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Incursion critique dans le néo-orientalisme
Vient de paraître - Al'Islam Al Moubakkar Al'istish'raq Al'anglousaxoni Al'jadid, de Emna Jeblaoui
Publié dans La Presse de Tunisie le 02 - 06 - 2010

L'approche historico-critique qui entoure la période de l'avènement de l'Islam dans la péninsule arabique peut difficilement faire l'économie de certaines frictions entre la sphère de la foi et celle du savoir. Il se trouve que les historiens occidentaux, dans le prolongement du discours hautain et cavalier des orientalistes du XIXe siècle mais aussi des travaux de recherche à tonalité critique menées sur les religions en général, et sur les religions juive et chrétienne en particulier, ont développé sur le thème de la naissance de l'Islam une approche qui, très souvent, n'a pas ménagé les conceptions en vigueur parmi les croyants musulmans.
On peut certes, en emboîtant le pas à Edward Saïd et à sa critique de l'Orientalisme, déceler derrière ce discours des arrière-pensées qui n'ont rien d'académique. Mais, en dehors de cela et indépendamment de toute autre considération, il est pour ainsi dire fatal qu'une approche historique, pour autant du moins qu'elle se place sous l'autorité de la rigueur scientifique, finisse tôt ou tard par se heurter à la conception religieuse.
L'idéal, bien sûr, serait que le discours historique, quand il s'agit de phénomènes auxquels est liée la foi d'hommes et de femmes dans leur destinée ultime, adopte une approche plus mesurée, sans du tout renoncer d'ailleurs à sa mission de recherche raisonnée et scrupuleuse de la vérité. Et que, d'un autre côté, le discours religieux ne se crispe pas sur ses positions anciennes mais qu'il s'ouvre au contraire à l'approche historique, en laquelle il ne doit pas voir une menace dirigée contre l'essentiel du message qu'il véhicule...
Un équilibre difficile, assurément, mais dont la réalisation dans le cas de la naissance de l'Islam fut pour certains historiens le cadet de leurs soucis... L'aîné étant d'afficher à l'égard de la raison scientifique un culte exclusif...
Cette raison scientifique en sort-elle d'ailleurs nécessairement renforcée ? On pourrait le croire, mais la réponse est non. C'est en tout cas ce qu'essaie de montrer le récent livre d'Emna Jeblaoui L'Islam Premier et le Néo-Orientalisme Anglo-saxon* en prenant l'exemple de Patricia Crone et Michael Cook et de leur livre intitulé Hagarism, the Making of islamic world, ainsi que d' autres travaux comme Meccan Trade et God's Caliph... Derrière une logique de défiance à l'égard des sources «internes», entendons les textes à caractère historique issus de la tradition musulmane, il y a comme un glissement vers une lecture orientée par rapport à laquelle tout concourt à suggérer que la religion musulmane est une sorte de sous-produit de la tradition juive et chrétienne. Emna Jeblaoui débusque de façon méthodique la faiblesse des éléments convoqués au regard des conclusions auxquelles les deux auteurs anglo-saxons cherchent à faire déboucher leur analyse. Une démarche qui, explique-t-elle, avait pourtant commencé par une curiosité sincère et le désir d'enrichir ses connaissances sur le thème de l'Islam et des conditions historiques de sa naissance. Mais, poursuit-elle, l'approche essentiellement archéologique‑— des sources «externes» ou non islamiques — sur laquelle s'appuie les deux auteurs se révèle décidément limitée et dénonce, par là-même, une volonté chez ces derniers de forcer le sens.
Le livre soumis à la critique, en réalité, date des années 70 et a déjà eu l'occasion d'être pris à parti sans ménagement, y compris et en particulier dans le cercle des orientalistes occidentaux. Pourquoi revenir dessus après tout ce temps ? Parce que, explique Emna Jeblaoui, l'approche hypercritique de Patricia Crone et de Michael Cook n'est pas entièrement délaissée dans certains cercles politiques au sein des pays anglo-saxons et qu'il est bon de savoir comment s'organise la vision de l'Islam dans ces milieux influents. En outre, cette lecture de l'Islam des origines, qui est aux antipodes d'une lecture complaisante, donne tout d'abord au lecteur la possibilité de prendre la mesure de tout ce qu'une approche historiciste peut avoir parfois de corrosif et, ensuite et surtout, à quel point la simple perpétuation naïve d'une vision traditionnelle des événements qui entourent la naissance de l'Islam peut avoir de suranné aujourd'hui. Autrement dit, il n'est plus permis à nos intellectuels d'ignorer le degré de problématisation de nombre d'épisodes historiques, de continuer de baigner tranquillement dans certaines vérités acquises, en gardant la tête dans le sable, pour ainsi dire, et en se contentant d'accuser autrui de malveillance au moindre écho d'une interprétation discordante.
Disant cela, on ne saurait non plus passer sous silence le fait que la lecture du livre de Emna Jeblaoui requiert une saine et solide constitution sur le plan intellectuel et qu'il n'est peut-être pas à mettre entre toutes les mains, tant la critique qu'il met en œuvre oblige à explorer en profondeur un discours qui, nous le disions, est complètement dépourvu de tout égard envers des textes et des références qui ont généralement pour nous une valeur autre que scientifique, qui ont une valeur culturelle et religieuse. Mais se peut-il que ce terrain soit laissé toujours aux étrangers ? A quand une littérature de chez nous qui investit de façon audacieuse et qui s'approprie un territoire de la connaissance qu'on ne peut plus laisser, ni à l'athéisme d'une rude (et pas si innocente) ''archéologie'', ni à l'immobilisme d'une certaine pensée théologique en rupture de modernité et, soit dit en passant, en contradiction avec l'esprit de nos traditions ? Avec ce livre de Emna Jeblaoui, rédigé qui plus est en arabe, nous sommes peut-être bien sur la voie...
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* Al'Islam Al-moubakkar Al'istish'raq Al'anglousaxoni Al'jadid, éditions «Manchourat al-jamal», Cologne, Beyrouth 248 p.


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