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Jean, ou la divinité de la parole
Figures et concepts
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 05 - 2012

Les évangiles canoniques, adoptés par l'Eglise, sont au nombre de quatre et leur classement habituel place en dernière position l'Evangile de Jean. Jean est donc, avec Matthieu, Marc et Luc, un évangéliste. Mais, malgré cette position, l'intérêt autour de sa personne est assez particulier dans l'histoire et déborde le cadre strict du christianisme. D'abord parce qu'il est celui des évangélistes qui, avec sa notion de Paraclet, a donné à penser à tout un ensemble de théologiens musulmans que le Prophète de l'islam a été bel et bien annoncé dans les textes chrétiens. On lui doit en ce sens des querelles homériques mais assez stériles, finalement, autour de la signification de ce « Paraclet ». Ensuite, parce que le texte qui porte son nom est considéré comme le plus philosophique de tous. A telle enseigne que certains théologiens chrétiens ont estimé qu'il n'avait pas de valeur réellement historique, tout occupé qu'il serait, pour ainsi dire, à asseoir les bases conceptuelles de la nouvelle religion... Ce qui est cependant contesté par d'autres qui rappellent que, contrairement aux évangélistes qui le précèdent dans le « Nouveau Testament», Jean a été un témoin direct de la vie de Jésus-Christ... Et pour cause, Jean l'évangéliste est aussi Jean l'apôtre, l'un des douze compagnons que l'on retrouve dans des moments clés du récit qui relate le parcours de Jésus. La fin de l'évangile de Jean est assez explicite sur ce point puisque, à propos de l'un des « disciples » dont parle Jésus, le texte indique : « C'est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits...». Jean est avec Matthieu celui qui cumule les titres d'apôtre et d'évangéliste, les autres, Marc et Luc, étant disciples d'apôtres, et non apôtres...
Les deux commencements
Il est vrai cependant que l'on s'est interrogé, à propos de Jean en particulier, sur la plausibilité de cette identité entre l'apôtre et l'évangéliste. Car l'apôtre est présenté dans le texte comme fils de pêcheur : il est ce Jean fils de Zébédée que Jésus aperçoit au début en train de réparer les filets de son père. Est-ce le même qui sera par la suite l'évangéliste auteur d'un texte servant de socle théologique au christianisme ? La difficulté se double de considérations chronologiques... Sans rentrer dans le détail de ces questions qui relèvent du travail de l'historien des religions et qui fait dire à certains que derrière le nom de Jean se cachent en réalité deux personnages, deux Jean, on retiendra que l'évangile en question a bien les caractéristiques d'un témoignage, mais qu'il est en même temps une référence théologique... Comme s'il s'agissait d'une reprise « savante » d'un premier texte.
Toute la force de cet évangile de Jean, en raison de laquelle un penseur instruit et éclairé ne saurait l'ignorer, réside dans ses toutes premières phrases, qui représentent une paraphrase du récit de la création dans la Genèse. Que dit la Genèse ? « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut... » Que répond le Prologue du quatrième évangile ? « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes... »
Les deux paroles
Que s'est-il passé du premier texte au second ? En réalité, pas grand-chose ! Un simple glissement, un reflux du verbe divin dans la sphère de Dieu lui-même. Dans la Genèse, Dieu crée le monde et Il le fait par sa parole... Mais nous ne savons pas si le monde est créé en même temps que cette parole créatrice qui le produit ou si cette dernière précède toute création. Nous voyons à ce propos que la querelle entre Mutazilites et Asharites, à l'époque abbasside, concernant le statut du Coran, créé ou incréé, a des racines anciennes dans l'histoire du monothéisme. L'évangile de Jean est d'emblée une prise de position surcette question : le verbe de Dieu est incréé, il précède toute création... Il est Dieu lui-même! « Au commencement était la Parole »
Il est clair ici que Dieu n'a pas avec sa propre parole la même relation que celle que l'homme a avec la sienne. Et que la conception habituelle que nous avons de cette relation est pour nous un handicap sur le chemin qui mène à l'idée évoquée... Quelle est cette conception habituelle ? C'est celle d'un outil. De la même manière que nous nous confectionnons des outils pour ensuite travailler la terre ou fabriquer d'autres objets utiles à notre vie quotidienne, nous créons des paroles grâce auxquelles nous désignons les choses, présentes ou absentes, et demandons à nos congénères qu'ils agissent de telle ou telle manière, selon notre volonté... Nous faisons « usage » de la parole ! En dehors de cet usage, nous sommes dans le silence, et même si ça continue de parler en nous, intérieurement, y compris dans le sommeil, par le rêve, nous sommes toujours dans la position du sujet qui produit de la parole, qui le fait en vue d'une fin déterminée, ou plus ou moins déterminée. Or il s'agit de concevoir une relation où il n'y pas de différence, pas de séparation entre le sujet de la parole et la parole elle-même. Ce qui, bien entendu, n'est pas sans incidence sur la relation entre parole et absence de parole ou silence : en Dieu, la parole est silencieuse et le silence parle.
Il convient de bien faire attention au sens de cette paraphrase de la Genèse : elle est tout sauf anodine. Elle prétend redire le commencement : Dieu ne fait pas seulement usage de la parole, Il est parole ! Et certes, Il crée par Sa parole, mais Il dit aussi... Que dit-il par cette parole qui, tout à la fois, crée et dit ? Et quelle écoute correspond pour l'homme à ce dire qui est l'œuvre de Dieu et, en même temps, Dieu lui-même ? Tout cela renvoie au contenu de l'enseignement du christianisme, et de l'évangile de Jean en particulier.
Les trois Jean
Une question se pose ici. Elle est celle de savoir si cette parole divine, dont nous disons qu'elle se distingue fondamentalement de la parole humaine, ne peut pas malgré tout prendre la forme d'une parole humaine. Pour l'islam, l'exemple du Coran incarne cette possibilité. Même si le rôle de l'ange, comme médiateur entre les deux sphères, divine et humaine, suscite des questions : cette médiation est-elle répercussion d'un écho ou n'est-elle pas déjà « traduction » ? Dans le judaïsme, l'épisode évoqué habituellement est celui du buisson ardent au cours duquel Dieu parle à Moïse. Or il faut bien que ce langage soit de forme humaine pour que Moïse le comprenne, même si Dieu ne dit rien d'autre que ceci : « Je Suis celui qui Suis » !
Le christianisme va sans doute très loin dans sa réponse affirmative à cette question puisqu'il pose que Jésus est, pour ainsi dire, le lieu d'une incarnation du verbe divin, donc de Dieu lui-même. Jésus joue le rôle, pour ainsi dire, de ce buisson ardent face auquel se tient Moïse... Cette affirmation, qui a heurté les Juifs, n'a pas manqué non plus de provoquer les railleries des intellectuels de l'époque, surtout parmi les Platoniciens qui situent le divin aux antipodes du règne de la matière. C'est toute la singularité de la religion chrétienne, cependant, que de tenir bon dans cette position qui est à la fois philosophico-théologique et historique...
Nous avons évoqué plus haut la possibilité que derrière l'évangile de Jean, il y ait deux Jean et non pas un seul... Peut-être est-il nécessaire de rappeler la place d'un troisième Jean, Jean-Baptiste, qui joue dans ce texte un rôle capital : un rôle de vision et d'alerte. Il voit ! Il voit en cette personne de chair qu'est Jésus une manifestation de ce que le peuple juif tout entier attend, ou plutôt désespère de voir arriver en cette période de domination romaine et de tribulations : le Messie, l'agneau de Dieu... Le travail théologique de l'évangéliste consistera à montrer qu'en cet «agneau de Dieu» réside la parole de Dieu... Et donc Dieu lui-même, venu partager la souffrance de l'homme !


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