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Un week-end au féminin
Peinture — Sidi Bou Saïd
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2000

Exposition de Hela Ammar et de Raja Aïssa au Violon Bleu et à Selma Feriani Gallery...
On devrait vraiment l'appeler Place des Arts, cette petite place qui, autour d'un banc convivial, réunit, entre deux galeries, artistes, journalistes, et amateurs d'art. Et qui s'anime joyeusement chaque vernissage que les deux galeristes — mère et fille — du Violon Bleu et de Selma Feriani Gallery organisent conjointement. Elles recevaient deux artistes femmes cette semaine, venues d'horizons différents, mais appartenant au même courant de la peinture contemporaine tunisienne, ouvertes sur les vents nouveaux, mais toujours soucieuses de s'ancrer dans un territoire mental.
L'argumentaire de Hela Ammar n'est pas évident a priori. Et mis à part la chaise vermoulue érigée en trône branlant, mais irrésistible, on ne saisit pas, au premier regard, le message de l'artiste. Mais une exposition se décrypte rarement au premier regard. Et le fil rouge qui la parcourt rythme, en fait, notre histoire. Sur des photos d'archives, Hela Ammar brode les points forts de notre histoire, les focus de notre passé immédiat. Ce fil rouge est celui de la lignée, de la filiation, de la transmission, celui que rien ne devrait pouvoir interrompre. Si ce n'est ces ciseaux sacrilèges, ces lames profanatrices, et cette brodeuse, Pénélope désespérée, contrainte de défaire son ouvrage, et qui s'en désole dans la vidéo présentée par l'artiste.
Raja Aïssa, quant à elle, entreprend de raconter à sa manière le mythe de Schéhérézade. Comme celle-ci, l'artiste, mais aussi l'individu, doit construire son histoire personnelle pour sauver son âme. Derrière un écran de fibres de verre et de polyester, à l'abri de dessins géométriques qui recréent un moucharabieh, on devine une femme morcelée. Seuls apparaissent les yeux, une courbe, des cheveux... Femmes éparses, éclatées, dissimulées, dont il faut reconstituer l'intégrité pour les découvrir, la quête de Schéhérézade est celle de l'éternel féminin, mais aussi celle du spectateur qui se voit dans le reflet de ces photos troublantes, mise en abyme à la dangereuse séduction.
Le passage d'une cimaise à l'autre de ces deux galeries jumelles est intéressant, car elles offrent deux regards, deux perspectives, deux sensibilités, mais une même conscience en éveil.


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