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Quel pouvoir pour la région ?
Développement régional
Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 03 - 2015

Avec le soutien de l'Agence allemande de coopération technique (GIZ), huit gouvernorats du Nord-Ouest entament la gestion de leur propre développement
On n'est pas encore habitué de voir l'administration publique agir dans la célérité et l'efficacité. Et jamais un service public, quel qu'il soit, n'est rendu sans avoir recours à la tutelle. Les démons de la bureaucratie sont-ils, toujours, en état de veille, au point qu'ils hantent les esprits modernes ? Cette dynamique à effet négatif est contre-productive, du moment où la machine de développement semble saignée à blanc. Mais, pourquoi se déplacer loin à l'heure du numérique et des systèmes informatisés, alors qu'ont peut être servi presque chez soi ? Dans ce contexte post-révolutionnaire, il est besoin de revoir la prise de décision et de recentrer, ainsi, le débat sur le rôle de la région, en tant que sphère du pouvoir local.
Cependant, son autonomie d'exercice ne peut, nullement, lui faire omettre sa responsabilité de gouverner. Or, cette réflexion n'est qu'à ses débuts, d'autant plus que l'initiative d'appui à la gouvernance régionale vient à peine de naître, dans le cadre d'une nouvelle forme de coopération tuniso-allemande. Le projet encore embryonnaire est piloté, avec l'assistance technique et financière de la GIZ, agence allemande de coopération basée en Tunisie depuis bien longtemps. En 2012, ce fut l'année de son lancement. Après celui tenu en décembre 2014, le débat a repris de plus belle, jeudi dernier, à Kairouan, sur le thème : « Vers une déconcentration élargie au service de la gouvernance régionale ». Un thème-chantier qui a mobilisé deux secrétaires d'Etat et une délégation de gouverneurs concernés. Car ledit projet « appui à la régionalisation en Tunisie (ART )» se concentre uniquement sur les régions du Nord-Ouest (Siliana, Béja, Le Kef et Jendouba) et du Centre-Ouest (Sidi Bouzid, Kairouan et Kasserine), en plus du gouvernorat de Médenine dans le sud. Selon son maître d'œuvre, M. Markus Steinich, de la GIZ, il s'agit là d'un choix loin d'être fortuit. Après la révolution, ce n'est pas un hasard si la priorité est accordée aux plus démunis, ceux qui sont longtemps restés à la marge. Tant il est vrai que l'écrasante majorité des populations a trop souffert et continue de subir les dures épreuves du passé. Un passé sans vision ni ambition, où les politiques publiques de développement et de gouvernance émanaient de l'administration centrale. Malheureusement, elles le sont encore avec zéro implication des régions dans la prise de décision. Aussi, a-t-il estimé, faut-il cerner le choix autour des huit régions bien déterminées.
Huit régions à l'étude
C'est dans ce contexte que s'inscrit cette main généreusement tendue à ces zones précitées. Le représentant de l'ambassade d'Allemagne à Tunis, chargé de la coopération internationale, Hein Winnubst, précise : « Nous sommes fiers d'être le partenaire de la Tunisie en matière de développement régional et d'apporter le soutien nécessaire aux régions de l'intérieur. Nos efforts sont bien axés, cette fois-ci, sur la promotion des conditions de vie dans le Nord-Ouest et le Centre-Ouest du pays ». Sur cette lancée, le chef du projet, M. Steinich, a mis l'accent sur un travail d'accompagnement de longue haleine d'ici 2019. Soit avant que le mandat d'exercice du gouvernement Essid ne touche à sa fin. L'enjeu, certes, est important. A ce niveau, M. Hedi Majdoub, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, chargé des Collectivités locales, insiste sur la volonté d'aller de l'avant, vers une stratégie de bonne gouvernance inspirée des dispositions de la nouvelle Constitution, particulièrement dans son VIIe chapitre. Cette gouvernance régionale doit fonctionner à deux vitesses ; décentralisation (collectivités locales élues) et déconcentration administrative. Ces deux dimensions intrinsèques de politique de régionalisation doivent, nécessairement, aller de pair. Sans pour autant négliger l'intervention de l'Etat, en tant que chef d'orchestre facilitant la tâche de ses troupes. Et M. Majdoub de souligner que «cette régionalisation ne signifie guère une certaine démission de la part de l'Etat. Mais, plutôt, un partage de décision et une coordination des actions, le tout dans une approche participative à l'œuvre de développement communautaire». Ce qui exige de revoir l'état des lieux, en analysant les modes de fonctionnement et les goulots d'étranglement du système organisationnel, institutionnel et législatif.
Comment se manifeste
la gouvernance ?
Cela commande, également, le renforcement des capacités humaines pour une meilleure gestion des ressources locales à même d'élaborer des plans communaux et régionaux. Soit tout un schéma directeur de développement intégral, fait valoir M. Hamadi Rayouf, représentant du ministère du Développement, de l'Investissement et de la Coopération internationale.
Et comme recommandations issues du débat de décembre dernier sur les enjeux et les priorités, il est question d'établir le diagnostic de la situation dans les régions, dans l'objectif de les doter des mécanismes effectifs d'autogestion, en étroit rapport avec le contexte post-révolution. Et là, M. Mohamed Ayed, consultant du projet auprès de la GIZ, a poussé la réflexion sur des questions qu'il est légitime de poser. Comment promouvoir le développement régional ? Quel découpage administratif optimal pour réussir la décentralisation ? Quels sont les services concernés par la déconcentration ? D'où doit-on financer ce chantier de gouvernance ? Quel rôle, désormais, dévolu au gouverneur dans sa région ? Et celui des présidents des conseils régionaux élus ? Mais que signifie, à titre conceptuel, la décentralisation et la déconcentration, en tant que piliers au service de la gouvernance? M. Mohamed Dorâa, directeur régional de l'Office du développement du Nord-Ouest, a défini la gouvernance comme la manière la plus efficace de savoir gérer les ressources économiques et sociales d'une région. « C'est tout un processus qui commande des assises réglementaires et institutionnelles qui seront mises en place dans la transparence et la responsabilité requises. La décentralisation est le transfert des pouvoirs, des moyens et des compétences d'un niveau central à un niveau inférieur », précise ainsi +l'intervenant. Cela se traduit, a-t-il ajouté, par un nouveau découpage territorial, réparti en communes, régions et districts. De ce fait, la déconcentration consiste à donner à la région l'autonomie de décision, afin qu'elle puisse prendre son destin en main. Une technique d'organisation qui permet de décongestionner le pouvoir central en déléguant les charges du développement local à la région, comme l'a bien analysé M. Dhia Chliwi, conseiller des services publics à la direction des affaires régionales au ministère de l'Intérieur. Sa démarche s'insère dans la tendance de repenser le rôle de l'institution gouvernorat. Autant dire, les attributions du gouverneur. L'objectif est de faire des régions de véritables pôles dynamiques de développement. Source de création de richesses, comme l'indique Souhaiel Alouini, député de Nida Tounès. Maintenant que les lanternes sont éclairées à ce sujet, il faut passer à l'action.


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