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Ce soir à Carthage, son retour avec «Souvenance» !
Entretien avec Anouar Brahem
Publié dans La Presse de Tunisie le 10 - 07 - 2014

Neuf albums mondialement reconnus et 25 ans de carrière internationale. Anouar Brahem remonte, ce soir, sur la scène du festival international de Carthage après 22 ans d'absence. Son retour marque, incontestablement, ce festival, à l'occasion de son cinquantenaire. Sa nouvelle création « Souvenance » sera une première mondiale. Il y tente une expérience instrumentale inédite en compagnie de François Couturier au piano, Klaus Gesing à la clarinette basse, Bjorn Meyer à la basse ainsi que l'Orchestre de Chambre de Tallinn, dirigé par Risto Joost. Dans cet entretien, il nous explique ses choix et revient sur ses débuts tunisiens, sur sa carrière internationale et donne sa vision de la musique en Tunisie et dans le monde arabe. Interview.
Dans «Souvenance», vous collaborez pour la première fois avec un ensemble à cordes. Pourquoi ce choix et pourquoi maintenant ?
Quand je commence à travailler sur un projet, je ne pense pas tout de suite à l'instrumentation. J'attends de voir venir les choses. J'accumule les esquisses et les idées. Au fur et à mesure de l'avancement du travail de composition, l'instrumentation commence à s'élucider. Et cette étape prend souvent beaucoup de temps. Les deux choix qui se sont éclaircis en premier sont le piano et l'ensemble à cordes. C'est donc effectivement la première fois que je travaille avec un orchestre de chambre malgré les nombreuses sollicitations pour des projets les incluant dans le passé.
De quelle manière ce qui s'est passé en Tunisie depuis 2011 a marqué «Souvenance» ?
Il est difficile de dire de quelle manière. En tant que musicien, je reçois aussi les choses d'un point de vue émotionnel. Je ne peux donc pas vous dire comment. Tous ce que je peux vous dire, c'est que ces événements m'ont profondément marqué. J'ai vécu le 14 janvier comme une sorte de nouvelle indépendance. En 1956, le pays s'est libéré. En 2011, les citoyens se sont libérés. J'ai composé «Souvenance» durant ces trois dernières années où nous avons vécu une ivresse de liberté après des décennies de soif. Mais il est inutile que les gens cherchent à trouver un lien direct et évident entre ces thématiques et ma musique. Là, n'est pas le but.
Que gardez-vous de plus important de vos débuts en Tunisie ?
Comme vous le savez, dès mes débuts, il me tenait à cœur de participer à sortir l'oud de son rôle exclusif d'accompagnant de chant perdu dans ces orchestres pléthoriques que sont devenus les ensembles de musique arabe. Il était là, mais personne ne l'écoutait plus. L'autre défi a été celui de la musique instrumentale qui était complètement marginalisée. Le fait de commencer à donner des concerts d'oud en solo en jouant mes propres compositions a été considéré comme une vraie bizarrerie. Aujourd'hui, il y a un vrai public pour cette musique et il y a beaucoup de musiciens de la jeune génération qui ont pris la même direction. Ce sont les acquis que je garde de mes débuts en Tunisie.
Qu'est-ce qui a changé depuis dans la scène musicale tunisienne et comment voyez-vous cette scène ?
Certes, il y a un peu plus de diversité. Le public est également plus ouvert à différentes formes d'expression musicale. Mais force est de constater que l'espace accordé aux artistes, jeunes et moins jeunes, qui ne veulent pas faire de la variété commerciale légère demeure extrêmement restreint. Ceci d'autant plus qu'aucune solution n'a été apportée en termes de droits d'auteur et de production, ce qui leur rend la tâche très difficile.
Vous êtes considéré comme l'un des artistes arabes les plus novateurs. Quel est, selon vous, l'enjeu contemporain et futur de la musique arabe?
Ceux parmi les musiciens arabes qui essayent de travailler dans une direction autre que la variété commerciale sont obligés de «s'expatrier», de se faire produire puisqu'il n'y a aucun cadre de production. Donc, l'enjeu est de permettre à tous ceux qui veulent faire de la musique de choisir ce qu'ils ont envie de faire et d'avoir la possibilité de le faire. L'enjeu est d'abord la formation. Il y a de sérieux problèmes d'accès à la formation. Il y a très peu de places dans les institutions publiques. Quant aux institutions privées, elles ne sont pas abordables pour toutes les bourses. On n'a pas de conservatoires capables de former des musiciens. Les écoles supérieures sont capables de former des universitaires venus après avoir réussi le baccalauréat alors qu'un musicien commence à apprendre à un très jeune âge. Les jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes. Il n'y a pas de cadre pédagogique sérieux permettant de pratiquer et d'apprendre, surtout quand il s'agit d'expressions musicales non traditionnelles. Je suis attristé en voyant des gens qui veulent faire de la musique et qui ont du talent mais qui ne trouvent pas le bon cadre pour évoluer.
Vous avez donné des titres à vos albums en arabe, en français et en anglais. Quelle est cette alchimie selon laquelle vous les choisissez ?
Je choisis le titre quand la pièce est composée et enregistrée. Il m'arrive, à un stade précoce, de choisir des titres qui me paraissent intéressants. Mais au contact de l'œuvre enregistrée, ils ne trouvent pas leurs places. C'est un exercice particulier. Ça me prend un certain temps. Quand je commence à travailler sur un projet, j'ai le sentiment d'aller dans tous les sens. Il est important pour moi que mes projets manifestent une diversité tout en trouvant une sorte d'harmonie... d'unité. L'ordre des pièces est également très important. Il faut qu'il y ait une certaine dramaturgie, qu'ils puissent raconter une histoire. Après, c'est un jeu de sonorités et de sens. L'essentiel est que le titre donne libre courts à l'imagination de l'auditeur. C'est pour ça que je n'aime pas expliquer les titres de mes pièces.
Dans «Mots d'après guerre», comment avez-vous élaboré la rencontre entre le sujet et le support (le cinéma) et êtes-vous tenté de refaire un film ?
Cette guerre de juillet 2006 au Liban a été un événement douloureux pour moi. Je travaillais sur une composition et je ne me voyais pas continuer dans ce contexte. J'ai eu l'envie saugrenue d'aller à Beyrouth et d'interviewer des hommes de culture. J'avais envie de les faire parler. Grâce à la complicité du producteur Habib Belhedi, cette idée a pu se concrétiser. Ce film n'était pas du tout prévu. Cette expérience a été absolument passionnante pour moi. D'ailleurs, au lendemain du 14 janvier, j'étais vraiment très tenté de renouveler l'expérience. Mais j'ai dû choisir entre le fait de repasser derrière la caméra ou reprendre l'oud. Un film prend environ 3 ans. Ce n'était pas possible de faire les deux. Et j'ai bien évidemment choisi la musique.
Pourquoi vous vous produisez si rarement en Tunisie et pourquoi votre tournée n'inclut-elle pas d'autres dates ici ?
Il est vrai que je me produis rarement mais pas seulement ici. Mon dernier disque «The Astounding Eyes of Rita» a été présenté quatre fois en Tunisie durant les cinq années passées : un concert à Tunis en 2009, deux à Hammamet en 2010 et un au Kef en 2014. Je n'aime pas revenir avec quelque chose que j'ai déjà présenté. Il y a aussi le fait que les propositions de concerts que je reçois en Tunisie ne sont pas toujours très sérieuses en termes d'organisation et de conditions techniques. Quant au nouveau projet, il est assez coûteux. A part le Festival de Carthage, il n'y en a pas d'autres qui peuvent programmer une production aussi lourde. D'ailleurs, j'ai l'intention de proposer ce nouveau projet avec une version plus légère, plus accessible. Ce qui me permettra sans doute de revenir rejouer ce nouveau projet en Tunisie. Il faut aussi que les festivals apprennent à ne pas faire leur programmation à la dernière minute. C'est déjà un miracle de rendre possible la programmation de ce concert à Carthage dans des délais aussi serrés.
Finalement, qu'attendez-vous de ce concert et à quoi le public doit-il s'attendre ?
C'est l'occasion pour moi de revenir jouer à Tunis après quatre ans d'absence. Il me tenait particulièrement à cœur que la première de ce nouveau projet ait lieu ici. Il n'y aura rien de spectaculaire dans ce concert. Il s'agit tout simplement d'un concert de musique instrumentale : neuf compositions que j'ai écrites ces trois dernières années et qui seront interprétées par François Couturier au piano, Klaus Gesing à la clarinette basse, Bjorn Meyer à la basse ainsi que l'Orchestre de Chambre de Tallinn, dirigé par Risto Joost.


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