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D'une faiblesse, une force
De rouille et d'os de Jacques Audiard
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 11 - 2012

Réalisateur très classique dans sa démarche, Jacques Audiard, dont les derniers films sont remarquables : De battre mon cœur s'est arrêté et Un prophète, est l'un des représentants les plus en vue de la touche french. Il réussit avec une simplicité désarmante à recadrer notre regard sur le monde en s'inspirant des histoires mythiques comme David et Goliath, un père et un fils un peu beaucoup perdu dans une ville balnéaire tranquille qu'un drame familial va bouleverser et nous bouleverser.
Alors l'histoire, puisqu'il en faut toujours une, est celle d'un père déchu Ali (Matthias Schoenaerts) qui doit s'occuper de son fils de 5 ans Sam qu'il connaît approximativement. SDF, sans fric et sans amis, Ali rejoint sa sœur à Antibes où elle travaille comme caissière dans un supermarché. C'est là qu'au cours d'une rixe à la sortie d'une boîte de nuit qu'il rencontre Stéphanie (Marion Cotillard), dresseuse d'orques. Un soir, lors d'un spectacle qui tourne au drame, elle lui téléphone, il la retrouve, mais cette fois-ci, la belle princesse a perdu ses jambes et se retrouve sur un fauteuil roulant. C'est la rencontre de deux mutilés que tout oppose, mais qui essayeront tout au long du film de se reconstruire en apprenant l'un l'autre à apprécier leur corps.
Au départ, le film, présenté dans le cadre de la section «Cinéma du monde», nous fait penser aux frères Dardenne pour le volet réalisme social. Mais très vite, il prend son envol pour imposer un rythme qui allie brutalité et délicatesse des deux héros blessés jusque dans leur corps et leur âme. Jacques Audiard prend soin à souligner les palpitations de ses personnages à les rendre humain lorsqu'ils sont dans la brutalité, la rouille jusqu'à l'os. Il leur offre une nouvelle naissance à ces paumés au bord du désespoir dont la relation au début violente, voire animale, devient, au fil du film, sensuelle et dense. Elle, cul-de-jatte, tente de remettre en marche son corps mutilé par les orques et lui essaie, par amour, de l'aider à prendre du plaisir.
Techniquement, le film donne du plaisir à voir. C'est de la haute couture, une maîtrise totale de la composition des plans éclairés et découpés de la meilleure manière qui puisse être au service des personnages et du récit qui les porte. Les personnages, grâce au jeu des acteurs, nous livrent une palette de sentiments touchant notre émotion jusqu'à l'extrême. Une belle romance portée par un duo d'acteurs remarquables faisant de leurs personnages des résistants contre la cruauté et l'injustice de notre monde contemporain. Travaillant sur les paradoxes, Jacques Audiard ne tombe ni dans la facilité, ni dans la complexité. C'est de cette manière que le film est musclé, car il instaure un équilibre entre les forces et les faiblesses de l'un et de l'autre personnage sans être à aucun moment dans l'édulcoration. De rouille et d'os porte les moyens de ses ambitions et arrive à transcender la faiblesse en force.


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