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Oubliés et nécessiteux, mais...patients et dignes
Reportage - Hawel El Oued (gouvernorat de Gafsa)
Publié dans La Presse de Tunisie le 28 - 02 - 2012

N'a-t-on pas dit un jour : «Lâchez tout, lâchez dada- ô combien sont-ils nombreux nos dadas- lâchez vos espérances et vos craintes, semez vos enfants au coin d'un bois. Lâchez la proie pour l'ombre. Lâchez au besoin une vie aisée, ce qu'on vous donne pour une situation d'avenir. Partez sur les routes». Faut-il le dire ? Partir sur les routes pour mieux connaître la Tunisie des bourgs, la Tunisie des fonds souffrants.
Là-bas, à près de 70 km de Gafsa vers le Sud, à Hawel El Oued où les hommes mènent un combat quotidien pour survivre, les terres envahies d'acacias (une variété qui se veut un signe de stérilité) ont depuis longtemps cessé d'être généreuses. L'eau potable est souvent indisponible. L'unique dispensaire du village manque largement de moyens permettant d'assurer les prestations nécessaires. Pis encore, dès 18 heures, le village peuplé de près de 2.000 habitants et ses masures sombrent dans l'obscurité sur fond d'un silence apocalyptique.
Sinon, ces enfants sur qui les sorts ont posé le lot de leur fatalité, persévèrent et persistent face à une misère qui use et qui corrode. Pauvres, besogneux ou encore va-nu-pieds, ils se tapent quotidiennemnt plus de huit kilomètres pour se rendre à leur collège.
Car le bus est souvent en panne et ne repasse pas, même quand certains d'entre eux le ratent à cause des conditions climatiques très changeantes. En manque de livres et d'autres fournitures scolaires, ils s'efforcent de résister et d'acquérir un savoir salvateur. L'unique salvateur d'une précarité qui dure et qui date de bien des décennies. Ces apprentis du savoir ont pour maîtres et l'enseignant et la douleur. Toutefois, ils souffrent en silence, adeptes en cela d'un stoïcisme transmis de père en fils. M. Amir Melliti, professeur de français, le confirme : «La majorité de mes élèves, pour ne pas dire tous, vivent dans des conditions misérables. Ce sont pratiquement les vrais damnés de ces bourgs rustres. Mieux encore, de vrais militants. Souvent affamés et en proie à un froid glacial, ils passent leurs heures creuses devant le collège exposés tantôt au vent, tantôt à un soleil brûlant, car le collège ne dispose pas d'une salle de révision ni d'une bibliothèque commune. L'autre réalité fort attristante de ces élèves, c'est que la plupart d'entre eux portent des piqûres d'insectes sur la peau, Je pense qu'il est vraiment temps d'aider ces jeunes gens en aménageant dans le collège une bonne bibliothèque, en améliorant et en multipliant les moyens de transport et les prestations du dispensaire. Mais, pourquoi ne pas penser à la création d'une caisse de solidarité financée par les bienfaiteurs et les gens aisés du gouvernorat?».
Ce que pense M. Amir à propos des initiatives à entreprendre dans l'objectif d'assister ces Tunisiens oubliés est partagé par son collègue M. Ahmed Aloui : «Dans ce collège de 750 élèves et de 59 enseignants, sans compter les suppléants, les difficultés sont énormes et pour les premiers et pour les seconds. En effet, outre le manque de moyens, les conditions de vie dures des élèves se répercutent sur leurs caractères. Repliés sur eux-mêmes, ils deviennent parfois agressifs à l'égard des enseignants. Et le complexe d'infériorité laisse s'épanouir en eux une certaine rancœur vis-à-vis de ceux qui leur paraissent aisés. Cela affecte également leur aptitude à la communication et les rend insociables. On essaye souvent de les comprendre en nous servant des moyens pédagogiques et didactiques appropriés, mais parfois ça nous échappe. Il faut vraiment s'y pencher».
Derrière la dureté, quelque part se cache une beauté
Tout près du village et des terres stériles, Aïn Haddaj recèle une beauté tapie derrière des apparences de dureté. Posée en rond sur une colline bordant une chaîne de montagnes, enclose dans son manteau de pierre et coiffée de tuiles millénaires, la source semble encore indemne des balafres qu'infligent les temps modernes à certains de nos villages. Plus qu'une source, Aïn Haddaj évoque un obstacle naturel, une frontière physique entre la stérilité et la fertilité, une réalité matérielle avant d'être culturelle. Et c'est d'abord en cela une source courante certes, mais tellement indiscernable de la roche où elle s'abrite et des palmiers qui l'entourent, qu'il faut s'armer d'une certaine curiosité pour l'atteindre en suivant le sens des murmures confus de l'eau. Cette source coulant dans une grotte occupant une gigantesque pierre de la montagne, draine chaque fin de semaine des dizaines de visiteurs. Ils s'y rendent régulièrement pour une baignade pas du tout ordinaire. Une baignade qui se veut, comme ils la qualifient, un souverain remède contre la monotonie des jours et les dégoûts du quotidien. Am Bachir, ce gentil homme nonagénaire qu'on a trouvé en train de se baigner dans la grotte où coule la source, est un habitué des lieux, et le cordon ombilical qui l'attache encore à Hawel El Oued semble être, à forte raison, indéfectible. «Aïn Haddaj était, autrefois, côtoyée par les Hilaliens (en allusion à la tribu des Bani Hilal). D'ailleurs, ce sont eux qui l'ont dénommée ainsi. On disait également ‘Khalli el bell thoudej' (laissez les dromadaires se reposer). Cela veut dire que les nomades se servaient des lieux comme escale pour se reposer après la fatigue et étancher une soif intensifiée par la canicule qui règne depuis toujours ici. L'eau de la source contient près de 10% de soufre. Une matière bénéfique pour la peau, sachant qu'elle guérit les blessures et les tumeurs de la peau. Une baignade ici aide également à guérir des rhumatismes». Un avis partagé par les jeunes baigneurs accompagnant ce sportif nonagénaire : «C'est notre samedi-soir à nous, à la manière des anciens, nous nous servons de la pierre et de l'eau pour libérer nos esprits et nos corps du jougs de l'ennui», s'exclame l'un d'entre eux.
A Hawel El Oued, les hommes sont nécessiteux, mais patients et stoïques, et les lieux seraient invivables n'eût été l'espoir dont s'arment ces gens attachés au berceau de leur naissance. Toutefois, la dureté cache une certaine beauté. Cela dit, avec un peu d'effort pour mieux valoriser et exploiter la source «Aïn Haddaj», la localité peut abriter un grand projet touristique. Pourquoi pas, ce faisant, l'implantation d'un gîte rural où les services fournis s'adaptent à la typicité culturelle, sociale et civilisationnelle du village ?
D'ailleurs, il suffit de quelques retouches pour que la source attire irrésistiblement des visiteurs tunisiens et étrangers, pour que «le rêve chemine linéairements oubliant son chemin en courant», pour que «la rêverie travaille en étoile», pour créer des postes d'emploi. Pour que l'imagination soit aux postes de commande du langage et inspire ces élèves étranglés par les maux et trahis par les mots.


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