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Islamisme politique : échec de gouvernance
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 07 - 2013


Par Mohamed Ali TRABELSI *
Les événements qui aboutissent à la chute des régimes dans les pays du Printemps arabe, notamment la Tunisie, l'Egypte, la Libye et le Yémen, représentent la fin d'un modèle de gouvernance autoritaire dans le monde arabe. Ce modèle satisfaisait les pouvoirs occidentaux, qui y voyaient un rempart contre l'islamisme radical (Daguzan, 2011). Dans ces pays, le pouvoir était conforté par l'appui international, et par le pacte social qui assurait la croissance de l'économie, l'emploi et l'émergence d'une classe moyenne. La libéralisation économique engagée dans le cadre de l'ajustement structurel n'a guère bénéficié aux populations, et les mauvais choix politico-économiques n'ont abouti qu'à des stratégies de rattrapage.
Les problèmes économiques croissants et les disparités régionales représentent la cause principale qui a fait déborder la situation sociale et conduit la population à descendre dans les rues pour protester contre les gouvernements, révélant ainsi l'extrême fragilité politique de tous ces Etats.
En Tunisie, le soulèvement a commencé par une protestation sociale spontanée contre le chômage et l'injustice sociale dans les régions de l'intérieur. Néanmoins, les facteurs qui ont déclenché la révolution demeurent, deux ans et demi après la révolution. En effet, la révolution a révélé l'existence d'importants défis sociaux et de développement et, après les élections du 23 octobre 2011, il existe une attente élevée de la part de la population à voir ses conditions de vie changer. Mais, malheureusement, le débat sur la Constitution a viré au débat religieux entre les politiciens et a fini par partager la population au lieu de la souder pour faire face aux différents défis économiques et politiques. Ce partage de la population a conduit les Egyptiens à descendre une deuxième fois dans les rues (30 juin 2013) pour mettre fin à une mauvaise gouvernance islamiste.
Cela nous pousse à mieux réfléchir sur le principe de la citoyenneté qui est basée sur la distinction entre le civil, le civique et le religieux. Cette question ne porte pas seulement sur la religion en tant que telle, mais sur la capacité de construire un Etat dont les fondements ne soient pas religieux. Autrement dit, l'enjeu consiste à trouver la solution qui puisse garantir la diversité religieuse sans faire de la religion l'élément fondamental sur lequel l'Etat est édifié.
Pour surmonter ce défi, le rôle des femmes et des jeunes peut s'avérer très important. En effet, la force de ces derniers pourra être la meilleure solution contre un régime autoritaire religieux. Ce régime autoritaire, fermé sur lui-même pendant des décennies, était formidablement organisé pour résister dans la clandestinité, et bénéficiait d'un préjugé favorable auprès de l'opinion arabe face à des régimes autoritaires corrompus. Les islamistes semblaient incarner une alternative vertueuse, préoccupée de justice sociale et de bonne gouvernance. Cependant, après la prise du pouvoir dans certains pays arabes, ils ont démontré leur incapacité à instaurer la sécurité, à trouver une solution au chômage ou à la pauvreté, montrant ainsi leur incompétence à assumer les responsabilités du pouvoir.
1. Le rôle des femmes et des jeunes dans le monde arabe
La femme reste toujours un sujet central dans le monde arabe. C'est par elle que viendront véritablement le progrès et l'égalité. La participation des femmes dans la vie politique des pays en transition sera capitale pour mettre en œuvre des mécanismes démocratiques dans les mœurs et les institutions. Toutes les actions en faveur de la parité et de l'égalité homme-femme devront être pleinement soutenues, aussi bien par les autorités nationales que par les acteurs régionaux et internationaux.
En 2002, le premier rapport arabe sur le développement humain (Unesco, 2011) classait le manque d'autonomie des femmes parmi les trois principaux obstacles empêchant les pays arabes d'atteindre le sommet des classements mondiaux pour les échanges, l'éducation et la culture.
Aujourd'hui, il est impératif de donner aux femmes arabes leur chance de prospérer. Le rapport de l'Unesco (2011) mentionne que l'émancipation et la participation pleine et entière des femmes en tant que citoyennes constitueront une force pour tous les pays arabes et leur permettront d'être plus prospères, plus influentes et de s'acheminer vers un développement humain plus abouti.
La législation tunisienne fait de la femme une véritable exception dans le monde arabe. Cette exception se traduit par un Code du statut personnel très avancé. Ce statut a aboli la polygamie, légalisé le divorce et l'avortement, interdit la répudiation et abrogé le mariage forcé. C'est dans la même ligne d'ouverture pour le droit des femmes que s'inscrit la décision prise par la haute commission chargée de préparer les dernières élections de la Tunisie (23/10/2011) concernant la parité des candidatures et la stricte alternance de candidatures féminines et masculines sur les listes présentées par les partis.
Le second facteur incontestable est la jeunesse qui représente l'un des moteurs principaux des changements sociopolitiques survenus dans le monde arabe. L'aspiration des jeunes à plus de liberté et de justice sociale est en effet le facteur d'accélération de l'histoire. De plus, la question de la jeunesse doit être mise en perspective dans une dimension intergénérationnelle. S'il est crucial de prendre des mesures en faveur des jeunes, il faudra également assurer un dialogue nourri entre les générations afin d'éviter la formation de scissions pouvant être l'un des ferments des troubles et du malaise sociaux entre les personnes.
Toutefois, les démonstrations de force islamistes après les élections, avec les menaces et les agressions physiques contre les femmes, les artistes, les militants des droits de l'Homme et les démocrates se multiplient, laissant deviner un retour sur les promesses qui les ont conduits au pouvoir. Que ce soit en Tunisie, en Egypte, en Libye ou au Maroc, les attaques contre les libertés, les droits des femmes, l'art et la culture et les médias sont devenues monnaie courante et pourront aboutir à un échec de la gouvernance des islamistes.
2. Les pays du Printemps arabe et le religieux : une démocratie mort-née
La relation étroite entre le religieux et le politique fait l'objet de nombreux débats et de réflexions et nous oblige aujourd'hui à nous interroger sur les rapports entre logiques religieuses et construction démocratique. Dans un monde en pleine transition, le religieux est parfois requis pour pallier les défaillances du politique, notamment face à des inégalités sociales et économiques persistantes.
Mais, malheureusement, aujourd'hui, nous assistons à des poursuites judiciaires visant les journalistes, à des suspensions de chaînes de télévision en Egypte et en Tunisie. Même le Maroc n'échappe pas à cette offensive d'intolérance politico-religieuse. Ainsi en est-il de l'interdiction de diffusion de certains magazines étrangers. En Libye, la charia est entrée en vigueur, autorisant la pratique de la polygamie. Le pire est à craindre dans un pays où l'Etat peine à s'imposer aux groupes armés tribalo-islamistes, qui font régner leurs propres lois dans les régions. L'assassinat de l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye et le saccage de l'ambassade des Etats-Unis et de l'Ecole américaine en Tunisie montrent une ruée vers un autoritarisme religieux, à l'instar de celui d'Iran, qui représente ainsi un échec de ces révolutions dans l'instauration de la démocratie.
3. Principaux défis
L'objectif de ces transitions est de répondre aux aspirations démocratiques des peuples de la région et aux nouveaux enjeux politiques, sociaux, culturels et éducatifs résultant des transformations sociales en cours et à venir. Cela aura pour conséquence une amélioration de la croissance économique et une diminution de la corruption. Or, après presque deux ans de transition, les chiffres sont décevants.
D'un autre côté, on remarque que la corruption persiste et s'est même aggravée, comme le révèle l'IPC, qui se rapproche de zéro (corruption systématique), montrant ainsi que les gouvernements élus sont encore incapables de protéger leurs citoyens de la corruption, qu'il s'agisse de détournements de fonds publics, de versements de pots-de-vin ou de processus de décision opaque. Cela montre que les islamistes ont bel et bien pris le pouvoir, mais que leur capacité à changer une situation malsaine est limitée.
Enfin, la situation économique a sombré dans ces pays. Entre 2010 et 2011, nous avons enregistré une perte de croissance de 3,1% en Tunisie, de 3,9% en Egypte et de 10,5% au Yémen. La Libye a été sauvée de peu grâce à sa production pétrolière. En effet, l'indice de croissance s'est amélioré de 0,9%.
Il faut noter que les transitions dans les pays arabes ont été manipulées par le phénomène religieux, qui pourra avoir des conséquences néfastes sur l'instauration de la démocratie. De ce fait, ces pays devront faire face à certaines contraintes politiques et économiques :
- Aucune transition ne peut réussir sans tenir compte du développement solidaire et des critères du développement humain. Il est nécessaire d'augmenter les investissements et les services publics dans les régions les moins desservies, afin de contribuer à combler l'écart de bien-être social. Concernant le cas de la Tunisie, et selon la BAD (2012), cette augmentation peut atténuer l'impact des disparités régionales engendrées par la concentration des activités économiques dans les zones côtières et créer davantage d'opportunités dans les régions pauvres.
- Il faut améliorer la transparence concernant les informations et les données publiques afin de rétablir la confiance de la population dans le système.
- Il est indispensable de reconstruire les institutions et l'Etat de droit pour réussir une transition politique.
- Les pays arabes ont vécu souvent avec une justice arbitraire et soumise au politique et il est temps de rétablir une justice indépendante. Beaucoup de sociétés en transition continuent à lutter pour l'indépendance de la justice car elle est fondamentale et représente la garantie de la citoyenneté et des droits des citoyens.
- Enfin, il faut lutter contre la corruption car c'est un phénomène qui mine les institutions, surtout lorsque celles-ci ne sont pas véritablement des institutions de droit. Selon le dernier rapport de la BAD (2012) sur la Tunisie, 86% des Tunisiens trouvent que la corruption représente un grave fléau socioéconomique.
* (Universitaire)
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Références
BAD. (2012), Tunisie : Défis économiques et sociaux post-révolution.
Daguzan J-F., (2011), La crise arabe : de la crise économique à la révolution politique?, Maghreb-Machrek, 2006.
Trabelsi M.A. (2013), Post-political transitions in Arab spring countries: The challenges, Transition Studies Review, (2013).
Unesco. (2011), Démocratie et renouveau dans le monde arabe, 21 juin.


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