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«Identité avez-vous dit ? Oui, identité tunisienne !»
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 11 - 2011


Par Leïla Ladjimi SEBAI
Depuis quelque temps, un sujet semble préoccuper au plus haut point une certaine classe politique : celui de l'identité de la Tunisie et des Tunisiens. Ce sujet dont très récemment quelques pays occidentaux, particulièrement la France pour ne pas la nommer, ont vainement essayé de débattre avec le succès que l'on sait, est en réalité un faux problème. A-t-il vraiment sa place aujourd'hui au sein de notre société bien plus préoccupée et angoissée par les problèmes économiques et sociaux qu'elle rencontre, par l'avenir incertain et menaçant qui se dessine, que par le fait de savoir qui elle est.
La Tunisie est la Tunisie et elle le sait. Elle le sait assurément depuis toujours, et il sera inutile de lui faire croire qu'elle est autre chose.
Son identité, puisque c'est de cela qu'on désire nous entretenir, n'est en fait ni orientale ni occidentale. Elle n'appartient ni au nord ni au sud, ni à l'est ni à l'ouest. Il s'agit de l'identité originale d'un peuple particulier; elle est tributaire de son histoire et de sa géographie, à la fois méditerranéenne, africaine, orientale, maghrébine et donc également occidentale; il s'agit de l'identité tunisienne, la seule qui soit susceptible d'intéresser, d'interpeller les Tunisiens, de faire en sorte qu'ils se retrouvent, se reconnaissent, fassent la paix avec eux-mêmes, leurs origines et leur longue et riche histoire.
Comme chacun le sait ou devrait le savoir, la Tunisie est le résultat de toutes les influences de toutes les cultures qui ont traversé son histoire et son territoire depuis les temps les plus reculés : sur un substrat local particulier, celui des berbères autochtones, se sont succédé divers courants dits «civilisateurs» : phénicien, romain, vandale, byzantin, arabe, turc, français et européen, et l'étude de son histoire si riche et si variée nous apprend que la Tunisie a toujours su, au sein des différentes vagues qui l'ont traversée, intégrer sans heurt et sans violence les nouveautés et les apports positifs venus de l'extérieur, tout en conservant intacte une forte identité sous-jacente, et en développant une originalité propre : c'est ce qui a toujours fait le «génie» de ce pays.
Dans les années 1960, le grand Léopold Sedar Senghor en parlant de l'Afrique et de son avenir politique et socioéconomique, disait que la colonisation avait créé géographiquement des pays, que les indépendances avaient fait de ces pays des Etats, et que le vrai travail consisterait désormais à faire de ces Etats des nations. Mais, à cette époque, la nation tunisienne existait déjà, et avait, depuis bien longtemps, jeté les bases d'une forte identité nationale, jalouse de ses prérogatives et, tout en étant ouvertes aux autres, farouchement opposée à toute influence extérieure visant à la déposséder de son âme.
Les évidences qui s'imposent
D'abord, je suis avant tout Tunisien(ne). Cela est indiscutable et sans appel, et je n'ai pas besoin de le proclamer. Ma nation ? Tunisienne. Ma langue ? Tunisienne. Ma culture ? Tunisienne. Mon histoire ? Tunisienne. Mes traditions ? Tunisiennes, etc.
Ensuite, il faut bien se dire que déclarer, répéter mécaniquement, crier, écrire, inscrire en toutes lettres et en lettres d'or que l'on est ceci ou cela, tendrait à prouver qu'on n'est pas ce que l'on prétend être. L'évidence se passe de déclarations intempestives et péremptoires. Ainsi, annoncer à chaque occasion que notre identité est arabo-musulmane commence à faire douter sérieusement. Si cela était réellement le cas, il ne serait pas nécessaire de le souligner constamment, ou d'en débattre, car une évidence n'a nul besoin d'être affirmée, encore moins d'être démontrée. De fait, ce concept «d'arabo-musulmanité», si j'ose ainsi m'exprimer, concept hautement idéologique sur lequel s'est basée l'une des plus grandes confusions et contradictions de l'histoire, pose lui-même problème : doit-on rappeler que l'association et (ou) la juxtaposition systématique de ces deux termes (arabe et musulman) sans être contradictoires, sont, dans bien des cas, impropres, et il n'est pas nécessaire de rappeler par exemple que bien des Arabes ne sont pas musulmans, que bien des musulmans ne sont pas Arabes. (Les Arabes d'Arabie eux-mêmes n'en doutent pas quand ils exigent des ressortissants des autres pays dits «arabes», dont notre Tunisie, un visa en bonne et due forme pour visiter leur pays, visa de surcroît fort difficile à obtenir). Il faudra salutairement un jour dépasser cette contradiction fondamentale au sein d'un concept asséné comme un oukase, indiscutable pour certains. Ainsi, sommes-nous en Tunisie 98 à 99% musulmans ! Mais sommes-nous arabes ? Pas nécessairement, et on pourra légitimement se poser la question, et légitimement en douter : l'ethnie, les mœurs, les traditions (dans de multiples domaines), et même la langue, ne sont pas fondamentalement arabes.
Parlons en effet de la langue ! Notre cher dialecte maternel, si succulent, si riche, si délicieux à nos oreilles et si cher à nos cœurs, est un subtil et magnifique amalgame de divers parlers méditerranéens dans lesquels est tout naturellement venue s'insérer et se lover la belle langue arabe. De l'arabe, notre langue est, assurément, très fortement imprégnée ! Mais que vive donc la belle langue tunisienne, ou si on y tient, la belle langue arabo-tunisienne, qui a généreusement accueilli, adopté, intégré et digéré cette diversité ! Notre langue si riche et si vivante, celle de nos mères et de nos ancêtres, celle de nos poètes, de nos troubadours, de nos artistes, celle enfin de notre peuple ! Lui interdire aujourd'hui de continuer de s'ouvrir aux autres sous prétexte de la «dépolluer» (je cite), ou, plus grave de «la purifier» (je cite encore), est une aberration, voire un crime. Il faudrait au contraire lui rendre ses lettres de noblesse, l'approfondir, la mieux définir, l'encourager à encore s'enrichir et à s'épanouir ! Et que notre Académie des lettres, notre Beït el Hikma nationale qui porte le nom de la glorieuse institution kairouanaise, soit une Académie pour l'étude, la promotion et le développement de notre langue nationale : la langue tunisienne !
La Tunisie est tunisienne et sa langue est l'arabe tunisien ! Vous, mes compatriotes tunisiens, y voyez-vous un quelconque inconvénient ?
C'est un fait : qu'on le veuille ou non, notre identité n'est pas uniquement arabo-musulmane. Elle est aussi cela, mais pas seulement. Vouloir la réduire à cette seule appartenance reviendrait à la figer, à se jouer de l'histoire et de ses enseignements, à mutiler la vérité, à ignorer ce que dicte le simple bon sens, notamment que l'histoire des nations n'a ni commencement ni fin et qu'elle est en perpétuel mouvement, en perpétuel devenir. Ignorer ou feindre d'ignorer cela, ou plus simplement ne pas le reconnaître est un non-sens historique révélateur de l'attitude de ceux qui ont peur de se regarder en face, qui ont peur de se révéler à eux-mêmes. Voilà un déni incompréhensible et lourd de conséquences, voire dangereux ! Dangereux pour notre pays, notre avenir, celui de nos enfants, celui de tous les pays de cette partie du monde, nos voisins, nos frères, nos amis qui feraient bien de repenser leur histoire de manière plus juste et plus réaliste. Il y va de l'avenir de nos nations et de nos révolutions.
J'invite tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes fiers de leurs origines, de leur longue et riche histoire, à protéger leur pays bien aimé : celui d'Elissa Didon, la fondatrice; d'Hannibal, le défenseur et le conquérant; de Jugurtha, le patriote; d'Apulée, le premier romancier de l'histoire de la littérature occidentale; de Salvius Julien, originaire de Sousse, et auteur de L'Edit perpétuel, fondement du droit romain; de Tertullien, de saint Cyprien et de saint Augustin, les grands hommes de religion; de la Kahena, la farouche combattante pour la liberté; de Ziyadat Allah Ibn el Aghlab, le bâtisseur de la grande mosquée de Kairouan; de Bolokkin, le prince berbère, fondateur de la dynastie ziride, sous le règne duquel le pays connut une très grande prospérité; d'Ibn el Jazzar, l'immense savant; d'Abou Zakaria, le Hafside qui déclara l'indépendance du pays; d'Ibn Khaldoun, l'inventeur de la sociologie moderne; d'Aziza Othmana la riche princesse, bienfaitrice et amie des pauvres; d'Ibn Abi Dhiaf, l'historien génial; de Kheireddine, l'un des fondateurs du «pacte fondamental» et de la première Constitution tunisienne qui proclamait, déjà, l'égalité de tous les Tunisiens devant la Loi; de Tahar Haddad l'avocat de la liberté de la femme musulmane; d'Abou el Kacem Chebbi, le doux poète de la nation; d'Ali Douagi, nouvelliste et homme de théâtre, le «marginal tunisien», qui sut si bien enrichir le patrimoine littéraire de la Tunisie avec tous ses compagnons, artistes et poètes du mouvement «Taht Essour» dont l'aimable et non moins talentueux dramaturge, journaliste et conteur, l'inoubliable Abdelaziz el Aroui.
Et il y en a tant d'autres !
Nous, Tunisiens d'aujourd'hui, sommes leurs frères, leurs sœurs, et leurs enfants.
Nous leur sommes redevables. Ne les trahissons pas !
(Historienne, directeur de recherches)
J'adresse cette réflexion à tous mes compatriotes, aux présidents des principaux partis politiques, au président de l'Assemblée constituante, aux Ligues, nationale et internationale des droits de l'Homme, aux associations concernées et aux personnalités de la société civile.


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