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“ Le fourre-tout ”
Université - Qu'est-ce qui doit changer Grandes Ecoles/ Grandes Facultés / Système LMD
Publié dans Le Temps le 18 - 03 - 2011

Interview de Tahar Gallali, universitaire, ancien directeur de la Cité des Sciences à Tunis et ancien président de l'Université de la Manouba - Dans l'entretien suivant, Tahar Gallali, professeur à la Faculté des sciences de Tunis, ancien directeur de la Cité des sciences de Tunis et ancien président de l'Université de la Manouba, analyse, de son point de vue, quelques uns des défis à relever dans cette étape révolutionnaire dans les domaines universitaires et scientifiques, en particulier.
*Le Temps : vous avez été directement associé, au cours de ces dernières décades, au développement des systèmes universitaires et scientifiques en Tunisie, en qualité de professeur à la Faculté des sciences de Tunis, directeur de la Cité des sciences de Tunis et président de l'Université de la Manouba, et ce, parfois, aux côtés d'hommes de grande loyauté comme feu le professeur Mohamed Charfi. A votre avis, quelles leçons, les Tunisiens sont-ils en mesure de tirer, aujourd'hui, de la riche et longue expérience qu'ils ont acquise, depuis l'indépendance, durant ces 55 dernières années, en vue de rebâtir leur nouvel avenir, comme il se doit, à la lumière des principes de la Révolution du 14 janvier ?
-Tahar Gallali - La réponse à votre question revient à dire sous quel angle juste faut-il voir et analyser les étapes précédentes de l'histoire récente de la Tunisie. En ce qui me concerne, je pense que maintenant que la Révolution a triomphé et que ses principes sont en voie d'être institutionnalisés, il est temps de faire l'état des lieux, s'agissant des nombreuses et grandes réalisations que l'Etat tunisien libre et indépendant et le peuple tunisien ont accomplies durant les 55 dernières années. J'estime même que la Tunisie a accompli des surplus de réalisations, dans plusieurs domaines, comme l'enseignement, la santé, le tourisme et l'infrastructure. Le réseau des établissements universitaires en Tunisie est l'un des plus denses dans le monde. Il existe des pôles universitaires, pratiquement, dans chaque région du pays. Il en va de même dans le domaine du tourisme, et sur le plan de l'infrastructure aéroportuaire, nous avons un réseau très dense d'aéroports dans tout le pays. La Capitale Tunis est remplie de ponts et d'échangeurs. Cependant, tout cela n'a pas empêché la Tunisie de connaître d'énormes problèmes de tout ordre.
Déjà, en 2000, il y a plus de dix ans, j'avais écrit un article dans le journal ‘'Assabah'' où j'avais mis en garde contre la bombe à retardement représentée par le chômage grandissant des diplômés du supérieur. Aussi, j'estime que cette étape révolutionnaire offre au peuple tunisien une occasion des plus propices pour récupérer et s'approprier les réalisations considérables qu'il a accomplies aussi bien avant l'indépendance, durant la lutte de libération nationale, qu'après l'indépendance en matière de développement, et qui ont été spoliées et injustement attribuées aux deux hommes placés aux commandes de l'Etat, pendant ces 55 dernières années.
*Pour revenir à la situation universitaire et scientifique, quel rôle revient-il, aujourd'hui, à l'Université tunisienne dans l'œuvre de reconstruction de la Tunisie dans cette étape, en particulier ?
-Quoi qu'elle soit une fierté de la Tunisie libre et indépendante, l'Université tunisienne est, à mon avis, en crise, pour ne pas dire en panne, et je dirais, à cours d'imagination et de création. Ses dysfonctionnements sont aussi nombreux que variés allant de la neutralisation de toute forme de contestation et de l'asservissement de la pensée, à l'incapacité du modèle actuel d'inventer par lui -même des nouvelles professions et à sa conséquence directe, l'accumulation des frustrations. Ce modèle a vécu .Une université qui génère autant de diplômés chômeurs, ne peut plus perdurer. Il faut la refonder pour qu'à nouveau, elle devienne un des moteurs essentiels du développement du pays.
A présent, le défi est double : répondre aux attentes du moment - et elles sont énormes- et se donner le temps de la réflexion pour reconstruire le projet de demain.
Dans l'immédiat, l'une des urgences est d'instaurer au sein de l'enceinte universitaire ce qui lui a souvent fait défaut : la confiance. Le gouvernement de transition s'y attelle et l'institution universitaire se dégrippe. Sa priorité, à elle aussi, est de rassurer en assurant les étudiants de la réussite de l'année en cours.
Quant au projet qui engage, il nous faudra apprendre à discuter d'abord, pour réformer ensuite.
Parce qu'il s'agit d'une réforme profonde, qui va bien au-delà de la revendication de démocratisation dans le fonctionnement des structures universitaires, elle ne saurait être du seul ressort des universitaires eux-mêmes. Le débat doit être ouvert aux autres acteurs de la société, critique et contradictoire. Trois questions au moins, méritent d'être discutées en préambule à ce débat : Quelle nouvelle mission ? Quoi préserver du modèle actuel ? Avec quelle gouvernance ?
*Concernant la mission, en particulier, s'agira-t-il de refondation ou de rénovation ?
-De refondation ou de rénovation, la question n'est pas que de pure sémantique, le nouveau chantier universitaire ne peut faire «du passé, table rase». Quoi préserver, alors ? Quid de la dernière réforme en date qui a instauré le fameux «LMD». Ambivalente est cette refonte du cursus. Si son annonce n'a pas soulevé de fronts de refus, sa mise en application continue par contre de soulever bien d'interrogations. La formation «Grandes écoles/ Grandes facultés fourre-tout que le cursus LMD a rendu encore plus duale, est-elle encore d'actualité ? La mobilité et l'optimisation annoncées des moyens sont-elles compatibles avec la carte universitaire dans sa configuration actuelle ? La déconnexion structurelle institutions de recherche /institutions d'enseignement comme la multiplicité de leur tutelle permettent-elles de valoriser toutes les compétences et les moyens en présence ? Autant de questions qui renvoient en définitive à un droit d'inventaire. A présent que le gouvernement de transition affirme jouer la carte de la transparence, un état des lieux, faisant la part des choses, l'acquis à préserver, de l'anachronique à corriger ou à supprimer, aiderait certainement les citoyens à s'immiscer dans ce «chantier» pour en débattre en connaissance de cause.
*Beaucoup reprochent, en effet, à l'Université tunisienne d'avoir accepté d'être transformée en un appareil de formation de cadres et techniciens au service des besoins du marché et de l'économie, c'est-à-dire d'être à la traîne, au lieu d'être une locomotive. Qu'en pensez-vous ?
-En effet, outre la production du savoir, l'ouverture sur l'universel et la comparaison à plus performant que soi, l'Université tunisienne se doit également d'anticiper sur les besoins réels de la société en créant la demande et générer des emplois qu'on ne connaissait pas auparavant. Elle ne peut être que locomotive, à l'amont de l'entreprise et non l'inverse, comme vous l'avez dit. C'est le sens et l'unique sens d'une université au service de la société. Alors comment faire de l'Université cette institution qui tire vers le haut, un ascenseur social, performant et accueillant ?
Parce que les savoirs se créent désormais partout, aussi bien à l'université qu'à l'entreprise, l'Université de demain se doit d'aller chercher les compétences ailleurs, en dehors d'elle-même. Saura-t-elle devenir suffisamment attractive pour drainer des personnalités de renom, recruter les jeunes chercheurs les plus doués de leur génération, tenir à fréquence régulière des grandes manifestations culturelles et scientifiques, et intérioriser au passage le changement radical de pédagogie qu'impose l'explosion des nouvelles technologies de l'information ?Un tel saut qualitatif ne peut avoir le jour sans un retour critique de l'Université sur son articulation avec le socle qui la porte, le système éducatif. C'est assez tôt que la connaissance s'acquiert, bien avant que l'élève ne devienne étudiant, que les esprits ne commencent à se former et que l'aptitude, à son tour, ne commence à s'organiser.
Parce que personne ne peut continuer à vivre professionnellement au rythme de son temps en s'appuyant uniquement sur sa formation de base, la formation continue tout au long de la vie devient impérative et une composante constitutive de toutes les universités qui ont fait ce choix, leur taux de fréquentation est bien supérieur le soir ou pendant les congés que durant les jours ouvrables.
*Il y a aussi le problème épineux du financement et de la gestion des universités. Qu'en dites-vous ?
-La capacité des universités de s'administrer elles-mêmes est un principe souvent invoqué sauf que ses défenseurs acharnés, les bailleurs de fonds, la Banque Mondiale en tête, omettent de souligner que l'une des conséquences de ce principe est qu'il n'y ait de salut pour les universités publiques dans leur sortie de crise de financement que dans leur alignement sur le modèle entrepreunarial. Dans cet étranglement, fortement inspiré par la vieille théorie du capital humain, l'enseignement supérieur cesse d'être un bien public fondamental et devient un investissement dont les bénéficiaires doivent supporter partiellement ou totalement la charge. Si nous tenons à ce bien public, quelle gouvernance alors pour que l'Université ne se remette à reproduire les frustrations et les exaspérations d'hier ?
Autre question et non des moindres : aujourd'hui «l'aura de l'universitaire et de l'université» n'est plus ce qu'elle était et la profession ne fait plus autant rêver, en témoigne l'allongement dans l'âge des candidats à leur premier recrutement. L'Université de demain saura-t-elle faire rêver la jeunesse, persuader les meilleurs d'embrasser cette carrière et de permettre ainsi à l'excellence de s'installer en priorité chez elle? Comment la rendre plus attrayante qu'elle ne l'est à présent ? La revalorisation des statuts et des plans de carrière y contribuera certainement. Sommes-nous prêts à mettre les moyens ?
Entretien conduit par Salah BEN HAMADI


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