Par M'hamed JAIBI Les programmes économiques et sociaux de relance du développement, d'équilibre entre les régions et de promotion de l'emploi montrent, chez les différents partis et listes en compétition, une ressemblance manifeste qui laisse penser que le consensus sur les réformes qui s'imposent au pays n'est pas un simple slogan ou mot d'ordre conjoncturel propre à la transition démocratique, mais un impératif objectif qui s'impose à la plupart. Et cette large concordance outrepasse même le clivage entre modernistes et islamistes, puisque Nida Tounès et Ennahdha déclarent opter tous les deux pour une «économie sociale de marché». Reste que chaque parti ou liste s'attache peu ou prou à telle ou telle «réforme urgente», ou tel aspect ou programme spécifique. Plusieurs séminaires ont eu pour thème, ces derniers jours, la comparaison des programmes économiques et sociaux. L'approche du Cercle Kheireddine s'est distinguée, bien que restreinte à quatre partis modernistes, par une demi-journée d'écoute experte des exposés des décideurs et spécialistes de chaque parti, suivie de salves successives de brèves questions-réponses ayant amélioré l'éclairage. Il en ressort, malgré les apparences d'un score de trois à un (Al Massar, Nida Tounès et Al Moubadara contre Afek Tounès), un très large consensus possible sur les mesures essentielles pouvant réactiver l'économie et relancer la croissance. Car s'il est vrai que le discours d'Afek Tounès prône la privatisation à outrance, la «libéralisation» du marché du travail, l'imposition des exportateurs et la suppression totale de la compensation (en échange d'un ciblage doublé d'une intégration des marginalités), le débat, mené par l'ancien ministre Afif Chelbi, président du comité stratégique du Cercle, a conduit à une sérieuse relativisation du caractère spectaculaire des réformes libérales prônées par la Banque mondiale, que Afek Tounès propose effectivement, mais qu'il est disposé à adapter aux contraintes évidentes de la conjoncture nationale, au terme de quatre années de trop faible croissance où les exportations ont baissé, où les IDE ont chuté et où les fonds publics réservés à la compensation ont quadruplé. De sorte que la correction du déficit budgétaire et l'allègement drastique de la compensation, par exemple, seraient, de l'aveu général des quatre courants auditionnés, porteuse de déstabilisation sociale et de troubles probables, à l'image de ceux enregistrés dans plusieurs pays ayant appliqué à la lettre les ordonnances du FMI et de la BM. Et cette convergence menant au consensus semble avoir suggéré le lancement d'un appel aux partis modernistes, que s'apprête à lancer cette association d'experts, de hauts cadres, d'universitaires et de chefs d'entreprise, afin de conjuguer les efforts et de faire une synthèse de compromis donnant toutes ses chances à une relance conséquente pouvant drainer l'adhésion populaire la plus large.