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L'équation turque !
La lettre du jeudi
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 06 - 2011


Par Pr Khalifa Chater
Les dernières élections turques ont confirmé le pouvoir du Parti de la justice et du développement (AKP), aux commandes depuis 2002. Selon les résultats presque complets, l'AKP, avec 327 des 550 sièges au Parlement, obtiendrait une confortable majorité qui permettrait à Recep Tayyip Erdogan de diriger le pays pour un troisième mandat consécutif. Ce succès est attribué, dans une large mesure, à la stabilité politique et à la croissance économique (près de 9 % par an) que ce parti islamiste modéré a pu assurer. Ne sous-estimons pas, d'autre part, ses succès diplomatiques. La Turquie est devenue un acteur international important. Elle a consolidé son statut en élargissant ses relations internationales vers le Moyen-Orient, qu'elle a occulté, depuis son éviction de cette aire, après la Première Guerre mondiale et les conséquences du partage Sykes-Picot et de la révolution arabe. Son rejet de la scène arabe l'a d'ailleurs encouragé à s'inscrire dans des alliances contraires. Elle ignora la cause palestinienne et les expressions du tiers-mondisme. Faisant partie de l'Otan, elle assuma ses relations préférentielles. Depuis la prise du pouvoir par l'AKP — fut-elle encouragée par le refus de son intégration à l'Union européenne ! — elle esquissa un rapprochement spectaculaire avec les pays arabo-musulmans, prit ses distances d'Israël, régla ses contentieux avec l'Irak et la Syrie et adopta une politique de bonne coexistence avec l'Iran, se démarquant ainsi de l'Alliance atlantique.
L'actualité récente l'érige en acteur régional incontournable. Seul pays musulman membre de l'Otan, la Turquie a, dans un premier temps, critiqué les frappes aériennes occidentales contre la Libye et refusé de prendre part aux raids aériens. Mais devant l'évolution de la situation, elle a dû se rendre à l'évidence et réviser sa position. La Turquie proposa, en avril 2011, une "feuille de route" pour résoudre la crise libyenne, comprenant un cessez-le-feu immédiat, la levée du siège par l'armée de Kadhafi des villes tenues par les rebelles, et un "processus de transformation" politique devant mener à des élections libres. Nouvelle initiative, début mai, Recep Tayyip Erdogan demanda au colonel Kadhafi de quitter le pouvoir et lui offrit vainement sa médiation, pour une sortie honorable avec des garanties. Elle a aussi mené plusieurs opérations humanitaires en Libye.
Suite à l'escalade en Syrie, le gouvernement turc se départit de sa position de neutralité. Après avoir conseillé l'adoption rapide des réformes, pour éviter la stratégie sécuritaire, le gouvernement turc réalisa que le régime se délégitimait par son recours à la répression systématique. Alors que l'afflux de citoyens syriens fuyant la répression se poursuivait en Turquie, Recep Tayyip dénonça les “atrocités” et déclara que la Turquie “ne peut plus défendre la Syrie” devant le Conseil de sécurité et qu'elle “n'écarte aucun scénario civil ou militaire”. Des milieux turcs expliquèrent qu'ils lui avaient donné un “manuel expliquant leur expérience, dans le mode de création des partis et la méthode de résolution des problèmes par le dialogue”. Ils lui ont également demandé de sacrifier des proches pour l'intérêt public, citant son frère Maher, l'homme d'affaires Rami Makhlouf et d'autres. Mais il n'a pas tenu compte de leurs conseils. Suite à ce refus, ils évoquent “un changement du mode de traitement de la question syrienne après les élections” (Ach-Chark Al-Awsat, 13 juin 2011). Est-ce à dire que la Turquie pouvait participer à une opération d'intervention pour défendre les populations civiles syriennes? Les puissances occidentales semblent disposées à confier à la Turquie le traitement de la question et vraisemblablement la proposition du scénario de sortie de crise qu'elle souhaite mettre en œuvre, en concertation avec ses alliés.
Fait important, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan est désormais érigé volontiers comme un modèle de pouvoir islamique modéré, qui sauvegarde les acquis de la modernité de Mustapha Kemal, tolère la laïcité instituée et entretient des relations de paix et de bon voisinage. Cette situation répond à la quête occidentale d'un islamisme modéré que rejettent les intellectuels arabes opposés au passéisme. Et d'ailleurs, les mouvements islamistes eux-mêmes préfèrent exhiber l'exemple turc, vu les peurs que suscitent le modèle iranien et le projet du FIS algérien. Or le cas de la Turquie est spécifique et complexe : la volonté de rejoindre l'Union européenne conforte la modération de l'application du dogme de l'APK. D'autre part, la laïcité, liée à l'histoire glorieuse d'Atatürk et du patrimoine symbolique, est bel et bien assumée par la population et défendue régulièrement par l'armée. Il serait plus juste de privilégier au concept de modèle, inopportun en géopolitique, la notion d'équation qui intègre les références spécifiques de chaque pays, son patrimoine historique et les exigences de son environnement et de son contexte.


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