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Le paradis perdu
Djerba
Publié dans La Presse de Tunisie le 20 - 04 - 2012

Houmt-Souk. A deux pas de la poste criblée de taches de soleil, des femmes drapées pressent le pas, pour échapper au prisme de l'appareil photo d'un vieux couple de touristes. Il est déjà 14h00 et la plupart des échoppes n'ont pas encore relevé leurs stores. C'est qu'à Djerba, on vénère encore la sieste. Tout y est paisible, agreste et silencieux. De quoi encourager les paupières lourdes à se laisser emporter par la bulle royale. Seule la criée du «dallel» fait fausse note dans cet univers de calme. Assis sur un haut tabouret, un chapelet de poissons à la main, il répète à l'infini «Baballah guaddach?». Une grappe de touristes de troisième âge se faufile dans le hall des poissons pour assister au spectacle. C'est que le marché et les souks de la ville connus à travers les chroniques pour leurs bruits, leurs odeurs et leurs couleurs, et qui en font des lieux magiques à la conjonction du passé, du présent et du futur, offrent un semblant d'animation, même s'ils sont de moins en moins fébriles. Et pour cause, l'île paradisiaque dont le nom évoque le romantisme et le retour aux sources n'est plus en mesure d'émerveiller et d'étonner.
C'est que l'île des Lotophages dont l'économie dépend du tourisme, jadis fer de lance du tourisme tunisien, est aujourd'hui engluée dans les ronces inextricables d'une crise tous azimuts.
D'après Jalel Bouricha, président de la Fédération régionale de l'hôtellerie au Sud-Est, en 2011, année de la révolution, «les nuitées ont baissé, par comparaison avec 2010, de 43,4% pour n'enregistrer que 4.711.784 nuitées, le taux d'occupation est passé de 63% en 2010 à 39,9% en 2011».
Par marché, la situation n'est guère plus reluisante. En effet, les statistiques pour les quatre premiers mois de l'année 2011 ont enregistré des baisses vertigineuses au niveau du marché français (-74%), du marché allemand (-70%,) du marché italien(-83%), du marché belge (-48%).
Fermeture et difficultés
Cette atmosphère maussade a acculé certains opérateurs à mettre la clef sous le paillasson. De ce fait, quelque 3.000 emplois contractuels ont été supprimés et plus de 250 personnes ont été licenciées rien qu'au niveau des hôtels. Ce n'est plus un secret de polichinelle. Crise ou pas, l'île de Djerba a perdu son attractivité des années 60 et 70, dont les plages aux sables d'or, son soleil et son climat particulier en étaient les principaux arguments de vente. «Bien que les ressources de l'île soient nombreuses et diversifiées, le fait qu'elles demeurent inexploitées pour innover a freiné l'élan de la destination», souligne Jalel Bouricha.
Certes, la concurrence y est pour quelque chose aussi, il n'empêche que d'autres facteurs ont joué en défaveur de l'île.
Evoquant le rapport entre l'impact de la dictature sur le tourisme, l'universitaire Abdelfettah Kassah a pointé du doigt le système touristique tunisien sous l'ancien régime qui a été marqué par l'opacité, la corruption, les évasions fiscales, la fuite de capitaux, le blanchiment de l'argent sale, la mauvaise gestion et la transgression des lois et règlementations. Cependant, le «revers de la médaille» du pseudo-succès touristique de l'île, se manifeste par l'érosion des plages après avoir massacré par le bétonnage les dunes littorales de la côte Est, indique le professeur.
Algues, odeurs et autres nuisances
En effet, Djerba est en train de perdre ses plages sablonneuses. Deux facteurs sont montrés du doigt pour expliquer cet état de fait. D'abord, il s'agit de la construction des hôtels pieds dans l'eau et ensuite par la construction du port de Houmt-Souk. Depuis, les effets de l'avancée de la mer sur les côtes de l'île sont évidents. «Des trous béants, dus aux quantités de sables reprises par la mer, deviennent des décharges sauvages à proximité de la zone touristique», note-il encore.
Un autre facteur dérange les hôtes et préoccupe les hôteliers. Il s'agit des algues marines qui envahissent le littoral. «Auparavant, il touchait une partie de l'île, maintenant il touche les autres parties aussi», constate Jalel Bouricha. Certes, il s'agit d'un phénomène naturel mais il est dû au non-respect de l'environnement par l'homme. Les odeurs que dégagent ces tonnes d'algues dérangent beaucoup les clients. «Ils sont tellement nombreux que la mer ne parvient pas à en reprendre une partie», a-t-il lancé d'un ton grave.
Sur un autre plan, l'île aux trésors archéologiques et au patrimoine plusieurs fois millénaire tourne le dos à ses monuments. Des sites en péril tels que le site de Méninx, sur la côte Est, ancienne capitale romaine de l'île, est en péril. La base d'un mausolée libyco-punique à Henchir Bourgou doit être impérativement valorisée, recommande le professeur Kassah.
Monuments en péril
Pourtant, «Djerba est un bastion de l'architecture islamique puisque l'on y compte plus de 365 mosquées de rites différents qui cohabitent dans ce tissu urbain», lance, indigné, Ahmed Smaoui, expert en tourisme. En effet, une simple visite à la mosquée «Sidi Yati» construite au IIIe siècle de l'Hégire (IXe siècle) en dit long sur le laxisme des autorités à l'égard du patrimoine. Il est clair que l'île ne tire pas profit de ses richesses culturelles, assène A. Smaoui. En effet, sur près d'un million et demi de touristes qui visitent l'île, en temps de reprise, seule une poignée entreprend des visites aux sites et monuments. Ainsi, la mosquée Fadhloun ne compte que 40.000 visites par an, tandis que le musée de Djerba explorer et celui des Arts traditionnels ne dépassent pas 140.000 visiteurs. L'offre est donc très minimaliste sur l'île. «Les villes sont devenues des bazars à ciel ouverts», ajoute-t-il.
Sur ce même plan, Mohsen, un artisan potier, révèle qu'il souffre des menaces qui découlent de l'importation intempestive des produits de l'artisanat en provenance d'autres régions et qui nuisent considérablement aux produits locaux. L'anarchie observée au niveau des centres équestres, les pratiques peu orthodoxes des chameliers ainsi que le récurrent problème des «besness» et la prolifération des bases nautiques inquiètent les opérateurs touristiques.
Le port de plaisance, malgré toutes les nuisances qu'il a générées, n'accueille qu'une vingtaine de yachts par an. Pour l'année 2010, 52 passagers seulement ont débarqué à quai.
Alors que les produits offerts par les destinations concurrentes se sont diversifiés pour répondre aux attentes des clients et les satisfaire, notre île a perdu beaucoup de son attractivité. Pourtant, la nature enserre encore la ville blanche et bleue, l'aère et la pénètre. L'air paraît encore si léger à Djerba et l'île peut redevenir un jardin flottant tout ondoyé de fraîcheur. Mais à l'instar de toutes les grandes destinations, le fleuron du tourisme tunisien devrait être orienté vers le haut de gamme voire le luxe, pour tirer vers le haut la destination.
Mais comment peut-on moderniser l'offre à Djerba pour échapper à une image d'offre minimaliste, sans valeur ajoutée, pauvre et lassante. Une conférence sur la relance du tourisme à Djerba a été organisée récemment pour débattre des moyens à même de favoriser la remise de l'île sur l'orbite des grandes destinations.
(Lire demain : Djerba, la voie du salut).


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