistes. Sa crédibilité et son efficacité dépendent de sa représentativité du secteur des médias et de la société.
Prétendre le contraire, c'est s'engager dans une approche dangereuse parce que réfractaire aux standards démocratiques qui régissent l'organisation de la pratique journalistique partout dans le monde. Une instance qui veillera à la déontologie du journalisme en Tunisie qui serait sous l'emprise des journalistes ressemblera plus à un comité populaire à la libyenne qu'à une instance véritablement démocratique et citoyenne.
Dans ce sens, le Syndicat des journalistes tunisiens pourrait initier le processus de création de ce conseil de presse en association avec des partenaires de la société civile. Il aidera la profession à gagner en crédibilité et légitimité démocratique. Il fera même de la professions journalistique l'exemple d'une corporation ouverte sur la société et soucieuse de sa responsabilité citoyenne.
Cependant et parallèlement à cette instance conçue selon les standards internationaux, les journalistes tunisiens sont libres de fonder au sein de leur syndicat une structure ou un observatoire interne qu'ils seront libres de gérer selon des principes qu'ils définiront eux-mêmes, ce qui a été d'ores et déjà entrepris.
Dans tous les cas, la mise en place d'une structure indépendante à laquelle seront associés le public et la société civile est un droit que doit réclamer la société tunisienne afin de se protéger d'un nouveau pouvoir, celui d'une presse longtemps vassalisée, et qui pourrait, parfois, faire fi de ses responsabilités. D'un autre coté, la mise en place d'une structure indépendante et représentative qui sera un médiateur crédible entre les journalistes et le public ne fera que renforcer le statut social du journaliste et sa légitimé qu'il acquerra dans tous les cas grâce à son professionnalisme, la qualité de son travail, son sens de la responsabilité et son respect des valeurs fondamentales de son métier.
* Maître-assistant à l'Ipsi


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