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La professionnalisation de l'université : un mauvais remède pour une crise aiguë
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 04 - 2011


Par Gaha CHIHA*
Tout le monde est d'accord aujourd'hui pour dire que l'université tunisienne vit une crise aiguë. Toutes les parties affirment qu'elle ne joue plus le rôle qui est le sien : produire des savoirs et des savoir-faire distinctifs permettant un penser meilleur et un agir plus efficient. Avec la professionnalisation de l'enseignement préconisée par la tutelle, l'université, croyons-nous, ne sortira pas de la crise qui la traverse. Pour doter ses apprenants d'une meilleure qualification à même de les amener à mieux penser, agir et imaginer de nouvelles manières de faire, l'université tunisienne a besoin de se réformer. Elle a besoin de changer de mode de production et surtout d'être "aimée".
L'intelligence et l'imagination, leviers de l'avantage comparatif
Le rétrécissement de l'espace mondial rapproche de plus en plus les humains. Les Tunisiens, à l'instar de tous les peuples, baignent dans le monde, profitent de ses avancées et font face à ses contraintes. Avec la mondialisation, la concurrence est devenue plus intense et l'appropriation des savoirs et des savoir-faire devient un enjeu de première importance. La richesse des nations ne réside-t-elle pas dans leur intelligence ? Dans la capacité cognitive et esthétique de ses citoyens ? Aujourd'hui, en Tunisie et à l'exception de quelques rares niches, la masse des producteurs est essentiellement de type exécutoire. Dans beaucoup de ce que nous produisons en biens et services, il y a une défaillance de créativité et de sens. Dans l'université, l'administration et les usines…, nos productions manquent d'originalité et d'intelligence. Pour l'heure, le travail en Tunisie est, le plus souvent, de nature algorithmique, mécanique, "brut", donnant lieu à des outputs souvent sans relief. Les travailleurs, qu'ils soient ouvriers, fonctionnaires, enseignants, cadres ou autres, sont, pour la plupart, des producteurs prosaïques, atones et de surcroît démotivés…
Pour se développer et se démarquer, la formation de capacités de raisonnement distinctives et renouvelables serait essentielle. Ces capacités d'imagination et d'action sont principalement l'œuvre de l'université. La famille, la société et les autres institutions y prennent part, certes, mais c'est principalement à l'université qu'elles se forment et se renouvellent. C'est le rôle de l'université de préparer les esprits, renforcer les habiletés et initier des facultés de veille et de création.
Lieu d'apprentissage de la réflexion critique, l'université a pour vocation première le développement d'une meilleure capacité de raisonnement. A travers ses enseignements, elle cherche à conférer aux apprenants une meilleure intelligence, des habiletés, à la fois, manuelles et intellectuelles à même de les rendre plus compétents, mieux intégrés dans leur espace-temps. Outre les habilités individuelles, l'université participe également à la formation de citoyens éclairés, capables de raisonner sur les questions et les choix de société. Lieu de la critique raisonnée, l'université n'est pas censée "dresser" les mains ou "formater" les têtes en inculquant des automatismes manuels ou réflexifs définis. Elle est, plutôt, appelée à libérer les intelligences et à favoriser le désinvestissement.
L'université tunisienne est en crise
Mais l'Université tunisienne vit aujourd'hui et depuis plus d'une décennie une crise aiguë. Elle forme mal, parfois très mal, ses étudiants. Selon plusieurs observateurs sérieux, la plupart de ses diplômés ne disposent pas des compétences requises; leur formation est faible et leurs qualifications sont, à l'exception de quelques niches particulières, médiocres et/ou inopérantes. Depuis plusieurs années, l'Université est marginalisée; de plus en plus oubliée et mal aimée. Pourtant, pour l'ensemble des parties prenantes (pouvoir public, autorité de tutelle, syndicats, professeurs, étudiants et parents), l'université est appelée à jouer un rôle essentiel pour le développement économique et social. Tous y voient un levier primordial pour conférer à ses apprenants une meilleure capacité cognitive, renforcer leurs habiletés et affiner leurs goût et intelligence…
Pour faire face à la crise, le ministère de l'Enseignement supérieur soutenait (avant le 14 janvier dernier) que le salut de l'université est dans sa professionnalisation. Pour produire des "diplômes viables en société" et non "des diplômes dont le marché de l'emploi n'en veut plus", soutient-il, il y a lieu de renforcer les enseignements professionnels et techniques. Pour garantir une meilleure employabilité aux diplômés du supérieur, il faut dispenser des enseignements professionnels, c'est-à-dire techniques et spécialisés. Ainsi, selon les plans d'action de la tutelle, les 2/3 des étudiants seront désormais orientés vers les filières appliquées, précise le décret 3123 de 2008. Des centaines de spécialités sont ainsi créées et plusieurs nouvelles matières et disciplines sont montées.
La professionnalisation de l'université
Professionnaliser l'université, c'est enseigner les spécificités et les exigences d'une profession, montrer pour acquérir les techniques et les procédés opératoires propres à une profession donnée. Un professionnel est supposé connaître les conditions d'exécution de sa profession. Un technicien connaît nécessairement les règles et les ficelles de sa technique. C'est quelqu'un qui connaît son "métier" et sait mettre en application toute la mécanique qu'il a apprise. Selon un mode opératoire préalablement défini, l'apprenant comprend celui-ci, retient ses modalités et peut reproduire son cheminement et ses procès. Son apprentissage se traduit par l'acquisition de certains réflexes, par la maîtrise de gestuels plus ou moins compliqués et définis. Porter une opération de soudure, réparer une pièce mécanique, établir des bilans sanguins ou comptables, exécuter des procédures bancaires ou commerciales, procéder à une opération chirurgicale précise, conduire ou entretenir un engin… est l'œuvre de professionnels préalablement habilités. Ces savoir-faire pratiques emmagasinés se déploient suivant un protocole invarié... Il faut reconnaître que ces procès pratiques, loin d'être marginaux, sont primordiaux et concernent toutes les activités opératoires de production.
Si le professionnel sait bien faire son travail, le travail tel qu'il a appris, il n'est pas, cependant, autorisé à le transgresser ou à l'accomplir autrement. Le processus d'exécution d'un acte professionnel se fait par référence à un protocole strictement défini ; son cheminement et les gestes à porter doivent suivre invariablement un schéma d'exécution préétabli. Ces schémas sont appris à la faveur d'un cursus spécialisé. Dans les enseignements technicistes, comme c'est le cas aujourd'hui dans les écoles d'ingénieur, de biologie, de médecine et même de gestion…, les connaissances apprises sont généralement approchées comme un ensemble d'informations "positives" et "reproductibles". Pour les transmettre, il suffit de les montrer pour les mémoriser. Ici, les enseignants seraient plutôt des intermédiaires. Extérieurs, ils informent du contenu de leur savoir et démontrent leurs mises en pratique. Quant aux étudiants, pour réussir, il leur suffit d'être capables de mémoriser les informations transmises et de les restituer fidèlement. Tout oubli ou écart par rapport au modèle dispensé est perçu comme une anomalie. Toute reproduction différente du schéma originel est supposée être une "dissidence". La "science" serait ainsi formalisée et "dogmatisée". Inviolable, elle devient un ensemble de prescriptions sacralisées à ne point s'en écarter !
Aujourd'hui, plusieurs de nos professionnels (ingénieurs, techniciens, médecins, professeurs…) étaient essentiellement des grands répétiteurs. Des clergés de la science qui débitaient inlassablement des liturgies formalisées et psalmodiaient des modes de production et des schémas d'analyse préétablis. Grâce à leurs versets/actes scrupuleusement mémorisés et reproduits, les apprenants peuvent ainsi réussir leurs cursus et devenir des professionnels experts, des "suiveurs" infatigables. Ils ne connaissent pas le doute et seraient incapables d'imaginer des façons de faire différentes.


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