40 ème jour du décès de l'ambassadeur Mondher Mami: le souvenir d'un fin diplomate (Albums photos)    Espérance de Zarzis – Stade Tunisien : où suivre le match ?    Ministère de l'Education : calendrier officiel des examens nationaux 2025/2026    Quand et où suivre le Clasico tunisien aujourd'hui ?    Sadok Belaïd: Abrégé d'un fabuleux parcours    Un seul contrôle en maths : décision exceptionnelle pour le 3e trimestre    Changement de temps : vents forts et mer agitée au programme    Samia Salma Belkhiria - L'agriculture biologique en Tunisie: Un grand potentiel à promouvoir    L'ambassade tunisienne à Dubaï insiste sur le respect des consignes de sécurité émises par les autorités locales    Déroute totale : élimination, démissions et fin de l'ère Gattuso    Tunisia Digital Summit, TDS 10 : le partenariat public–privé– startups au cœur de l'innovation digitale    Site archéologique de Koustiliya : un projet tuniso-italien pour révéler un trésor archéologique du sud tunisien    Augmentation tarifs Musées Tunisie 2026 : Agences de voyage en colère    FIFEJ 2026 à Sousse : un festival du film dédié à la jeunesse plus ambitieux et inclusif    Slim Sanhaji a la tête de la 27e édition des Journées Théâtrales de Carthage, JTC 2026    Samsung Electronics leader du marché mondial des téléviseurs pour la 20ème année consécutive    Météo en Tunisie : températures en légère hausse, pluies éparses    Gouverner dans le brouillard permanent: les trois qualités du dirigeant de demain    Nouveau discours de Donald Trump: le bout du tunnel reste encore lointain    Voici les projets de la Banque mondiale qui touchent les Tunisiens    Cerises : le kilo grimpe jusqu'à 60 dinars en Tunisie    Selim Sanhaji nommé à la tête des Journées théâtrales de Carthage 2026    Lorand Gaspar: Le poète des instants fugaces    Artémis II lancée : une mission spatiale habitée vers la lune, plus de 50 ans après Apollo 17    Bordeaux : Une nouvelle agence consulaire pour rapprocher les Tunisiens de chez eux    La bibliothèque dorée de Trump : 50 étages... avions, escaliers dorés et salle de danse    ''Ni élégants, ni à la hauteur'' : Macron réagit aux moqueries de Trump    Epson Tunisie, Ecole L'Odyssée et Socrate School célèbrent la créativité écoresponsable des jeunes talents    Mohamed Nafti: L'engrenage de la destruction    Météo en Tunisie : persistance du temps froid et des pluies orageuses    France - Tunisie : Extradition refusée pour Halima Ben Ali...    Les Emirats interdisent l'entrée aux Iraniens    Météo en Tunisie : temps froid, neige et pluies orageuses dans plusieurs régions    Sadok Belaïd: Dans son sillage...    Tunisie : décès d'Afif Hendaoui, une carrière entre diplomatie et enseignement    Enseignement supérieur en Tunisie : chiffres clés, étudiants, diplômés et recherche en forte activité pour l'année 2024-2025    Dhia Bouktila: La science est fille de l'imagination    Watania Sports : diffusion expérimentale en marge des célébrations du 60e anniversaire de la Télévision tunisienne    Pionnière de l'océanographie tunisienne, la Professeure Founoun Chakroun est décédée    L'effet Jaouadi ou le triomphe de l'excellence opérationnelle    Ce n'est plus la loi de la jungle, c'est pire, c'est la loi de Trump !    Le champion du monde tunisien Ahmed Jaouadi remporte la médaille d'or avec un nouveau record au championnat des universités américaines    Saison Méditerranée 2026 : Louis Logodin annonce une programmation culturelle franco-tunisienne    Décès du journaliste Jamal Rayyan, figure historique d'Al Jazeera Arabic    "Monsieur Day", In memoriam    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Mohamed Jaoua : Fête de la science ...oui, mais faites de la science!
Publié dans Leaders le 11 - 11 - 2017

Il y a six cents ans, Ibn Khaldoun pouvait écrire dans la Muqaddima que « nul ne peut comprendre les mathématiques s'il ne maîtrise l'arabe ». Et il avait raison : Leonardo Fibonacci avait ainsi dû, deux siècles plus tôt, faire le voyage de Béjaïa,où son père était consul de la république de Gênes,pour y apprendre auprès des marchands arabes la numération décimale de position. C'était une époque où l'Europe, encore plongée au Moyen âge, ne connaissait que les chiffres romains. Lesquels ne pouvaient que représenter les nombres et en aucun cas servir au calcul. Fibonacci, également connu sous le nom de Leonardo da Pisa, rapportera de son séjour au Maghreb cette numération qu'il fera connaître dans son « Liber abaci », ou livre des abaques. Un ouvrage qui contribua, dans un registre certes moins populaire que celui de Michelangelo et de l'autre Leonardo - da Vinci - mais tout aussi essentiel pour la libération de la pensée, à la renaissance intellectuelle et culturelle de l'Europe, en y faisant prévaloir la raison sur le dogme.
Les siècles qui nous séparent de cette époque ont été terribles pour les peuples et la science arabes. Et la nostalgie de nos années de gloire, comme la célébration des temps bénis où la science parlait arabe, ne suffiront pas à lesfaire revenir. Certes, célébrer la science est éminemment utile pour sensibiliser les jeunes à son importance et la réhabiliter à leurs yeux. Mais aussi et surtout pour nous faire retrouver le chemin du développement intellectuel et culturel, sans lequel il n'est pas de développement économique. En redevenant des acteurs et pas seulement des consommateurs de la science, en contribuant à sa production et à sa diffusion. Car pour que celle-ci reparle un jour arabe, si c'est là notre objectif, il faudrait que les scientifiques du monde entier y soient contraints par le fait que les scientifiques arabes auront repris une place de choix dans la production scientifique. Comme ils n'ont aujourd'hui pas d'autre choix que de parler anglais, après que le français, le latin, l'arabe et le grec eurent tour à tour été leur langue universelle de communication.
Facile à dire, rétorqueront les sceptiques et les blasés. Pourtant, l'histoire offre aujourd'hui une rare « deuxième chance » à ceux qui, comme nous, ont raté le coche des premières révolutions industrielles.Car la prépondérance bâtie sur des appareils de production et des savoir-faire hérités de ces révolutions a fait son temps. Les avantages compétitifs de la nouvelle économie mondialisée de la connaissance reposent désormais sur la capacité de modéliser et de calculer ainsi que dans celle de recueillir et de gérer les quantités impressionnantes de données qui sont le nouvel or noir de cette économie. Une capacité qui s'appuie, bien davantage que sur les ordinateurs devenus accessibles à tout un chacun, sur la matière grise qui crée les algorithmes de calcul et transforme ce faisant ces machines en instruments d'innovation et de domination sans pareils.
Algorithmes … le mot nous vient du latin Algorizmus, nom dont les moines copistes- qui avaient commencéau XIIème siècle àtraduireen latin les manuscrits arabes -et jusqu'aux noms propres de leurs auteurs- avaient affublé Al Khawarizmi. Auteur au IXème siècle d'un « Kitab al jabr wa lmuqabala » recensant les méthodes systématiques de résolution des équations algébriques, son nom fut naturellement donné aux procédés consistant à résoudre un problème grâce à une séquence finie d'opérations répétée autant que de besoin. Ces procédés – les algorithmes – trouveront leur heure de gloire avec l'apparition des calculateurs, capables d'exécuter à une vitesse de plus en plus vertigineuse ces suites d'opérations.
Saurons-nous redevenir les dignes héritiers d'Al Khawarizmi ? L'histoire nous a certes repassé le plat, mais peut-être ne s'agit-il que d'un plat de fèves servi aux édentés de la science que nous sommes devenus ? Je veux évoquer ici – pour lui rendre hommage - la mémoire de notre mathématicien d'exception trop tôt disparu Abbas Bahri, qui croyait dur comme fer que qu'il nous reviendrait bientôt – qu'il nous revient déjà – de reconstruire le monde. Ou à tout le moins moins de prendre notre part dans sa reconstruction, de quitter l'ombre de l'histoire pour sa lumière.
Car nous en avons les moyens, à commencer par le plus important d'entre eux, cette jeunesse éduquée qui constitue le legs le plus précieux de nos soixante années d'indépendance. On en parle aujourd'hui comme s'il s'agissait d'un fardeau, d'une malédiction dont le chômage, l'exode et le malheur seraient les seuls horizons. Alors qu'elle constitue notre planche de salut, pour peu qu'on sache l'orienter sur la voie de la science et de la raison.
La science des données, l'intelligence artificielle, les machines apprenantes sont en effet à nos portes, elles sont déjà parmi nous. Leur maîtrise repose sur des compétences mathématiques et informatiques que notre pays a su, mieux que d'autres, développer. Laisserons-nous néanmoins cette nouvelle révolution se faire sans nous, en laissant une fois de plus partir nos enfants vers des pays qui reconnaissent leur valeur, faute d'avoir pula discerner nous-mêmeset en tirer parti? Les pays industriels ont besoin de quantités d'intelligences, et de pléthores de jeunes qui en soient pourvus pour les éduquer à ces nouveaux métiers qui remplacent à marche forcée ceux du XXème siècle. Nous disposons quant à nous de cette jeunesse, et d'un appareil éducatif qui – malgré ses nombreux défauts – reste opérationnel pour la former,et qui peut le devenir davantage. Oserons-nous revendiquer et occuper notre place au soleil de ce nouveau monde?
Pour cela, il n'est nul besoin d'un appareil industriel puissant. Seulement d'une vision, et d'une stratégie. Une stratégie qui mise tout sur la science depuis la maternelle jusqu'à l'université. Une stratégie dont l'ordonnateur serait un grand Ministère englobant la totalité du champ de l'éducation et les sciences, à l'image de celui du visionnaire Mohamed Charfi, pour en orchestrer la partition. Recréons donc ce Ministère pour en faire l'arme de notre reconquête du savoir et de la science,le centre nerveux du pays et le moteur de sa nouvelle économie. Donnons-nous les moyens de repenser l'éducation de nos enfants, de la réorienter vers la science qui enfante la culture et la technologie, et non vers la technologie qui – seule - ne génère que dépendance consumériste et obscurantisme de la pensée. Ne laissons pas assassiner les milliers de petits Khawarizmi dont notre pays regorge, en laissant partir au loin les quelques-rescapés, donnons à tous la chance et les moyens de le servir !
« Mais le pays est en crise, sa monnaie ne vaut plus rien, il n'aura bientôt même plus de quoi payer les salaires de ses fonctionnaires, et vous parlez de reconstruire le monde ? », objecteront les éternels vaincus de l'histoire. Eh bien oui Messieurs,et l'exemple de l'Estonie post-soviétique - qui connaît depuis 25 ans un développement économique remarquable basé sur les nouvelles technologies - est là pour nous rappeler que c'est en période de crise et le dos au mur que s'opèrent les refondations salvatrices. Pour nous, c'est maintenant ou jamais. Demain,quand les cartes de la nouvelle donne auront fini d'être redistribuées, il sera trop tard, et sans doute pour très longtemps.
Mohamed Jaoua
Mathématicien, Directeur d'Esprit School of Business
Dans le cadre de la Fête de la Science (10-15 novembre 2017), l'auteur donnera lundi 13 novembre à 16H une conférence au CNTE (Centre National des Technologies en Education) sur le thème « Des mathématiques en Tunisie, pourquoi faire ? ». Et il accueillera mardi 14 novembre à Esprit School of Business M. Nabil Belaam, président d'Emrhod Consulting, pour faire connaître les résultats de sa grande enquête nationale sur « Les tunisiens et la science ».


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.