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De la raison : une issue honorable pour tous
Publié dans Leaders le 29 - 07 - 2013

Notre pays est aujourd'hui, à la croisée des chemins, car il n'a jamais été autant à proximité du scénario égyptien. La nécessité est impérieuse de redresser la situation à travers des décisions rapides, propres à sortir le pays de cette crise multiforme. Mais le problème est de pouvoir y parvenir tout en sauvegardant la cohésion nationale, paradigme de toute action politique. Et ce n'est certainement pas en confisquant le pouvoir manu militari ou par l'action de « la rue » que l'on y arrivera. Répondre à la mauvaise foi par la mystification ou par la force n'aboutira qu'à dresser une moitié des tunisiens contre l'autre. Parce que notre armée est républicaine (ou qu'elle n'a pas les moyens d'imposer l'ordre), il serait insensé d'imposer au peuple de douloureuses batailles qui peuvent être évitées par le dialogue, d'autant plus que celui-ci s'inscrit aujourd'hui dans un cadre nouveau d‘équilibre des forces.
Il est alors nécessaire de récupérer notre pays sans hypothéquer son avenir. Prendre cette responsa-bilité, c'est d'abord appliquer nos valeurs au lieu nous contenter de les prescrire, car l'honnêteté en politique, c'est d'abord de rester fidèles aux valeurs que l'on porte. C'est aussi la cohérence dans l'action et les prises de position. Cette sortie de crise peut alors se décliner en quatre points :
1. Les préalables : dissolution immédiate, réglementaire et effective des LPR. Une loi imprescriptible punira tous ceux qui s'en prévalent. Constitution d'une commission d'enquête sur l'assassinat de M. Brahmi en y mettant tous les moyens. Poursuite effective des assassins de C. Belaïd, l'annonce de leurs noms étant insuffisante. Identification des responsabilités sur l'assassinat de L. Nagdh.
2. Le principe : négociation directe entre partis au pouvoir d'une part et partis d'opposition, syndicats, associations et société civile d'autre part. Un négociateur principal, soutenu par une délégation de trois personnes au maximum représentera chacune des deux parties, afin d'éviter la cacophonie et de pouvoir aller vite. Leur mission se terminera à la date de fin de rédaction de la Constitution.
3. La gouvernance : mise en place, dans les 15 jours, d'un gouvernement de Salut National, à caractère technique. Ses membres ne se présenteront pas aux prochaines élections et aucun parti n'aura le leadership. Missions : soutien à l'ANC pour l'organisation des élections, renforcement de la sécurité, actions de développement régional et appui accru à l'emploi, gestion des affaires courantes. Critères de nomination : compétences et non-alignement. Par ailleurs, une commission indépendante sera en place, dès le 10 août, pour l'examen des nominations indues des 15 derniers mois, dans les postes administratifs de décision et d'Autorité. Elle rendra son rapport fin septembre pour que les autorités puissent procéder aux correctifs nécessaires
4. Le contenu : accord, dès le début de la semaine du 29 Juillet 2013, sur les articles de la constitution objets de différends ; commencement des travaux de l'ISIE dès la deuxième semaine d'Août 2013 ; fixation de la date d'approbation de la Constitution au plus tard le 30 Septembre, après y avoir annexé les amendements rendus nécessaires par les impératifs de liberté et de démocratie. A défaut, celle-ci sera soumise à référendum le dimanche 12 janvier 2014 (résultats provisoires le 14). En revanche, si la Constitution est approuvée par les deux tiers des membres de l'ANC, ce sont les élections générales qui auront lieu le 12/01/2014. Un groupe d'experts, à désigner de façon consensuelle au plus tard le 10 août 2013, sera chargé de soutenir l'ANC pour la rédaction de la Constitution. Un rétro-planning devra être élaboré dès le 1er Aout 2013 en fonction de ces dates.
5. Trois choses à ne pas pas faire :
- La mise en place de ces dispositions exige de bannir l'option de dissolution de l'ANC, du fait qu'aucune institution ne pourra relayer ses travaux et que cela conduirait à 18 mois de retard supplémentaires au minimum. L'ANC devra réintégrer les démissionnaires et se consacrer exclusivement à la rédaction finale de la Constitution et du Code électoral. Des réformes urgentes lui seront exigées pour qu'elle soit plus transparente, efficace et neutre.
- Pas de déposition ou de démission forcée du Président de la république non plus, car qui aurait la légitimité pour réaliser cette grave procédure et charger une autre personnalité d'occuper le poste? On pourra répliquer que le président actuel n'est plus légitime; le pays s'attardera alors longtemps sur des concepts fumeux de légalité, de légitimité constitutionnelle et de légitimité «naturelle». Si on déchoit le président, n'est-ce pas répondre à l'illégitimité par une usurpation? Quelle différence alors avec une confiscation à l'égyptienne ? N'est-il pas plus sage et plus clairvoyant de préserver les six prochains mois à la paix civile et à l'achèvement des impérieuses actions en cours, au lieu de les consacrer à la discorde, voire à la guerre ?
- Pas de comité de pilotage (ou de supervision) non plus. En quoi remplacerait-il le gouvernement ou l'ANC ? N'est-ce pas un « machin » sans queue ni tête qui viendrait se superposer inutilement aux institutions existantes ? Quelle légitimité aurait-t-il autre que celle d'une classe politique qui a failli ?
En un mot, nous sommes tous d'accord que la Troïka a menti au peuple, qu'elle a outrepassé ses prérogatives, qu'elle n'a plus de légitimité du fait de son incompétence et du dépassement des délais pour lesquels elle a été élue. Mais nous ne devons pas rééditer ce qui s'est passé après le 14 Janvier 2011 et dont nous sommes tous responsables, à savoir, le principe selon lequel «on efface tout et on recommence».

Il est probable que cette proposition d'issue (honorable pour tous, sans vainqueurs et sans vaincus) soit démentie par les évènements prochains, par l'histoire courte. Il est possible que l'issue choisie soit de « dégager » la troïka avec toutes les violences que cela impliquera. On se rendra alors compte de la folie des hom¬mes, celle des démocrates comme celle des islamistes, qui aboutira au cycle sans fin des revanches alternées. Il est également vraisemblable que cette voie de sortie soit perçue comme une trahison des martyrs de la révolution, et un « aplatissement » devant les menaces des islamistes. Mais l'histoire longue lui donnera forcément raison : le dialogue est la seule voie possible pour consolider la démocratie et l'apprentissage du « vivre ensemble » pour les membres de toute une nation. Mais ce dialogue sera inévitablement ponctué par des remous plus ou moins graves destinés à structurer la démocratie.

J'invite tous ceux qui réfutent cette solution à repasser par Wikipedia pour relire quelques pages sur ce qu'est la dictature des généraux, celle du prolétariat ou encore celle des gourous.


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