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Un problème sérieux et endémique qui exige une croissance économique plus forte propulsée par le savoir et la technologie
Le chômage, onde de choc de la révolution tunisienne (2e partie)


Par Salah DARGHOUTH
Il ressort de ce qui précède (voir La Presse du lundi 4 juillet) que le chômage rencontre trois grands défis majeurs et qu'il y a lieu de relever, si on désire s'attaquer sérieusement au problème du chômage en Tunisie.
Le premier défi est que : bien qu'il soit jugé comme étant décent (4-5% par an), le taux annuel de croissance de notre économie est insuffisant pour pouvoir créer autant d'emplois que de nouveaux candidats à l'embauche entrant dans le marché. La structure actuelle de notre économie n'arrive pas à générer plus de 15.000 postes d'emplois nouveaux par an pour chaque 1% de croissance annuelle. En d'autres termes, l'élasticité de l'emploi à la croissance est faible dans les conditions actuelles de l'économie de notre pays. Des niveaux de croissance plus élevés (7-8% au moins, d'après certains études de simulation) devraient être atteints si on espère résoudre cette inadéquation entre la demande et l'offre de travail en Tunisie.
Le second défi est que la qualité même de cette croissance devrait subir une transformation structurelle profonde si on veut non seulement atteindre des niveaux plus élevés de croissance mais aussi résorber le problème du chômage des diplômés d'universités. Cette transformation doit permettre d'intensifier la sophistication de notre économie au point de pouvoir créer un nombre suffisant d'emplois hautement qualifiés, tout en maintenant une productivité suffisamment élevée pour que nos exportations demeurent compétitives sur le marché international. D'après les leçons tirées de l'expérience des pays émergents, c'est par une montée en valeur et en gamme technologique dans les secteurs existants et l'émergence de nouveaux secteurs à haute valeur ajoutée entraînés par la technologie et le savoir, que la Tunisie pourra réussir une telle transformation.
Le troisième défi consiste à améliorer la situation de l'emploi dans les régions intérieures de l'ouest du pays malgré l'insuffisance des ressources naturelles et surtout hydriques pour développer une économie agricole prospère, viable et durable, et malgré la préférence générale des investisseurs privés d'installer leurs projets d'investissement dans les régions côtières du pays, plus riches en infrastructure et services de base et plus proches des marchés de consommation nationale et des ports d'exportation à l'étranger.
Quelles réformes faut-il donc contempler pour relever ces défis?
La Tunisie est relativement bien positionnée pour passer à une économie du savoir, compte tenu de la grande pépinière de concitoyens éduqués et des expériences qu'elle a développées depuis son indépendance en matière de pilotage macroéconomique, d'éducation, de santé, de services et logistiques, d'attrait d'IDE, de développement de projets off-shore, ou de gestion de ses ressources naturelles énergétiques, hydriques et autres. La Tunisie est bien placée donc pour apprendre de sa propre expérience, mais aussi de l'expérience des pays qui l'ont devancée et qui ont déjà gagné le pari de la sophistication technologique dans la transformation de leur économie et l'accélération de sa croissance. A ce propos, je voudrais citer surtout les nouveaux pays émergents (Chine, Inde, Malaisie, Brésil) et ceux qui les avaient précédés (Corée du Sud, Singapour, Taïwan).
Relever les trois grands défis cités plus haut demande la mise en œuvre d'une série de réformes qui viennent appuyer et compléter toutes les mesures et actions contenues dans le programme d'urgence que le gouvernement vient de lancer en vue de la relance économique du pays. Pour les besoins de cet article, je voudrais me limiter aux réformes ci-après :
1- Réorienter les programmes de développement de façon à ce qu'ils servent de façon plus équitable toutes les régions du pays sans exception. Laisser à la traîne les régions intérieures de l'ouest n'est plus permis dans la Tunisie post-révolutionnaire d'aujourd'hui. La réaffectation des engagements du budget 2011 de l'Etat de façon à inverser les tendances en allouant 80% des dépenses d'investissement aux régions intérieures s'inscrit exactement dans cette perspective. Il s'agit là d'un programme spécial de " rattrapage " de ces régions. Il devrait se poursuivre pour mettre l'accent sur le développement des infrastructures économiques et sociales, l'intéressement des IDE à ces régions et l'appui au lancement de projets nationaux notamment par les jeunes. Plus généralement, il faut s'attendre à ce que le principe d'équité soit adopté dans les arbitrages et les affectations budgétaires destinées aux diverses régions, lors de la préparation du prochain plan quinquennal de développement économique et social du pays.
2- Lancer un programme tous azimuts visant à la promotion des systèmes d'innovation technologique en Tunisie. Un tel programme est nécessaire pour permettre aux entreprises tunisiennes de monter en valeur ajoutée et en gamme technologique. Ce système devrait être ouvert aussi bien aux grandes qu'aux petites et moyennes entreprises (PME) qui constituent 95% du tissu entrepreneurial tunisien, mais qui ont actuellement des capacités d'innovation propres très limitées. Il devrait aussi être ouvert à tous les secteurs et filières et à tous les stades de développement de ces filières. Tout cela devrait être appuyé par un renforcement des compétences et des outils de financement appropriés à mettre à la disposition des jeunes entreprises innovantes.
3- Elargir l'espace d'intégration mondiale de l'économie tunisienne. L'intégration mondiale est un facteur puissant de progrès technique et de hausse de la productivité, et l'expérience de la Tunisie en matière de diversification des destinations de nos exportations l'illustre assez bien. La Tunisie a déjà réalisé des progrès tangibles dans ce domaine. Le projet d'accès au régime de statut spécial avec l'Union européenne va certainement apporter beaucoup d'avantages en termes de croissance et de création d'emplois. Mais, il faut aller plus loin pour élargir l'espace d'intégration au-delà de l'Europe.
4- Signer plus particulièrement des accords spéciaux de coopération et d'échanges avec les pays émergents qui ont franchi la phase de restructuration de leur économie et déjà pris le " tournant technologique " qui les a aidés à résoudre ou au moins atténuer le problème du chômage. Il s'agit là encore des pays nouvellement (Chine, Inde, Malaisie, Brésil) et anciennement émergents (Corée du Sud, Singapour, Taiwan). Nos techniciens et chercheurs ont été trop longtemps écrasés par la chape de plomb du régime déchu qui, sous prétexte de discipline budgétaire, a imposé d'énormes restrictions à leurs déplacements à l'étranger pour assister à des forums, séminaires, ateliers ou programmes de formation ou pour effectuer des voyages d'études essentiels pour l'épanouissement de leurs connaissances et l'enrichissement de leur expérience professionnelle. Le programme de coopération proposé va rompre à cette pratique destructrice.
5- Attirer les IDE (investissements directs étrangers) qui aident à la création, l'adoption et l'adaptation aux conditions de la Tunisie des innovations et expériences technologiques qui ont fait leurs preuves. Le modèle de croissance suivi jusque-là par la Tunisie a permis d'attirer des IDE qui ont aidé à l'établissement d'industries manufacturières légères qui sont compétitives à l'échelon international mais qui sont à faible valeur ajoutée et intensité de savoir et d'innovation. Cela devrait évoluer vers des systèmes plus sophistiqués à haute valeur ajoutée et intensité technologique, pouvant faire appel à davantage de compétences tunisiennes de haut niveau.
6- Accélérer l'exécution des réformes structurelles du secteur recherche-développement. Le rendement à l'investissement public dans la recherche-développement en termes d'innovation concrète est faible en Tunisie à cause de nombreuses contraintes qui réduisent l'efficacité de l'effort public. Un certain nombre de programmes de réforme sont en cours de préparation. Il est maintenant devenu urgent d'accélérer cette mise en œuvre tout en affinant et renforçant les activités orientées vers l'innovation technologique qui ont l'impact le plus direct sur l'augmentation de la valeur ajoutée des activités économiques et de l'emploi des diplômés. En 2008, le nombre de brevets d'invention déposés internationalement par des Tunisiens n'était que de 26, un chiffre inférieur à la moyenne de la région de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
7- Renforcer les secteurs techniques et scientifiques à tous les échelons de l'enseignement. Les enquêtes d'évaluation du climat de l'investissement en Tunisie ont fait ressortir qu'il est nécessaire de réorienter l'enseignement, surtout supérieur, ainsi que les programmes de développement des compétences, de la réinsertion professionnelle et le recyclage des travailleurs vers les secteurs techniques et scientifiques. Ceci devient encore plus urgent si on aspire à ce que cet enseignement réponde aux besoins d'une économie de plus en plus tournée vers la technologie et le savoir. Aussi, de nouveaux programmes de coopération doivent-ils être développés avec le secteur privé afin de parvenir à une meilleure adéquation entre les contenus de l'enseignement et les besoins des entreprises.
8- Accroître la flexibilité du marché du travail en assouplissant les règles et procédures actuellement trop rigides, qui régissent les modalités de recrutement et de licenciement, la mobilité du travail, la restructuration des entreprises, etc. Ils ont aussi montré qu'il y a urgence à mettre l'accent sur l'ensemble du processus de développement des compétences, de la réinsertion professionnelle et de recyclage des travailleurs etc.
9- La bonne exécution de ces réformes exige bien évidemment des actions d'accompagnement qui touchent à l'amélioration générale de l'environnement des affaires, surtout pour ce qui concerne la restructuration du secteur bancaire (en cours), la bonne gouvernance par la transparence, le respect des droits de propriété et des réglementations, le contrôle des pratiques de corruption, d'abus de confiance et de clientélisme, etc.
En conclusion…
Comme nous avons essayé de le montrer à travers cet article, le problème du chômage dans notre pays est un problème grave. Il s'agit d'un problème endémique aux racines profondes. Nous avons essayé d'en exposer les causes et identifier les défis majeurs à relever. Nous avons tenté de suggérer un certain nombre de réformes qui nous paraissent indispensables pour relever ces défis. Le lancement de telles réformes revêt un caractère particulièrement urgent. A ce propos, le " Programme d'appui à l'inclusion sociale et à la transition " qui vient de démarrer avec l'appui des partenaires techniques et financiers, pourrait constituer le cadre idéal pour lancer ces réformes.
Le chômage est un problème qui affecte l'ensemble de notre société : hommes, femmes, jeunes diplômés et jeunes non diplômés. Il faut être bien conscient que le chômage est un facteur de déstabilisation sociale et politique qui pourrait avoir à court et à moyen terme des effets indésirables sur le processus de construction démocratique en cours. Il y a donc urgence à l'attaquer sur la base de l'atout extraordinaire que représente l'ère post-révolutionnaire de notre pays.
Je suis intimement convaincu que notre pays est capable de sortir de l'engrenage infernal du chômage, pourvu qu'il puisse asseoir une économie plus équitable entraînée par un nouvel essor du savoir et de la technologie.


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