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Une bataille de prestige entre deux présidents ambitieux : de Gaulle et Bourguiba
Fête de l'evacuation - 52e anniversaire de la bataille de Bizerte (15 octobre 1961)
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 10 - 2012

La bataille de Bizerte a fait couler beaucoup d'encre et de salive depuis 1961 et continue à le faire encore... La plupart des spécialistes pensent que c'était une guerre inutile...Mais pour l'histoire, quel serait, du point de vue militaire, l'enjeu de la lutte ? La base navale de Bizerte de l'époque mais surtout ses installations anti-atomiques faisaient de la cité souterraine une des clés du système de défense de l'Occident.
Pour éclairer la lanterne des nostalgiques et des nouvelles générations, nous avons épluché le maximum de commentaires et de témoignages des médias de l'époque pour en savoir plus. Pourquoi ce drame qui a fait des centaines de morts et de blessées des deux côtés ? Pourtant, les relations franco-tunisiennes étaient au beau fixe ? Bourguiba fut l'invité du général de Gaulle à Rambouillet pour un dîner privé mais que s'est-il passé au cours de cette dernière rencontre qui était la première entre les deux hommes et comment se peut-il que l'esprit de Rambouillet enfante cinq mois plus tard un guet-apens qui a fait plus d'un millier de morts ? Pourtant, Bourguiba était enchanté d'avoir dîné en tête à tête avec le Général—honneur qui ne fut fait à aucun autre chef d'Etat—et d'avoir pu parler longuement de l'avenir du monde et des grands problèmes planétaires, lui, le président d'une petite nation de trois millions d'habitants avec celui qu'on donne le plus prestigieux des hommes d'Etat de l'époque. Mais Masmoudi, qui accompagnait le président Bourguiba et qui avait patronné obstinément sa rencontre avec l'homme du 18 juin, s'était montré pessimiste.
«Imaginez ce qui a pu se passer, confiait-il plus tard. Bouguiba a parlé presque tout le temps, de Gaulle se contentait d'opiner du bonnet et lâchant quelques phrases de temps à autre». Masmoudi voulait dire que les entretiens n'avaient pas été «constructifs» à propos de Bizerte. C'est de Gaulle qui avait entendu le Combattant suprême dire «Je laisse en sommeil la question de Bizerte jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie pour ne pas vous gêner... On s'était compris. Mais on ne s'était pas bien entendu». Masmoudi jugeait que la réconciliation franco-FLN était impossible et que par conséquent tout ce qu'il a misé était perdu. La position de Bourguiba homme lige de De Gaulle dans une entreprise nord-africaine n'était tenable que dans la mesure où le FLN acceptait d'y souscrire de bonne grâce selon la formule «décolonisation mais association». Or début juillet, les jeux sont faits à Evian, on ne s'est pas mis d'accord sur rien, à Alger on tue toujours.
On fera peut-être du contentieux à Lugrin mais on y fera peu d'association. Le temps passe car le 1er août, le Conseil national de la résistance algérienne va se réunir à Tunis, Bourguiba peut craindre qu'il y soit décidé l'exclusion des modérés du jeu que l'on appelle «les gaullistes du GPRA» en termes clairs. Farhat Abbès pouvait sauter. En tout cas, l'aréopage prendra acte qu'ils ont perdu la partie. Le GPRA va échapper définitivement à l'influence de Bourguiba qui a joué la mauvaise carte. Et Bourguiba va se trouver seul. Il est brouillé avec Nasser, qu'il a accusé publiquement de vouloir le faire assassiner avec la Ligue arabe où la Tunisie n'a pas siégé pendant trois ans.
Avec le Maroc : au baptême de la Mauritanie, ex-colonie française dont les Marocains disent qu'elle fait partie de leur territoire, la France était marraine mais le parrain était tunisien, Masmoudi représentant de Bourguiba.
Si le regroupement est décidé par de Gaulle, la Tunisie francophone va se trouver prise entre une Algérie indépendante antifrançaise, capitale Constantine, et une Libye pro-nasserienne. Ce serait sans doute la fin de Bourguiba en tant qu'inspirateur de la politique tunisienne. Le tribun qui enivra si souvent la foule de sa parole sur la place des Moutons, au bord de la Médina, sera toujours le glorieux Combattant suprême qui sut arracher aux Français l'indépendance de la patrie mais il faudra qu'il règne sans gouverner. Ses erreurs auront prouvé qu'il n'était plus de son temps. L'Afrique du Nord quitte tout à fait l'image ensoleillée et bon enfant que les Français avaient gardée, le vent d'Est l'assombrit et Bourguiba notre Bourguiba, ne trouve plus sa place dans le nouveau monde. Il n'a pas au fond de son cœur assez renié le passé. Il a souvent craint de finir assassiné, il risque maintenant de finir en potiche. Autour de lui des hommes le guettent, qui eux n'attendent rien du passé français de la Tunisie et n'ont jamais approuvé sa politique que du bout des lèvres. Taïeb M'hiri, le mieux placé, le ministre de l'Intérieur, n'oublie pas les prisons françaises où il se souvient d'avoir été maltraité. Cet homme issu de la fédération destourienne de La Marsa, qui en tant que maire de cette ville donna l'ordre de démolir le fameux mur de l'ambassade de France, source d'un long malentendu avec Paris et tient en main l'appareil du parti, «c'est-à-dire la réalité secrète du pouvoir, il inspire la jeunesse destourienne» qui fournit l'effectif des volontaires envoyés à Bizerte et il a sous ses ordres la Garde nationale (force politico-militaire distincte de l'armée). C'est Mehiri qui nommera à Bizerte, dès les premiers coups de feu, un de ses amis intimes plus dur que Ben Lamine, le gouverneur en titre qui s'appelle Hédi Mokkadem et qui fut déjà délégué au gouvernorat du Kef pendant l'affaire de Sakiet Sidi Youssef. Pas plus que Mehiri, l'autre «coming man» du sérail, Mongi Slim, n'a jamais souhaité l'alliance française. Il était donné comme le rival de Bourguiba au moment de la prise de pouvoir et du retour triomphal à Tunis. Nommé au poste-clé — à l'intérieur — il s'opposa fréquemment à Bourguiba qui lui reprochait de nommer des gouverneurs à sa dévotion pour noyauter l'administration à son profit. Pour éloigner ce descendant d'une grande famille turque d'origine grecque, qui a de l'obstination, de l'habileté et du sang-froid, Bourguiba le nomma à l'O.N.U, il en revient en force. Il en est devenu un des premiers personnages et on le donne comme le sucesseur d'Hammarskjoeld. Il a la classe internationale, tels sont les deux hommes qui serrent Bourguiba de près hostile au parti français, ils en ont constaté la faillite C'est aussi pour pouvoir rester leur chef que Bourguiba a fait la bataille de Bizerte.
Bien que coincé à propos de Bizerte, le Combattant suprême lorgne l'avenir à long terme de son pays, il s'attaquait en même temps au Sahara. Il lançait ses marcheurs volontaires de la mort vers la borne 233 dans ces solitudes grandioses et caillouteuses où se croisent les frontières du Sahara français, du sud de la Tunisie et du Fezzan tripolitain. Une autre réponse se cache derrière notre question pourquoi Bizerte ? Les experts pétroliers estiment que les entrailles du bout du Sahara réclamé par les Tunisiens autour de la borne 233 contiennent 60% des réserves de pétrole sahariennes. C'est là qu'est le trèsor de l'Atlantide. Rien ne prouve que le FLN au nom de la fraternité maghrébine accepte à la fin du compte d'en faire cadeau à la Tunisie. D'autant plus que les dirigeants du FLN n'oublieront jamais que Bourguiba a fait campagne chez les Etats riverains du Sahara pour la thèse du Sahara «bien commun à toute l'Afrique» contre leur principe sacré du Sahara partie intégrante de la partie algérienne. Les dirigeants du G.P.R.A considèrent comme un coup de poignard dans le dos le communiqué tuniso-malien qui annonçait l'entente de Bourguiba et de Modibo Keïta sur le caractère africain du Sahara.
C'est ce que Ben Bella a dit sans ambages au chargé d'affaires tunisien à Paris Tahar Belkodja qu'il avait convoqué en son château de Turquin où il est encore prisonnier, mais toujours ministre du FLN. Il exigea des excuses officielles et les obtint. Quand Bourguiba envoie ses troupes prendre posession de la borne 233, symbole de la revendication tunisienne, il attaque le territoire français, mais plus encore le FLN dans ses espoirs et ses principes. Il ne peut le faire qu'en revendiquant durement Bizerte du même coup. Sinon il passerait aux yeux du FLN et du monde arabe comme un simple agent de la politique française. Voilà encore une réponse à notre pourquoi. Bourguiba, cette légende politique, allait-il mordre la poussière sous le joug de ses contrariétés (sentimentales, tactique, maghrébines, arabes, internes et sahariennes) qui le serrent de partout, ou allait-il rebondir de nouveau ? En homme d'Etat habile, intelligent et apôtre de la volte-face, encore une fois il ne jette pas l'éponge alors qu'il était lancé en plein vide politique pour avoir parié à tort sur le succès de De Gaulle en Algérie. Ce politicien rodé avait Bizerte pour se rattraper, c'était son seul parachute... En réclamant le remboursement immédiat de ce crédit qu'il faisait au colonialisme français depuis l'indépendance et il le réclamait à coups de canon. Le parachute s'ouvrait et voilà Bourguiba redevenu le combattant suprême, l'égal des révolutionnaires algériens, à qui il lança dans son discours d'appel aux armes cette phrase qui en dit long: «Pendant que nous croupissions dans les prisons françaises, il en est parmi vous qui se demandaient encore s'ils étaient africains ou européens». Mais en diplomate chevronné avant de tirer le cordon et en guise de bonne foi, il envoya un messager et un message à de Gaulle pour le presser de lui donner satisfaction sans qu'il ait à combattre. Le Général le reçut fort courtoisement et lui affirma qu'il ferait connaître sa réponse (l'entretien a duré un quart d'heure...). Alors que le temps pressait, Bourguiba qui voulait une réponse (un résultat) avant l'ouverture des pourparlers de Lugrin, la date réponse ne devait arriver que beaucoup plus tard et par voie diplomatique; Bourguiba était mortifié. Le Combattant suprême perdra la face encore une fois, comme il l'avait perdue lorsque de Gaulle avait refusé de recevoir son fils, ambassadeur de Tunisie à Paris porteur d'un autre message en septembre 1960. Enfin une dernière chance, Bourguiba espérait que de Gaulle lui répondrait à travers son discours télévisé du 12 juillet (le premier message avait été tenu secret jusqu'alors). De Gaulle pouvait donc «octroyer» Bizerte dans son discours, nul n'aurait su qu'on le lui a demandé d'une manière instable six jours avant. Bourguiba ne désespère pas, il se mit à l'écouter devant son transistor et crut que tout marchait bien quand de Gaulle s'écria : «La France épouse son temps», ne mettait pas Bizerte dans la corbeille. Rejeté dans les rangs des équipes de la hargne et de la rogne, Bourguiba publia le message secret «contrairement aux usages diplomatiques» et déclencha l'opération. Le sang coulait entre les Français et les Tunisiens. En guise de conclusion, le Combattant suprême bien qu'il ne soit pas dispensé d'erreurs (l'erreur n'est-elle pas humaine ?), a tout fait pour éviter la bataille, mais de Gaulle ne voulait pas descendre de son piédestal. Mais Bourguiba a satisfait ses ambitions, son image de marque et le rayonnement de son pays à travers la planète. Malheureusement, il y eut des pertes humaines des deux côtés.
Mais la Tunisie a remporté deux victoires retentissantes : Bizerte fut évacuée le 15 octobre 1963 et la Tunisie remporta une victoire diplomatique légendaire à l'ONU sur la France, un des pays les plus prestigieux du monde qui fut sanctionné à l'unanimité. Ce drame fera encore couler beaucoup d'encre et de salive à travers la roue du temps !


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