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Ces îles mystérieuses (I)
Reportage L'archipel de Zembra et Zembretta
Publié dans La Presse de Tunisie le 20 - 07 - 2011

Jouissant d'une zone géographique très stratégique, le détroit de Sicile, l'archipel de Zembra et Zembretta est l'un des plus beaux coins naturels de la Tunisie. Pour plusieurs Tunisiens, visiter ces magnifiques îles est un rêve d'enfance. Grâce au travail d'un groupe de protecteurs de la nature, dans le cadre du programme international de l'Unesco (MAB), l'archipel devint en avril 1977 un parc national répertorié sur la liste des réserves de la biosphère. C'est dans le cadre d'une expédition organisée par Tunisia Green Land, un bureau de service engagé à promouvoir les principes de l'écotourisme et à contribuer à la protection de l'environnement, en collaboration avec l'Association des éco-randonneurs du Cap Bon que 24 de nos compatriotes ont pu caresser les béatitudes de ce coin idyllique aux multiples vertus. La Presse y était présente et vous fait découvrir les lieux : un eldorado de la nature à l'état pur!
Il est 9h00, le cortège du covoiturage des éco-randonneurs du Cap Bon arrive au port de Sidi Daoud dans le gouvernorat de Nabeul. Un balansi (un chalutier de pêche) attend nos 24 aventuriers. Après avoir installé leurs glacières et leurs sacs à dos à bord du bateau, le raïs (chef des matelots) activa le moteur de son chalutier, destination : l'île de Zembra! Avec une vitesse de 7,5 nœuds, la traversée dura 1 heure. L'archipel se rapprocha de plus en plus au fil des minutes jusqu'à l'accostage à l'unique quai de l'île de Zembra, qui se situe en face du poste de commandement de la marine nationale. D'après M. Imed Attig, président de l'Association des éco-randonneurs, «Cette expédition a nécessité l'obtention de quatre autorisations délivrées par le ministère de la Défense, le ministère de l'Agriculture, le ministère de l'Intérieur et l'Apal (l'Agence de protection et d'aménagement du littoral)». A partir du P.C. de la marine tunisienne, il faudrait arpenter l'un des trois sentiers aménagés sur 200 mètres avec de gros galets, pour accéder au cœur de l'île.
Selon Am Abdallah Ben Dhafer, connu sous le sobriquet «El Asfour» (l'oiseau), un ancien garde-forestier et qui a vécu 33 ans dans l'île, le premier sentier mène vers l'observatoire au sommet de l'île, juste après une de ses bifurcations qui mène à oued Zitoun en face du rocher de la «Cathédrale». Le second sentier mène au Cap gros en passant par Aïn Kabbar.
Un paysage sublime
Il ajoute : «Ces pistes sont souvent raides avec des pentes élevées et très difficiles à emprunter, mais au bout du chemin, tous les visiteurs, qui ont eu la chance d'aller jusqu'au bout de leurs souffrances, restent bouche bée devant le beau paysage qu'offre l'archipel à partir du sommet. Une vue panoramique à couper le souffle. Parallèlement, l'érosion mécanique et chimique des sols calcaires a contribué à la formation de falaises verticales de 50 m, ainsi qu'à la formation d'arches monumentales composant un paysage sous-marin d'une richesse inouïe».
Pour sa part, M. Mongi Maâmouri, un naturaliste, spécialiste de l'archipel et fondateur de «Tunisia Green Land», «le parc national de Zembra et Zembretta s'étend sur une superficie totale de 391 ha (389 pour l'île de Zembra et 2 ha pour Zembretta avec seulement 5 km séparant les deux îles). Situées à 15km du village de Sidi Daoud et à 55 km de la ville de La Goulette, les deux îles font partie du paysage réputé du Golfe de Tunis et c'est bien souvent que de Carthage ou de la Marsa, on aperçoit à l'horizon sa masse bleutée, non loin de celle que forme l'extrémité du Cap Bon. Mais la terre la plus proche est Ras El Ahmar sur la côte nord-ouest du Cap Bon qui n'est qu'à 10km de l'archipel. Sur le côté sud et près de la seule plage sablonneuse, se trouvent un petit port et un centre d'hébergement abritant une garnison de la marine tunisienne. Dans les années 60, ce centre nautique international avec une école de voile et de plongée sous-marine représentait une unité hôtelière (avec 600 lits) destinée essentiellement aux amateurs de ces sports, avant de se transformer à partir de 1973 en un parc marin dans une zone de près de 3.670 ha. En 1975, la ST.B (Société tunisienne de Banques), mit fin aux activités touristiques car l'école comprenait autant de moniteurs de plongée que de touristes plongeurs. C'est alors qu'un petit groupe de protecteurs de la nature mena une campagne en vue de la création d'un parc national et finit par avoir gain cause avec la création du parc national de Zembra et Zembretta selon le décret loi du 1er avril 1977».
Moez Ben Fadhel, enfant de la région, géologue biostratigraphe et spécialiste en paléo-environnement, nous donne l'éclairage suivant : «L'île de Zembra présente une morphologie d'un immense rocher triangulaire dont le sommet atteint 435 m. Quant à l'îlot de Zembretta, il se présente sous la forme d'un gros rocher gréseux, trapézoïdal, d'environ 400 m de long sur 50 m de large. Son point culminant est une falaise de 53 m, chapeautée d'un phare éteint. Les côtes de Zembra sont formées de falaises abruptes de 200 à 400 m de hauteur rendant souvent l'accostage difficile, à l'exception de quelques plages de galets offrant la possibilité d'un accès pédestre. Selon les études géologiques réalisées toutes par des géologues français pendant la période coloniale, la majeure partie de la surface de l'île est assez chamboulée. On n'y décèle qu'une seule vallée importante drainée par un oued qui aboutit à la côte sud. Les apports consécutifs des sédiments sablonneux et argileux du quaternaire (1,5 million d'années) ont façonné une vallée qui descend vers la mer en pente douce et se termine par une véritable plage de sable. Quant aux falaises abruptes et dénudées de l'île, elles offrent aux amoureux de la terre la possibilité de contempler de très belles stratifications géologiques. Souvent les couches inclinées ont plusieurs centaines de mètres d'épaisseur. On trouve des formations d'origine secondaire, tertiaire et quaternaire».
Concernant les rochers et l'île de Zembretta qui assaillent autour de Zembra comme des satellites, le Pr Ben Fadhel ajoute : «Le Cap Gros, qui est situé à la pointe nord de l'île de Zembra, est constitué d'une masse de calcaire dolomitique (une roche composée d'un cocktail de minéraux : le calcium et le magnésium) qui se dresse en une falaise verticale de 200 m de haut et se prolonge jusqu'à 50 m sous l'eau. Cette formation ainsi que celle de l'île de l'Entorche (Lantorcho) datent du Crétacé supérieur. Pour la pointe sud-ouest de l'île avec son énorme rocher séparé de la côte appelé «la Cathédrale», elle est aussi formée de rochers dolomitiques datant de l'oligocène et de l'éocène. Enfin, l'îlot de Zembretta émerge de l'eau azure de la Méditerranée par une falaise d'orientation Nord-Ouest, Sud-Est. Le versant nord-ouest de Zembretta est constitué par un éboulis d'énormes blocs de grès rougeâtre et le versant sud descend en pente douce vers la mer. Un autre rocher de 40 m de haut dessine un deuxième îlot séparé du précédent par un couloir d'éboulis immergés d'âge oligocène».
Un site historique à plusieurs occupants
Selon les historiens, l'île de Zembra a été occupée par l'homme dès la plus haute antiquité. Des fouilles archéologiques ont montré une occupation continue de l'île depuis la néolithique comme en témoignent les obsidiennes taillées qu'on trouve un peu partout sur l'île et qui furent ramenées à cette époque en provenance de l'île italienne de Pantelleria. On y trouve également des chambres funéraires puniques et des mosaïques romaines non loin du port ainsi que d'anciennes terrasses et barrages. Toujours selon les historiens, «L'ensemble des îles constituait aussi un point stratégique pour les flottes phéniciennes et romaines qui l'ont baptisées sous le nom de “Archipel des Aegimures”. Le relief accidenté du littoral et les vents forts violents ainsi que les courants marins de cette zone ont été très souvent à l'origine de nombreux naufrages. Cela explique les multiples épaves qui jonchent les fonds marins tout autour de Zembra. Titelive nous révèle qu'en 202 avant J.C., la tempête a brisé la flotte du prêteur romain C. Octavius sur les rochers de l'archipel et que la flotte punique a pu récupérer le restant du butin».


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