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Abdelhamid Ben Mustapha: Hommage à un grand homme et retour sur son parcours exemplaire (Album Photos)
Publié dans Leaders le 20 - 06 - 2017


Hommage à toi grand homme,
Si abdelhamid on te nomme,
Ou "Ammi" pour la famille,
Être chaleureux et gentil,
Tu as donné la main,
Aux pauvres et aux orphelins,
Tu as offert ta vie, à ton parti,
A tes idées, à ta patrie,
A la loyauté à tes amis,
A la fraternité, à l' égalité,
Contre misére et pauvreté,
Au communisme:
Altruisme et humanisme!
Tu as résisté au temps,
A l' oppression, très longtemps,
Sans remords, sans regrets,
Pour tes principes sacrés!
Ce soir, tes camarades fidèles,
Hommes et femmes t' appellent,
A témoigner de leurs combats, A tes côtés avec foi,
Aujourd'hui, ils sont fiers,
D' avoir été révolutionnaires,
Enfin, notre démocratie en marche,
Ils finiront bien toutes les marches,
Chacun à sa façon,
te dit: "tu avais raison!"
Ils sont là ce soir,
Heureux de te voir,
Encore jeune et vif d esprit,
Vérité sans flatterie!
Encore merci,
A tes fidèles amis
A Habib Kazdaghli,
Grand doyen qui jamais n' oublie
D'etre auprès de son ami,
Et que rendre hommage,
est devoir, plaisir et partage!
La Goulette, le 13 juin 2017
Pendant son long et tenace combat politique de plus de 40 ans comme responsable au sein du Parti communiste tunisien (PCT), Abdelhamid ben Mustapha n'a jamais été sous les feux de la rampe malgré son statut de figure de proue du communisme tunisien, même au moment de ses trois arrestations en 1963, en 1968 et en 1972. Ignoré des médias dans un régime despotique où la presse écrite et les moyens audiovisuels, aux ordres du Parti-Etat, avaient comme consigne d'ignorer les hommes de l'opposition et d'occulter les activités de leurs partis, il faisait aussi preuve d'une grande discrétion, alliée à une grande finesse, qui lui interdisait de se mettre sous les projecteurs.
Un hommage discret, à l'image de cette discrétion et de la modestie dont il ne s'est jamais départi durant toute sa vie, lui a été rendu la semaine dernière chez lui, en présence de sa famille, par une pléiade d'intellectuels et de militants de la gauche tunisienne, représentant des générations et des mouvances politiques différentes. Leur point commun, pour la plupart, est d'avoir à un moment de leur itinéraire politique adhéré au PCT ou aux partis issus des mutations qu'il a connues lors de son élargissement à d'autres sensibilités démocratiques et progressistes, à une exception près: l'homme de théâtre Raja Farhat, venu, en tant qu'artiste, rappeler à l'auditoire qu'Abdelhamid Ben Mustapha était aussi un homme pétri de culture.
Compagnons de route, militants communistes ayant fait leur baptême de feu au sein du PCT pour le quitter par la suite, ou qui y ont fourbi leurs premières armes pour continuer le combat au sein de ses héritiers Attajdid et Al Massar, anciens sympathisants qui ont rejoint Attajdid et Al Massar au moment de leur fondation ou irréductibles indépendants , tous étaient là pour rendre hommage à Si Abdelhamid Ben Mustapha : Salah Zghidi, Jounaidi Abdeljaoued, , Hichem Skik, Rachid Mcharek, Abdelmajid et Souad Triki, Hatem Chaabouni, Abdelhamid et Dalenda Larguèche, Ali Mahjoubi, pour ne citer que ceux-là, ont tenu à participer à cette cérémonie d'hommage.
Animée par le Doyen Habib Kazdaghli, qui a adhéré au Parti communiste à l'orée des années 80 et auteur d'une thèse sur l'histoire de ce parti, et immortalisée par la caméra de Khaled Chahed, elle a été organisée à l'occasion de l'édition par la Fondation Temimi pour la recherche scientifique et l'information d'un ouvrage collectif en langue arabe intitulé اتحاد الشغل والمعارضات السياسية من الخميس الاسود الى الثورة « l'UGTT et les oppositions politiques du Jeudi Noir à la Révolution ». Dans ce livre qu'il a dédié à Abdelhamid Ben Mustapha, Abdeljelil Temimi publie, à côté de plusieurs témoignages d'opposants politiques et de militants syndicaux en exercice pendant la dernière décennie de Bourguiba et tout le règne de Ben Ali, un témoignage du dirigeant communiste fait dans le cadre du séminaire sur la mémoire nationale. Sa dédicace présente ce dernier comme « l'un des militants les plus éminents du Parti communiste » et il y exprime sa reconnaissance pour le rôle joué par cette icône du communisme tunisien dans la lutte « contre le despotisme et pour son combat en faveur de la justice sociale ».
La cérémonie s'est déroulée dans un climat très convivial empreint d'une grande spontanéité où l'humour le disputait à l'émotion, où la nostalgie d'une époque bénie et le pèlerinage aux sources du communisme tunisien par plusieurs orateurs, qui égrenaient à qui mieux mieux les souvenirs, rivalisaient avec les analyses les plus fines sur le parcours d'Abdelhamid Ben Mustapha et sur l'histoire du Parti communiste tunisien dans des hommages rendus à l'homme politique à l'intellectuel, à l'homme de culture, à l'aîné, à l'ami et au camarade pour reprendre la formule du Doyen Habib Kazdaghli.
Un homme politique au parcours atypique et exceptionnel
Celui qui allait adhérer au PCT, tout juste après le déclenchement en 1952, de la phase ultime de la lutte de libération nationale a eu un parcours atypique. Alors que les militants communistes se recrutaient en général dans les milieux ouvriers ou chez les petits fonctionnaires, que les élèves du lycée Carnot abandonnaient leurs études après l'adhésion au PCT, Abdelhamid Ben Mustapha est un intellectuel que sa situation de classe ne prédestinait nullement à s'engager dans le parti ouvrier. Son témoignage à la fondation Temimi nous révèle que le jeune avocat et nouvelle recrue communiste à l'époque est issu de la bourgeoisie tunisoise, d'une famille qui se faisait soigner par le docteur Habib Thameur, qu'il est le cousin germain du côté maternel de Mongi et Taieb Slim. Le Néo-Destour était par conséquent sa famille politique naturelle. C'est pourquoi l'ami des communistes tunisiens, qui les fréquentait depuis 1947, ne franchit le pas pour intégrer le parti d'Ali Jerad, de Mohamed Ennafaa et de Georges Adda que 5 ans plus tard. Il expliquera dans son témoignage que ce parcours atypique était dans l'air du temps, qu'en France par exemple, des intellectuels comme les savants Pierre et Marie Curie, le poète Louis Aragon, le peintre Pablo Picasso et l'acteur Gérard Philippe avaient, pendant l'entre-deux guerres, renforcé les rangs du Parti communiste français. En réalité, ce sont sa fibre sociale, son humanisme, son altruisme qui sont à l'origine de cette adhésion du défenseur de la veuve et de l'orphelin. Son entrée, précédée de celle de Mohamed Ennafaa, ouvre la porte du PCT à d'autres intellectuels comme Taoufik Baccar, Noureddine Bouarrouj, Béchir Fani, Habib Attia, Salah Garmadi qui forment au sein du parti avec Abdelhamid ben Mustapha, une pléiade baptisée « groupe Kleber » du nom d'une rue du quartier de Lafayette, adresse d'un immeuble habité par la plupart de ses membres.
Un patriotisme à toute épreuve et une activité débordante
Courtisé pendant de longues années par ses amis communistes, il se retrouve au lendemain de son adhésion extrêmement sollicité pour combler le vide laissé par la déportation dans les camps du Sud tunisien de plusieurs militants communistes. C'est sans doute cet activisme débordant associé à un patriotisme à toute épreuve qui a suscité l'admiration de tous. Abdeljelil Temimi ne s'y est pas trompé, lorsque dithyrambique, lors de cette soirée d'hommage, il a commenté avec beaucoup d'émotion ce qu'il considère comme un témoignage magistral et émouvant qu'il regrette de ne pas avoir publié plus tôt : « Croyez-moi a-t-il déclaré, en relisant ce témoignage, j'ai eu le cœur serré. Il m'a révélé la sincérité de cet homme, sa transparence politique, son honnêteté, ses fortes convictions et sa force de persuasion » et d'ajouter, dans une boutade qui a plu à tout le monde, que les arguments présentés par Abdelhamid Ben Mustapha, dans ce témoignage criant de sincérité et de vérité, sont percutants au point de susciter l'adhésion des incrédules au projet communiste. L'historien, qui confie être fasciné par la Mémoire nationale, s'étonne de ne pas voir cet homme illustre figurer au panthéon des communistes tunisiens et de fait dans la mémoire « du peuple de gauche », il n'a pas la place occupée par Mohamed Ennafaa, Mohamed Harmel ou Ahmed Brahim : « le rôle de cet homme dans l'histoire du pays a été méconnue et occulté » a martelé le premier responsable de la fondation Temimi, qui n'a pas hésité à critiquer la plupart des hommes de gauche pour ne pas avoir découvert qu' Abdelhamid Ben Mustapha était un acteur agissant dans le changement connu par le pays dans une allusion à son combat pour la démocratie et à la Révolution du 14 janvier 2011 . Il a proposé d'immortaliser le parcours exceptionnel de ce militant, pas uniquement en donnant son nom à une rue de Tunis mais aussi à une institution universitaire, en lui consacrant un site Web, en défendant l'idée d'un prix en son nom, en hommage à son action. Il a à la fin de son témoignage félicité Abdelhamid Ben Mustapha « pour avoir fondé une école et formé des disciples ».
De fait les témoignages de Jounaidi Abdeljaoued, de Hichem Skik et Rachid Mcharek ont confirmé cette idée et le rôle de militant exceptionnel, de mentor et d'éminence grise joué au sein du PCT par celui qui avait la vocation d'être un père spirituel pour cette génération de jeunes qui a débarqué au début des années 60 à la rue des tanneurs, siège du parti à l'époque. Ils se souviennent avec beaucoup d'émotion de l'accueil chaleureux qui leur a été réservé par leur mentor.
Toutes ces qualités ont été mises en exergue dans un poème émouvant de Salha Hassini.
Pour un communisme tunisien enraciné dans son milieu
A côté du travail sur le terrain, du contact direct avec la base du parti et de l'encadrement des jeunes recrues, Abdelhamid ben Mustapha s'est distingué par sa grande perspicacité, son attitude visionnaire sur de nombreuses questions et particulièrement celle de la tunisification du PCT. Le Doyen Habib Kazdaghli, qui a mis en valeur cette autre dimension de l'homme politique, a tenu à relever une coïncidence ô combien troublante pour signifier sans doute que cette soirée d'hommage tombe à pic. L'année 2017, at-il tenu à relever, est l'année d'une double commémoration, celle du centenaire de la Révolution d'Octobre et du celle du soixantième anniversaire du 6ème congrès du PCT.
On ne peut espérer de meilleur hommage à un militant communiste qu'un témoignage d'admiration et de reconnaissance rendu l'année du centenaire, qui plus est, à celui que d'aucuns appellent à Tunis « le communiste aristocrate ». Habib Kazdaghli reprend le titre du livre célèbre de John Reed « Dix jours qui ébranlèrent le monde », où l'intellectuel américain issu de la bourgeoisie et plongé au cœur de la Révolution d'Octobre, en raconte l'épopée après l'avoir ralliée. Le recours à cette référence est une manière de signifier à l'auditoire la noblesse d'une cause soutenue, à plusieurs années d'intervalle et dans des pays très différents et qu'une longue distance sépare, par deux intellectuels convaincus à l'époque du message d'espoir du communisme.
La référence au soixantième anniversaire du 6ème congrès du PCT est un rappel des divergences au sein du PCT pendant la décennie consécutive à la deuxième guerre mondiale et du rôle joué par Abdelhamid ben Mustapha dans la tunisification du PCT. Ces différends ont valu à Ali Jerad, le renvoi en 1948 et à Abdelhamid Ben Mustapha un gel de ses activités pendant six mois, en 1956, pour avoir été à la tête d'un groupe de contestataires et critiqué le parti. La question, qui se posait avec beaucoup d'acuité à l'époque selon Habib Kazdaghli concernait la tunisification du PCT : « Comment tunisifier le PCT ? Comment faire pour que le communisme soit influencé par l'environnement tunisien ? ». Le 6ème congrès, qui a vu l'entrée d'Abdelhamid Ben Mustapha au bureau politique, a permis au PCT de faire son autocritique, de trancher la question et de réconcilier les deux factions selon le Doyen de la FLAHM qui a considéré ce 6ème congrès « comme l'acte de naissance d'une gauche nationale bien enracinée dans son milieu ».
Abdelhamid ben Mustapha fait allusion à ces turbulences dans son témoignage. Albert Memmi, cité par Habib Kazdaghli, considère dans Tunisie, an 1 : 1956 publié en 2017, comme incontournable l'évolution, à laquelle elles ont donné lieu et donne raison à ceux qui l'ont souhaitée. L'auteur de la Statue de sel, qui se fait l'écho des débats du 6ème congrès, bien relayés par Paul Sebag, son collègue à l'époque au lycée Carnot, estime tout à fait naturel que la direction du parti soit issue, dans un pays à majorité musulmane, de cette majorité.
Un homme pétri de culture
C'est Raja Farhat qui s'est appesanti sur cet aspect de la vie d'Abdelhamid ben Mustapha. Il a évoqué, anecdotes à l'appui, aussi amusantes les unes que les autres, les relations entretenues par Abdelhamid Ben Mustapha avec les hommes de culture et les artistes qui fréquentaient, pendant la traversée du désert du PCT, le coin restaurant du café de Paris : les peintres de l'école de Tunis, Zoubeir Turki, Abdelaziz Gorgi, Mahmoud Sehili, l'homme de théâtre Ali Ben Ayed, restituant avec beaucoup d'humour l'atmosphère amicale et chaleureuse de ses rencontres. Slimane Ben Slimane, figure emblématique de la lutte contre l'impérialisme, grand ami d'Abdelhamid Ben Mustapha, avec lequel il a dirigé la Tribune du Progrès et compagnon de route des communistes tunisiens après son départ du Destour, était aussi un habitué de ces rencontres qu'égayait la figure sympathique de feu Mohamed Lakhoua, que Raja Farhat présente comme un personnage pittoresque : homme-orchestre, matheux, poète et agriculteur, n'hésitant pas à écrire un poème satirique sur la statue d'Ibn Khaldoun, œuvre de Zoubeir Turki.
Habib Mellakh


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