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Conférence de Paris sur le climat : l'avenir de la planète se joue-t- il dans les prochaines heures ?
Publié dans Leaders le 09 - 12 - 2015

J-2 avant le clap de fin, à 15 heures, avant deux heures de retard, M. Laurent Fabius, le président de la COP21 -patronnée par les Nations Unies-, a présenté, ce mercredi 9 décembre 2015, une nouvelle version du projet d'accord sur le climat aux 195 nations participant au Bourget. Projet ramassé puisque de 43 pages, il est passé à 29 pages. Mais attention, il ne faut pas rêver, semblait prévenir mardi M. Fabius : « C'est une étape j'espère importante, mais pas encore le résultat final des négociations »et de marteler mercredi : « Le texte n'est pas la version finale de l'accord. Il est possible qu'il contienne des imprécisions ». Il reste encore pas mal de questions à trancher comme la répartition des efforts entre le Sud et le Nord, le financement des pays du Sud, la différentiation** et le niveau d'ambition de l'accord. M. Fabius affirme qu'on va beaucoup travailler cette nuit et demain. Preuve que bien des difficultés sont encore à aplanir.
Les débuts de la COP 21 avaient rempli d'aise les participants, négociateurs, experts et ONG : l'objectif 1,5°C- bien qu'ambitieux- avait été adopté grâce à la ténacité des PVD les plus soumis aux aléas du changement climatique. Hélas, tel n'est pas le but des politiques. Pour atteindre cet objectif, il faut imposer la révision des INDC (Contributions volontaires des Etats) en 2020 impérativement si on veut éviter des cataclysmes. Mieux : il faut s'accorder sur une date butoir pour rompre avec les énergies fossiles (houille, pétrole, gaz). On peut avancer la date de 2050 au plus tard car aujourd'hui, en ce mois de décembre 2015, l'Ethiopie connaît sa pire sécheresse depuis cinquante ans et la famine risque de s'abattre sur la population, de plus, les inondations ravagent l'Inde et Beijing est soumise à une tenace pollution aux particules (PM2,5) de 400 microgrammes par mètre cube –très supérieure à la norme définie par l'OMS- et où la circulation alternée a été décrétée. La pollution de l'air, selon l'OMS, est à l'origine des centaines de milliers de morts prématurés.
Comme on le voit, il s'agit de la survie de millions d'humains. Pour ne rien dire de la montée des eaux des mers et des tempêtes extrêmes.
La situation est si grave que 36 lauréats du Prix Nobel ont écrit à M. François Hollande pour appeler les négociateurs de la COP 21 à « prendre les décisions décisives afin de limiter les émissions globales de gaz à effet de serre. Cela en s'appuyant sur « la coopération entre Etats. Un échec ferait peser un risque inacceptable sur les générations futures ».
Remise en cause de la responsabilité historique des pays industrialisés
Rappelons que la COP21 de Paris vient après 20 autres conférences des parties. Chacune de ces conférences bâtit sur les acquis de la précédente. Le but assigné de 2°C a été décidé à Copenhague en 2009. Quant au Protocole de Kyoto, il a constitué le tout premier traité de réduction des émissions pays par pays. Le Protocole de Kyoto n'a jamais été ratifié par les Etats Unis. C'est une constante de la politique américaine : il est rare que ce pays ratifie une convention même lorsqu'il s'agit… du droit des enfants.
En arrivant à Paris lundi, M. John Kerry a administré un véritable électrochoc aux pays du Sud et aux ONG en déclarant : « Nous voulons passer d'une vision selon laquelle seuls les pays développés fournissent l'aide publique, à une vision plus large dans laquelle tous les pays travaillent à mobiliser des ressources publiques ou privées ». Traduction : son pays veut en finir avec le principe de la responsabilité des pays du Nord – qui émettent des gaz à effet de serre depuis l'invention de la machine à vapeur lors de la Révolution industrielle – vis-à-vis de ceux du Sud. C'est d'ailleurs pour cela que la notion de différenciation entre pays industrialisés et PVD existe. Or, l'Union Européenne et les Etats Unis réclament que les pays industrialisés ne soient pas les seuls à participer aux financements du changement climatiques. Pour les PVD, ceux-ci doivent assumer leurs responsabilités historiques et les promesses passées. « Il est très clair que les lignes de fracture restent entières » affirme le ministre de Singapour Vivian Balakrishnan, médiateur à la COP 21, parlant la question de la répartition des efforts entre le Nord et le Sud.
En fait, M.Kerry est probablement en service commandé : il défend les intérêts des grands pollueurs. Comme on le voit, il y a une marge entre le discours lyrique et engagé d'Obama à l'ouverture de la COP 21 et les réalités politiques. Tamar Lawrence-Samuel du « Corporate Accountability International » à Boston donne la clef de ces apparentes dissonances : « Les politiques sont soumises au Congrès, lequel représente avant tout les intérêts des groupes qui le financent, parmi lesquels de grands pollueurs industriels. Cette influence se lit dans les prises de position du pays. Plus globalement le processus de négociation lui-même est sous l'influence des multinationales. A travers leur sponsoring, elles s'achètent de la légitimité et de la crédibilité et s'insinuent dans les décisions. Ce n'est pas nouveau. Mais c'est de pire en pire. On le lit à travers la plateforme d'action Lima-Paris (LPAA). Ce processus, qui a pris concrètement corps à Paris, solidifie la position des entreprises dans les négociations…Ce LPAA met essentiellement en avant les actions des compagnies privées. D'autre part, il leur offre une tribune pour présenter leurs fausses solutions ».
Les fonds privés pour le climat pullulent à l'heure actuelle à la COP 21 et ailleurs dans Paris…où ils provoquent la colère des militants pro-climat comme on l'a vu au Grand Palais la semaine passée. Tous, bien entendu, cherchent le retour sur investissement. Ils s'adressent donc plus aux pays émergents comme la Chine, le Brésil, …qu'aux pays les plus pauvres. Ils ne sont pas intéressés pour construire, par exemple, un barrage pour protéger des îles menacées par la montée de la mer dans le Pacifique comme Tuvalu ou fournir de l'électricité propre à la RDCongo où 85% de la population vit sous le seuil de pauvreté ou faire des aménagements et planter des arbres pour arrêter l'avancée du désert au Niger, en Mauritanie qui menace les terres agricoles et donc l'alimentation des populations ou encore lutter contre la salinisation des terres au Bangladesh.
Rien n'intéresse moins les fonds privés que cette indispensable main tendue aux plus démunis.
Les financements publics sont à cet égard irremplaçables. Or, la somme de 100 milliards escomptée n'est pas encore atteinte. Loin de là !
La COP 21 parviendra-telle à résoudre cette équation et faire rimer humanité et climat ? Aujourd'hui, ce qui est consenti par les pays industrialisés est de l'ordre de 3 euros par habitant alors que les pays du G7 émettent 50% des GES.
Il faut souhaiter que dans les prochaines 24-48 heures, l'accord final ne se contente pas d'affichage pur agitant 1,5°C ou 2°C comme une oriflamme ou une barrière mais ne mettant rien en œuvre qui permette l'atteindre.
Allons-nous vers des résolutions « plates », sans contenu, qui ne sauraient répondre aux exigences d'une situation catastrophique ?
Ici, à Paris, les associations refusent de laisser brûler la Terre à plus de 3°C : la COP 21 se doit de tenir ses promesses !
Mohamed Larbi Bouguerra
** C'est la prise en compte des capacités économiques et les responsabilités de chaque Etat dans le réchauffement climatique pour préciser et déterminer les efforts qu'ils doivent fournir.


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